À la suite du lancement réussi d’un satellite espion par le régime de Pyongyang, l’accord militaire inter-coréen adopté en 2018 a été rompu, laissant entendre une reprise complète des programmes nucléaire et balistique nord-coréens.
Le premier tir de satellite nord-coréen réussi
Le mardi 21 novembre, la Corée du Nord parvient finalement à lancer le Malligyong-1, un « satellite de reconnaissance militaire », depuis sa base Tongchang-ri, dans le nord-ouest du pays. Le régime de Pyongyang a toujours eu pour objectif de placer un satellite en orbite autour de la Terre. Il s’y est par ailleurs repris à huit reprises depuis 1998 et, après les échecs du Kwangmyongsong-3 et du Kwangmyongson-4 respectivement en mai et août derniers, le Malligyong-1 est à ce jour le seul et unique satellite militaire opérationnel dont dispose la Corée du Nord.
Cette réussite implique que la Corée du Nord a maintenant en sa possession une technologie qui pourrait également être employée pour le tir d’un missile balistique. En effet, la fusée Chollima-1, qui a été utilisée pour transporter le Malligyong-1, aurait été propulsée grâce à une technologie identique à celle utilisée pour le tir des missiles balistiques intercontinentaux Hwasong-15 et Hwasong-17.
Au-delà du progrès technologique, ce satellite espion comporte également un avantage stratégique, car il permettra à Pyongyang de définir avec davantage de précision les cibles de ses éventuelles frappes nucléaires. Après le lancement de ce nouveau satellite espion, la Corée du Nord, via son agence de presse officielle, a effectivement affirmé que le satellite avait pu filmer des images de la base aérienne américaine de Guam, dans l’océan Pacifique, laissant craindre une possible attaque nord-coréenne en cas de conflit.
L’accord militaire intercoréen de 2018 rompu de facto
Lors du sommet inter-coréen organisé en septembre 2018 à Pyongyang, avait été adopté un accord militaire dont le but était la réduction des tensions militaires entre les deux Corées. En réaction au tir de satellite du 21 novembre, le président sud-coréen Yoon Suk Yeol approuve une motion visant à suspendre cet accord, et notamment la disposition appelant à instaurer une zone interdite de survol autour de la Ligne de démarcation militaire (LDM) séparant les deux Corées.
Le jeudi 23 novembre, lors d’une réunion plénière de la commission de la défense de l’Assemblée nationale, le ministre de la Défense sud-coréen Shin Won Sik appuie la décision du Président, la qualifiant de « mesure défensive minimale » aux provocations nord-coréennes. Il ajoute que les opérations de surveillance aériennes autour de la LDM reprendraient prochainement.
Si la suspension de l’accord voulue par les sud-coréens n’était que partielle, le ministère nord-coréen de la Défense, lui, annonce la rupture de facto de l’accord militaire et promet de rétablir toutes les mesures auparavant suspendues. Dans un communiqué officiel, il affirme que la Corée du Sud devra « payer chèrement pour ses provocations politiques et militaires irresponsables et sérieuses qui ont amené la situation actuelle à une phase incontrôlable ».
La rupture de cet accord de paix entre les deux Corées invite non seulement à une détérioration des relations inter-coréennes déjà fragiles, mais également à une reprise complète des programmes nucléaire et balistique nord-coréens. Certains signes ont déjà pu être observés ces dernières semaines, notamment la remise en activité de la centrale nucléaire de Yongbyon, dans le Nord du pays. Un lancement de missile nord-coréen a également été observé dans la nuit du mercredi 22 au jeudi 23 novembre, mais il aurait échoué.
Sources : KBS World French (1) (2) (3) | Yonhap (1) (2)
Source image : The Huffington Post
Article rédigé par Romane TOMIO.

