Ayant beaucoup aimé Pachinko, je voulais depuis longtemps découvrir une autre saga se déroulant dans la Corée du XXe siècle. Créatures du petit pays de Juhea Kim, qui m’a tout de suite attiré en librairie, s’inscrit directement dans la lignée du roman de Min Ji Lee !
Créatures du petit pays, le premier roman de Juhea Kim
Juhea Kim est née en Corée du Sud, avant de déménager dans l’Oregon à l’âge de 9 ans. Diplômée de l’université de Princeton en art et archéologie, elle maîtrise aussi le français. Juhea Kim s’est engagée pour l’environnement en fondant le Peaceful Dumpling, un magazine en ligne dédié à la littérature et au style de vie écologique. Elle est également ambassadrice de bonne volonté pour le Korean Leopard Conservation Fund.
Publié en 2021 aux États-Unis, Créatures du petit pays est le premier roman de Juhea Kim. Le roman a été finaliste du prix littéraire de la paix Dayton 2022 et une partie de ses recettes a été versée au Phoenix Fund, une organisation de conservation du tigre de Sibérie et de la panthère de l’Amour. Des discussions seraient en cours pour adapter Créatures du petit pays à la télévision, avec la participation de Juhea Kim en tant que productrice.
Résumé de Créatures du petit pays
Comme l’indique sa quatrième de couverture, Créatures du petit pays est « une histoire épique d’amour, de guerre et de rédemption sur fond de mouvement d’indépendance coréenne ».
Le récit commence en 1917, lorsqu’un chasseur au bord de la famine sauve un officier japonais d’un tigre, dans les montagnes enneigées de la Corée occupée. Cette rencontre, en plus de lier leurs destins, donne naissance à une saga s’étendant sur un demi-siècle.
Celle-ci suit principalement la jeune Jade, qui chute au plus bas de l’échelle sociale en étant vendue à une école de courtisanes. À Séoul, elle se lie d’amitié avec un orphelin nommé Jungho. Une fois adultes, Jungho participera à la lutte révolutionnaire pour l’indépendance de la Corée, tandis que Jade deviendra une artiste renommée et rencontrera l’amour, dans un Séoul en pleine modernisation.
Mon avis sur Créatures du petit pays
Une société coréenne injuste mais pas manichéenne
J’ai beaucoup aimé Créatures du petit pays. En suivant le parcours de Jade, qui est le dénominateur commun des autres personnages du roman, j’ai pu me rendre compte du statut social des courtisanes dans la Corée du XXe siècle. En effet, j’ai rapidement réalisé que ce statut de courtisane enfermait Jade dans une cage à l’écart du reste de la société et que malgré sa renommée, il l’empêchait d’accéder au bonheur.
J’ai pu éprouver ce sentiment d’injustice à plusieurs reprises dans Créatures du petit pays. Tout au long du roman, l’autrice nous fait comprendre que les gens évoluent sans cesse, que rien n’est noir ou blanc, contrairement à ce que croit d’abord Jade. Des personnages « bons » peuvent devenir égoïstes et des « mauvais » se montrer compatissants ou justes par moment. Et à la fin, ce ne sont pas nécessairement ceux qui ont été les plus justes qui s’en sortent le mieux. Cet aspect est renforcé par le combat pacifiste de Juhea Kim, qui montre qu’aucune idéologie, qu’il s’agisse du communisme ou du capitalisme, et qu’aucune grande puissance, qu’il s’agisse de la Russie, du Japon ou des États-Unis, n’est exempte de défauts.
Destins croisés et inyeon
J’ai beaucoup aimé l’emphase sur les destins liés des personnages (le inyeon). Cette notion abordée en début d’ouvrage prend tout son sens en troisième partie, en mettant en avant certaines interconnexions entre les personnages. J’ai trouvé très intéressant le fait que cet inyeon lie les destins non seulement pour le meilleur, mais aussi pour le pire…
Si je pouvais émettre une critique à l’égard de Créatures du petit pays, je pense qu’il s’agirait de l’approche choisie par l’autrice. Si suivre Jade m’a effectivement permis de traverser un demi-siècle d’histoire, elle ne semble pas avoir d’autre rêve qu’un impossible amour. Cela était décevant étant donné que d’autres personnages avaient des parcours plus intéressants : la lutte pour l’indépendance de Jungho, l’ascension sociale de Hanchol, la nouvelle vie aux États-Unis de Luna, la rédemption de Yamada Genzo… En cela, la lecture de Créatures du petit pays a pu être frustrante, surtout lorsque ces actions se déroulaient lors d’ellipses narratives.
Conclusion
Malgré ses quelques défauts, je vous recommande Créatures du petit pays, dont la lecture a été très agréable, révélatrice de la société coréenne du XXe siècle et de la façon dont le peuple coréen vivait l’occupation japonaise !
Où se procurer Créatures du petit pays ?
Juhea Kim, Créatures du petit pays, traduction de Anne-Sylvie Homassel, Presses De La Cité, 512 pages, 2023 (ISBN : 2258202183).
Un extrait est accessible gratuitement en ligne.
Source image : Lisez



