À l’approche de jangma (장마), la saison de la mousson coréenne qui débute chaque année entre juin et juillet, le quotidien semble ralentir. Les playlists deviennent plus mélancoliques, les Coréens se réfugient autour d’un pajeon croustillant et d’un verre de makgeolli, tandis que les dramas redoublent de scènes romantiques sous des averses soigneusement mises en scène.
Longtemps perçue comme une simple contrainte climatique, la saison des pluies occupe pourtant une place particulière dans l’imaginaire coréen. Entre nostalgie urbaine, culture du réconfort et esthétique popularisée par la K-pop et les séries, jangma raconte une autre facette de la Corée du Sud : plus intime, contemplative et profondément émotionnelle.
Jangma : plus qu’une météo
Jangma (장마), période de l’année surnommée « pluie de prunes », n’est pas seulement un épisode climatique mais un véritable imaginaire collectif. Généralement, cette période dure 30 à 50 jours glissants entre juin et juillet. Elle est le résultat d’un front pluvial saisonnier qui se maintient au-dessus de l’Asie de l’Est : l’altercation entre les anticyclones venus du nord et les hautes pressions d’origine tropicale. La vision la plus complète de cette période est donc un paysage de parapluies, de trottoirs inondés, un temps orageux, beaucoup de vent et une forte humidité.
Traditionnellement, cette saison est le moment d’un repli intérieur et de prendre le temps de contempler le monde. Encore aujourd’hui, cet instant reste associé aux loisirs intérieurs mais aussi aux occupations intellectuelles et artistiques. Jangma s’accorde notamment avec le concept du jeong, terme difficilement traduisible en français, signifiant un état d’attachement émotionnel profond et de bienveillance qui se développe entre les personnes.
Plus que la plupart des autres saisons, cette période va donc influencer les habitudes sociales, la nourriture consommée, les loisirs pratiqués, la musique écoutée et les œuvres cinématographiques visionnées.
Une esthétique devenue mondiale grâce aux K-dramas
Même sans ne s’être jamais rendu en Corée, si la saison des pluies occupe une telle place dans l’imaginaire collectif, c’est aussi parce que les K-dramas l’ont transformée en un véritable langage émotionnel, popularisant dans le monde entier cette esthétique faite d’humidité, de silences mélancoliques et de confessions sous un parapluie.
Dans les dramas, la pluie se retrouve dans les scènes romantiques, les révélations émotionnelles, les scènes de solitude mais aussi les moments mélancoliques traversés par les héros. Cela se traduit notamment par un instant sur le banc d’un arrêt de bus pendant que les nuages se déversent sur la ville ou encore les confessions à l’abri d’un parapluie. Finalement, au même titre que la première neige pendant l’hiver, la pluie devient presque un personnage à part entière dans certaines productions coréennes.
La nourriture des jours de pluie, un vrai rituel collectif
Bien souvent, lorsque le tonnerre gronde et que la pluie s’empare des rues, beaucoup de Coréens disent avoir spontanément envie de pajeon, crêpe coréenne à base de ciboule, et de makgeolli, boisson coréenne alcoolisée obtenue par fermentation du riz.
Généralement, il est expliqué que ces deux mets sont favorisés car le bruit de la cuisson du pajeon rappelle le bruit de la pluie mais aussi parce que ce plat et cette boisson sont fréquemment associés au réconfort et au partage. Il n’y a donc rien de mieux lorsque l’on est confortablement assis dans un restaurant ou un café et que la pluie dévale le long des fenêtres !
Une mélancolie très coréenne
Chaque année, jangma renforce des notions très présentes dans la culture coréenne et notamment dans l’art, la musique et la littérature : la nostalgie, la solitude mais aussi la contemplation. Autant que le concept du jeong, le concept du han gagne lui aussi sa place durant cette saison : un sentiment de tristesse et de mélancolie mais toujours teinté d’espoir.
À mesure que les premières pluies recouvrent les rues de Séoul, la Corée du Sud révèle une facette plus silencieuse de son identité. Pendant cette période, la pluie devient un moment de ralentissement et d’introspection qui permet une grande connexion à l’émotionnel. Cette saison suspendue invite aux repas partagés et aux émotions retenues. Popularisée dans le monde entier par les K-dramas, l’esthétique de la pluie coréenne dépasse aujourd’hui le simple décor romantique : elle raconte un rapport particulier au temps, à la mélancolie et au réconfort collectif.
Dans une société souvent perçue comme ultra-connectée et rapide, Jangma rappelle définitivement qu’en Corée aussi, la pluie est parfois une manière de faire une pause.
Sources : Koni Korean l Everyday Korea
Image de une : Pexels © Dmitry Limonov





