Ce 15 avril 2026, le streamer étasunien Johnny Somali a été condamné à six mois de prison par le Tribunal du district ouest de Séoul, pour trouble à l’ordre public en 2024 à Séoul.
Johnny Somali, un streamer au comportement offensant
En octobre 2024, le streamer Johnny Somali avait suscité de vives critiques en Corée et sur les réseaux sociaux : le vidéaste étasunien avait mis en ligne une vidéo dans laquelle il se montrait en train d’embrasser une « statue de la paix » en hommage aux « femmes de réconfort » (des femmes coréennes victimes de l’esclavage sexuel mené par les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale) et d’effectuer une danse obscène devant.
Johnny Somali avait également causé des nuisances dans les transports en commun de Séoul, en mettant de la musique à un volume élevé pour danser dessus, gênant les autres usagers. Il en était de même dans le parc Lotte World, où le comportement du streamer avait empêché de nombreuses personnes d’utiliser les attractions. Le vidéaste avait aussi vandalisé une supérette du quartier de Mapo à Séoul en renversant des bouillons de nouilles, joué des vidéos deepfake à caractère sexuel dans la rue et dérangé des passants avec des sacs sentant le poisson pourri.
Ce comportement, très mal perçu par la population locale, avait amené un Coréen à frapper au visage le streamer, qui avait en novembre publié une vidéo d’excuses sur YouTube. Dans celle-ci, Johnny Somali expliquait qu’il n’était pas au courant de la signification de la statue de la paix et que ses actions avaient pour unique but de divertir son audience américaine, qui ne partageait pas la même culture humoristique que la Corée. Mais beaucoup d’internautes doutaient de sa sincérité.
Ces doutes s’étaient confirmés en juillet 2025, lorsque le vidéaste avait déployé en plein stream le Kyokujitsuki (le drapeau historique de l’armée japonaise, perçue comme un symbole de colonisation en Asie) et appelé le Japon à recoloniser la Corée (en référence à l’occupation de la péninsule coréenne par le Japon entre 1910 et 1945).
La condamnation de Johnny Somali
Ce comportement, troublant l’ordre public, a mené à l’arrestation du vidéaste. Une première audition, en mars 2025, avait à nouveau fait parler de Johnny Somali. En effet, alors que la Corée était en pleine crise politique après la tentative d’imposition de la loi martiale par le président Yoon Suk Yeol, le streamer était arrivé en retard à son audition en portant une casquette « Make America Great Again » (une expression désignant les partisans de Donald Trump, récupérée par les partisans de Yoon Suk Yeol). Il avait aussi déclaré : « Je suis un citoyen américain. Et la Corée est un État vassal des États-Unis ».
En février 2026, le procureur avait demandé à ce que Johnny Somali soit condamné à trois ans de prison et à une amende de 150 000 won (environ 90 euros). Après plusieurs mois de délibération, le vidéaste a finalement été condamné ce mercredi 15 avril par le Tribunal du district ouest de Séoul à six mois de prison applicables immédiatement, ainsi qu’à une interdiction de travailler pour des institutions liées aux enfants, aux adolescents et aux personnes handicapées pendant cinq ans. Les principales raisons avancées pour cette condamnation sont le comportement offensant, l’entrave à l’activité et les violations mineures à l’ordre public dont il a fait preuve.
Le tribunal a justifié la réduction de peine par le fait qu’aucune victime n’ait été sévèrement touchée et que le streamer est déjà resté longtemps en Corée, loin de son pays d’origine, étant visé par une interdiction de sortir de Corée depuis le début de la procédure. Sa peine est cependant à effet immédiat pour éviter qu’il n’essaie de s’échapper.
Les conséquences du « rage bait » sur la communauté étrangère en Corée
L’affaire Johnny Somali, qui avait déjà fait un « bad buzz » sur les réseaux sociaux en 2024, a encore une fois fait réagir les internautes du monde entier à l’occasion de la publicisation de sa peine ce 15 avril. Une grande partie des commentaires visibles sur les plateformes Reddit, X et Instagram soutient la condamnation du streamer en rappelant qu’il faut suivre les lois du pays dans lequel on se rend et que chaque action a des conséquences. De nombreux internautes ont questionné la pertinence du « rage bait », une pratique propre à la culture internet consistant à provoquer afin de générer des clics et des vues, dont on peut voir ici ses conséquences dans le « monde réel ».
Les réactions rappellent également celles qui étaient apparues pendant la crise sanitaire de la COVID en 2020, lorsque plusieurs étrangers s’étaient fait remarquer pour ne pas avoir respecté les consignes sanitaires en Corée du Sud. En effet, ce genre d’affaire relance régulièrement les débats sur la place des étrangers dans le pays, dans la mesure où les mauvais comportements individuels peuvent rejaillir sur une communauté et influencer durablement l’image qu’elle renvoie auprès de la population locale.
Sources : Korea JoongAng Daily (1)(2) | The Korea Times (1)(2) | Yonhap News Agency
Source image de une : 20minutes

