Ce 12 septembre, les 316 Sud-Coréens arrêtés par le Service de l’immigration et des douanes des États-Unis (ICE) en raison de problèmes de visas sont rentrés en Corée du Sud, levant des questions sur l’avenir des entreprises coréennes aux Etats-Unis.
Arrestation massive de Sud-Coréens par l’ICE
Début septembre, 316 Sud-Coréens ont été arrêtés lors d’un raid du Service de l’immigration et des douanes des Etats-Unis (ICE) sur le site de construction d’une usine de batteries de voitures électriques co-dirigée par les groupes Hyundai Motor et LG Energy Solution, dans l’Etat de Géorgie. Alors que les raids de l’ICE se multiplient depuis le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis, ces travailleurs sud-coréens, ingénieurs et experts dans l’installation d’équipements, entraînés pour travailler sur des missions de pointe, ont été arrêtés lors d’une opération d’une ampleur inédite.
Ignorant la raison de leur arrestation, ils auraient été détenus dans un centre par des membres de l’ICE à l’attitude violente et auraient été privés de leurs droits fondamentaux pendant près d’une semaine. Après des discussions entre les autorités étasuniennes et sud-coréennes, ils sont finalement revenus en Corée du Sud ce vendredi 12 septembre dans le cadre d’un « retour volontaire » et non d’une déportation, après avoir refusé l’offre du gouvernement étasunien de rester sur place pour former des travailleurs locaux.
À leur arrivée à l’aéroport d’Incheon, les 316 Sud-Coréens ont été accueillis par les applaudissements de leurs familles et assistés par une centaine d’officiers de police venus prêter main forte au personnel de l’aéroport, plusieurs associations citoyennes s’étant rendues sur place pour exiger des excuses de la part du gouvernement étasunien.

Des arrestations dues à des problèmes de visas
La plupart de ces employés étaient allés aux États-Unis avec des visas B-1 et B-2, qui permettent de n’effectuer que des visites professionnelles temporaires, d’installer des équipements achetés hors des États-Unis et de former des employés étasuniens, ou grâce au système ESTA, qui permet de ne rester que 90 jours pour du tourisme ou des engagements professionnels limités (assister à des conférences ou des réunions). Or, ces visas ne sont théoriquement pas prévus pour des travailleurs sur des sites de construction.
À l’origine, les entreprises coréennes concernées avaient cherché à obtenir des visas E-2, qui permettent de rester travailler longtemps sur le sol étasunien. Ces demandes ayant été refusées, les entreprises ont alors demandé des visas B-1 et B-2 afin de construire l’usine dans les délais impartis (en accord avec le One Big Beautiful Bill Act promulgué par Donald Trump, les crédits d’impôts ne couvrent plus les usines de batteries construites après juillet 2026).
Ce n’est pas la première fois que des entreprises coréennes rencontrent des difficultés pour obtenir des visas aux États-Unis. Mais des solutions étaient toujours trouvées en raison des retombées économiques positives de ces investissements aux États-Unis. Paradoxalement, le refus d’octroyer des visas E-2 s’explique aujourd’hui en grande partie par la nouvelle politique économique du gouvernement étasunien, qui cherche notamment à favoriser les emplois locaux par le refoulement des travailleurs étrangers. Or la situation semblait exiger des travailleurs coréens, dotés d’un savoir-faire que n’auraient pas pu avoir des travailleurs étasuniens.

Des arrestations aux répercussions économiques importantes
Cette arrestation de masse n’est pas sans répercussions diplomatiques et économiques. Lors d’une conférence de presse organisée à l’occasion des 100 jours de présidence, le président sud-coréen Lee Jae Myung a annoncé ce 11 septembre craindre un « impact considérable » sur les futurs investissements des entreprises coréennes aux États-Unis en raison des incertitudes relatives à leurs activités commerciales.
Après l’arrestation des travailleurs coréens, la construction de l’usine en Géorgie a été mise en pause. Les pertes sont estimées à 4 millions de dollars par jour (3,41 millions d’euros), dans la mesure où cet investissement de 7,6 milliards de dollars (6,48 milliards d’euros) aurait dû permettre la création de 40 000 emplois directs et indirects, ce qui n’est pas négligeable dans un État tel que la Géorgie.
Selon les experts coréens, ce problème devrait continuer tant que les États-Unis ne faciliteront pas l’obtention des visas et n’élargiront pas les quotas de travailleurs temporaires étrangers sur leur territoire. Dans cette optique, un groupe de travail devrait voir le jour pour réfléchir à la mise en place d’un nouveau type de visa adapté. Il serait également possible que les États-Unis permettent aux Sud-Coréens de bénéficier du même visa que les Singapouriens, qui permet à un certain nombre de travailleurs qualifiés d’occuper des postes particuliers aux États-Unis.
Sources : Yonhap News Agency | The Korea Herald (1)(2)(3)

