Cela faisait un moment que je souhaitais avoir plus d’informations sur le chamanisme. Alors l’autobiographie de Kim Keum Hwa tombait bien ! Comment devient-on chamane ? Comment s’organisent les différents rituels ? Beaucoup de questions de mon côté afin de mieux comprendre la structure du chamanisme coréen.
Avant-propos
Kim Keum Hwa (1931 – 2019) est née dans le Hwanghaedo, actuellement le sud de la Corée du Nord. Sa grand-mère était chamane avant qu’elle-même ne le devienne à ses dix-sept ans. Sa vie est ponctuée par les grands événements historiques (la guerre de Corée et la dictature de Park Chung Hee en autres) mettant à mal la sauvegarde des traditions dont le chamanisme fait partie.
Ayant une solide réputation, Kim Keum Hwa commence à pratiquer des rituels dans des lieux peu communs comme les musées et les théâtres. Elle attire l’attention des médias et des intellectuels, aussi bien coréens qu’étrangers. Elle fait également des représentations dans le monde, se faisant ainsi connaître par de plus en plus de monde. En février 1985, le rituel pour les bateaux baeyeonsin gut devient Patrimoine culturel national immatériel. Dans la continuité de cette reconnaissance et sa notoriété, elle crée en 1991 un Institut de recherche. Son intention est surtout de préserver le chamanisme et ses traditions.
C’est pourquoi elle écrit ce livre à l’âge de 65 ans. Son autobiographie retrace sa vie et sa carrière. Le tout avec des explications sur le chamanisme et les rituels, et notamment ses sentiments afin d’expliquer ce qu’est « réellement » la vie de chamane. La traduction française est publiée en 2015. Sa sortie coïncidait avec la présence de Kim Keum Hwa pour le rituel effectué à l’occasion du Festival d’Automne à Paris.
Mon avis sur Partager le bonheur, dénouer la rancœur
À travers son témoignage, Kim Keum Hwa répond à l’ensemble de mes questions. Sur ce point, le livre est efficace et permet d’étendre ses connaissances sur le chamanisme coréen. Néanmoins, je pense que le livre peut être compliqué à lire si l’on n’a pas ou très peu de connaissances. Cela se voit bien avec les nombreuses notes. Et c’est certainement là mon seul point négatif, car j’ai eu du mal à les trouver. Ayant l’habitude de trouver les notes à la fin du livre, je n’ai pas pensé à les chercher ailleurs. Le texte de la chamane est également complété par des photos, un glossaire, une interview et une postface. Cela peut sembler beaucoup. Pourtant, j’ai trouvé ces informations essentielles et complétant bien l’autobiographie. Les précisions au début du livre permettent de comprendre les choix de traduction. Pour un sujet particulier et qui peut prêter à confusion, entre différences culturelles et concepts religieux, je trouve bien de l’exprimer clairement. Quant à la postface, elle apporte une contextualisation de la vie de Kim Keum Hwa. On a seulement quelques indications de temps et de lieux données par la chamane au cours de son témoignage, parfois des allers-retours dans le temps. On constate bien que la vie de Kim Keum Hwa n’est pas le but initial de l’ouvrage. Elle se concentre à expliquer le chamanisme, son ressenti et les difficultés qui ont marqué sa « carrière ».
« Une fille qui avait débarqué sans qu’on en veuille et qui se conduisait comme la dernière des dernières, si ce n’était pas malheureux ! et, en disant ça, elle brandissait un balai dont elle me frappait à toute volée. C’était si brutal que j’ai cru ne jamais sortir vivante de cette cour, tandis qu’aucun des membres de la famille ne faisait mime de retenir le bras de ma mère. Moi, j’étais la fille qu’on avait élevée à regret. »
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Bien entendu, il n’est pas question de mettre en doute la parole de la mudang. L’envie d’en savoir plus s’approche plus d’une démarche anthropologique. Lorsque Kim Keum Hwa écrit son autobiographie, elle est l’une des chamanes les plus connues et reconnues depuis des années. Malgré la joie que cela lui apporte d’aider les gens et de répondre à l’appel des esprits, sa vie fut loin d’être joyeuse. C’est flagrant dans les dialogues : il n’y a que peu de bienveillance, mis à part entre la chamane et ses clients. Le sentiment d’isolement et de solitude est présent dès son enfance. Enfant non désiré, deuxième chamane dans une famille nombreuse qui a peu de ressources… Cependant, sa situation ne s’améliore pas forcément après le Naerim gut (le rite d’initiation). La pauvreté est toujours là. Sa relation avec ses proches est laborieuse. Quand la chamane s’exprime sur sa vie, on ressent sa solitude et sa souffrance de ne pas être comprise. Il en va de même pour les personnes qui viennent consulter la chamane.
« Le statut de la mudang est double. Elle est à la fois la médiatrice respectée qui transmet aux hommes la volonté des esprits et déchiffre les signes bons ou mauvais permettant de prédire à chacun le bonheur ou le malheur qui l’attend, mais elle est aussi un paria voué à la solitude, ne parvenant pas à s’intégrer dans le monde des gens ordinaires où elle n’a pas sa place.
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Cette autobiographie est aussi un témoignage de l’évolution du chamanisme sur plusieurs années. Il n’est pas le même au moment où Kim Keum Hwa est « choisie » par les esprits et quand elle effectue un rituel aux États-Unis. On voit comment les chamanes pouvaient être traitées. Divers profils sont visibles, entre les personnes qui croient aux pouvoirs des esprits à travers les chamanes et les sceptiques. Ou encore les soldats pendant la Guerre de Corée, braquant leurs armes sur ce qui est jugé hérétique. L’évolution se voit aussi dans une société qui se modernise, qui oublie son rapport avec la nature. Pour finalement tenter de sauvegarder son patrimoine. Les rituels ne sont plus réservés aux personnes voulant les voir, mais deviennent des spectacles à part entière, avec des représentations à l’étranger.
Cet ouvrage possède beaucoup d’informations si vous souhaitez en apprendre plus. La dernière partie rassemble notamment la plupart des rituels chamaniques et leurs explications. En complément de la lecture (et présentée dans le livre), le biopic de Park Chan Kyong, Manshin, est une autre façon de comprendre le parcours de Kim Keum Hwa.
Où trouver Partager le bonheur, dénouer la rancœur ?
Kim Keum-Hwa, Partager le bonheur, dénouer la rancœur. Récit de la chamane aux dix mille esprits, traduit par Han Yumi et Hervé Péjaudier, Éditions Imago, septembre 2015, ISBN : 978-2-84952-834-1, au prix de 22 euros.
Source images : Encyclopedia of Korean folk culture | Éditions Imago


