À l’occasion de la 19e édition du Festival du Film Coréen de Paris, j’ai eu l’occasion de rencontrer Nam Dong Hyub et Lee Hee Joon, invités par le FFCP afin de présenter leur film Handsome Guys, projeté lors de la cérémonie d’ouverture le 30 novembre dernier.
Nam Dong Hyub et Lee Hee Joon font l’ouverture du FFCP
Après avoir débuté comme assistant-réalisateur sur plusieurs films tels que Best Seller (2010) ou High Society (2018), Nam Dong Hyub s’est vu confier son premier long-métrage avec Handsome Guys, une comédie d’horreur jonglant avec tous les codes du genre, autour d’un casting de renom, composé de Lee Sung Min (The Spy Gone North) et Lee Hee Joon (Sea Fog) dans les rôles principaux. C’est d’ailleurs accompagné de ce dernier, au lendemain de la séance d’ouverture, que K.Owls a eu l’occasion de s’entretenir avec le réalisateur et l’acteur afin de nous parler du film. Pour rappel, Handsome Guys est une comédie burlesque enchaînant les quiproquos, et parodiant de nombreux classiques de l’horreur. On y suit deux amis aux looks singuliers, qui décident de s’installer dans une maison au fond des bois, alors qu’un esprit maléfique s’empare des lieux.
Entretien avec Nam Dong Hyub et Lee Hee Joon

Vous avez assisté à la projection de votre film dans une salle française vraiment hilare pendant 2 h, comment avez-vous ressenti la séance ? Aviez-vous une appréhension quant au retour du public ?
Nam Dong Hyub : Avant de venir à Paris, le film avait été projeté dans plusieurs festivals internationaux où j’étais présent. Le public avait été très réceptif, mais j’ignorais comment serait réceptionné le film auprès du public français, donc j’étais un peu nerveux. J’étais d’autant plus inquiet à l’idée que Paris est un peu le berceau du cinéma, donc j’avais peur que le public ait un niveau d’exigence cinématographique très élevé et qu’il puisse être froid pendant la séance. Finalement, j’ai eu un accueil inespéré, tellement explosif, et je veux vraiment remercier le public de cet accueil.
Comment expliquez-vous que Handsome Guys et tant d’autres films coréens franchissent facilement les frontières malgré les différences culturelles ? Est-ce lié à un mélange de genres emblématiques du cinéma mondial et à la maîtrise de leurs différents codes ? C’est presque devenu une singularité coréenne.
Lee Hee Joon : Je dirais que le réalisateur est un grand fan des films des années 70, 80, 90, de tous ces films hollywoodiens de série B. D’ailleurs dès que je suis déprimé, il me donne une liste de 5 ou 6 films de l’époque où il est impossible de ne pas rire. J’ai vu Handsome Guys une trentaine de fois et chaque fois je suis très étonné de voir à quel point les codes et le timing sont maîtrisés et parfaits.
Nam Dong Hyub : I’m a genius (« Je suis un génie », rires) !
Au début, je ne savais pas trop ce qu’allait donner Handsome Guys, mais avec le recul je me dis que lors du développement du film, j’essayais de mettre tout ce que j’aimais, c’est-à-dire l’influence des comédies des années 80-90, des films d’horreur, des films d’action hongkongais, des comédies slapstick de Jackie Chan et son humour gaguesque, c’était comme une base de données que j’avais en tête et qui n’est pas ressortie de façon intentionnelle, mais plutôt de façon naturelle. On dit toujours que c’est difficile de faire rire les autres, j’essayais avant tout de me faire rire moi-même tout au long du développement du film.
Et comme je ne suis pas tout jeune, le risque était de faire quelque chose d’un peu trop ringard, car les films de cette époque sont un peu old school, et tout le burlesque et le slapstick m’ont fait me demander si ça allait plaire à la nouvelle génération. Finalement j’ai trouvé qu’il y avait une forme de renouveau et que ça apportait un vent de fraîcheur à cette génération, tandis que la mienne se rappelait aux souvenirs de jeunesse et d’enfance. Finalement en voyant les réactions suscitées par le film, je pense que ça a marché.
Quelle a été la difficulté de trouver le juste équilibre dans cette succession de gags
burlesques et quiproquos qui sont le moteur du film ?
Lee Hee Joon : À chaque fois je proposais plusieurs versions en tant qu’acteur, minimum trois. Par exemple lorsque j’avais une scène, et même si le réalisateur me disait que la prise était bonne, je tenais toujours à refaire la scène avec un jeu surjoué, un autre sous-joué, un autre plus drôle. J’avais toujours ces propositions à l’esprit.
Est-ce le rôle le plus jubilatoire de votre carrière ? Dans le sens où le burlesque offre une liberté de pouvoir essayer tant de choses, sans limites ou presque.
Lee Hee Joon : Je pense que ce n’est pas parce qu’un film a un genre différent qu’on a nécessairement une approche différente. C’est vrai que pendant le tournage j’avais pris beaucoup de plaisir, car je cherchais toujours cet aspect comique ou plus léger, et finalement cette légèreté et cet humour contaminent jusqu’à votre vie privée. Je me souviens que ma femme me disait de continuer à trouver des comédies (rires).

Handsome Guys étant le remake d’un film américain, comment est-ce que la culture redneck américaine, présente dans l’original, se transpose dans un film coréen ?
Nam Dong Hyub : Le plus difficile avec le film original, c’est qu’il était très américain dans sa culture. C’était un film d’horreur un peu parodique, mais tout le contexte, les espaces, cette forêt immense, le lac typiquement américain, la cabane en bois… même le concept était très américain, donc je me demandais comment on allait coréaniser tout ça, c’était le plus grand défi. Le film d’origine était un peu plus cruel et hardcore, en l’adaptant j’ai voulu adoucir le niveau de cruauté, tout en augmentant le côté comique et léger pour pouvoir séduire un large public coréen, une comédie pour tous. Le film a été considéré comme assez atypique et rafraîchissant en Corée, mais je pense que je le dois beaucoup à mes deux acteurs principaux, et également à Park Ji Hwan qui joue le rôle du flic Choi. Même dans un contexte fantastique, ils ont vraiment su recréer un aspect réaliste et terre à terre, qui fait que le public a été persuadé par la sincérité du projet.
Quelle a été l’inspiration pour parfaire votre personnage ? J’ai vu que votre partenaire, Lee Sung Min, s’était inspiré d’un documentaire sur la chasse au sanglier pour son apparence.
Lee Hee Joon : Quand j’ai reçu le script, je suis retourné dans ma ville natale où j’avais passé mes années de collège et lycée. J’avais un ami à l’époque qui était un gars un peu bizarre, pas très futé, qui était gentil mais qui parlait un peu lentement. Je l’ai retrouvé, je l’ai interviewé, et on a passé un peu de temps ensemble. D’ailleurs il a beaucoup aimé le film, mais il ne sait toujours pas que je me suis basé sur lui, que c’était mon modèle pour ce personnage (rires).
En tant que réalisateur d’un premier long-métrage, que représente le fait d’être entouré par un producteur et un duo d’acteurs aussi expérimentés ? Cela engendre-t-il plus d’aisance ou est-ce une source de pression supplémentaire ?
Nam Dong Hyub : Comme c’est mon premier long-métrage, effectivement, j’étais déjà très nerveux. Le producteur est quelqu’un de très connu, avec beaucoup de talent, il m’a laissé une liberté totale et apporté un soutien sans faille. Pour mes acteurs, au début je suis sûr qu’ils étaient un peu désemparés parce qu’ils ne me connaissaient pas du tout. Je n’avais pas fait mes preuves étant donné que c’était mon premier long-métrage, mais ils ont été d’un soutien infaillible, et m’ont apporté leur confiance totale. Mis à part leur grand talent, humainement ce sont vraiment de bonnes personnes et j’ai eu beaucoup de chance pour cela. Le tournage a eu lieu pendant la pandémie, à l’époque c’était impossible d’aller boire une bière dans un bar en fin de journée, on ne pouvait pas sortir, on était tous cloîtrés dans nos chambres. J’ai passé quelques soirées dans ma chambre avec Lee Hee Joon, car on a le même âge, et on faisait parfois le point ensemble à propos du tournage. À chaque fois il m’apportait beaucoup d’énergie et de soutien, ce qui a été une grande force pour moi.
Lee Hee Joon : Vous savez, les acteurs ont toujours un respect envers le réalisateur, mais parfois on ne peut pas se forcer. Alors que là, on voyait vraiment le talent du réalisateur dans son adaptation du style hollywoodien vers un film coréen. À chaque fois, après les prises, tous les commentaires qu’il nous faisait étaient vraiment appropriés, c’est pourquoi pendant tout le temps du tournage, on a eu une confiance mutuelle qui a fait qu’on était tous heureux de travailler ensemble.
Nam Dong Hyub : Je pense qu’en France c’est pareil, mais vous savez en Corée, quand on débute, que l’on fait son premier long-métrage et qu’on est face à des comédiens qui sont des acteurs de renom expérimentés, parfois les acteurs se déchaînent contre nous quand ils ne sont pas contents, en nous disant de ne pas faire telle ou telle chose (rires), et pour ma part j’avoue qu’ils ne m’ont jamais dit quoique ce soit de mal. Et même l’acteur Lee Seong Min, qui a dix ans de plus que moi, a malgré ça toujours été respectueux envers moi. Il me vouvoie toujours, d’ailleurs !
Conclusion
Je tiens à remercier l’équipe du FFCP qui a rendu cette interview possible, l’organisation (Cédric Callier) à la traduction, merci également à Nam Dong Hyub et Lee Hee Joon pour ce temps accordé.

