Le FFCP s’est clôturé le 5 novembre dernier. Une nouvelle fois, cette édition a rencontré un franc succès, à la faveur du travail d’une formidable équipe de bénévoles passionnés et d’une programmation hybride, qui, au delà des cinéastes confirmés, a mis à l’honneur les réalisations de nombreux talents, dont c’était le premier long-métrage. Retour sur les films marquants et les projections auxquelles j’ai pu assister.
Cérémonie d’ouverture du FFCP : Handsome Guys de Nam Dong Hyub

Avec Handsome Guys, le FFCP a démarré très fort lors de cette cérémonie d’ouverture, avec cette comédie horrifique qui a su séduire un public hilare tout au long de la soirée. Autour de ces deux rednecks made in Korea, interprétés par Lee Hee Jun (Sea Fog, A Killer Paradox) et Lee Sung Min (The Spy Gone North, L’Homme du président), mais aussi des seconds rôles tout aussi brillants dans l’absurde, le film de Nam Dong Hyub enchaîne les gags burlesques et les quiproquos avec une maîtrise des genres à souligner, notamment pour un réalisateur dont c’était le premier long-métrage. Remake du film américain Tucker et Dale fightent le mal sorti en 2010, les amateurs du genre remarqueront que Nam Dong Hyub multiplie les références à des films tels que Evil Dead, The Strangers, L’Exorciste, ou encore Vendredi 13, ainsi qu’un clin d’oeil à Gonjiam : Haunted Asylum, autre production de Kim Won Kuk, également invité lors de cette cérémonie, ainsi qu’au Centre Culturel Coréen pour une masterclass.
Une séance de rattrapage pour ce savoureux mélange des genres est disponible en streaming sur Disney+, si vous disposez d’un VPN.
Vous retrouverez très prochainement l’interview de Nam Dong Hyub et Lee Hee Joon, rencontrés à l’occasion du festival.
Section Paysage : Work to Do de Park Hong Jun

Work to do fait partie de ce panel de films où mes attentes étaient plutôt mesurées, je me rendais à cette séance, attiré par la thématique sociale et curieux de la façon dont elle allait être abordée, sans vraiment savoir à quoi m’attendre en termes de rendu final. Le ressenti à l’issue du visionnage est d’autant plus réjouissant puisqu’il s’agit, à mes yeux, d’une véritable réussite et d’un coup de coeur.
Ce drame social réalisé par Park Hong Jun n’a pas usurpé la comparaison avec le réalisateur britannique Ken Loach, reconnu pour son cinéma social mettant en scène le quotidien précaire de la classe ouvrière avec un réalisme certain, emprunt au documentaire. Néanmoins, Work to Do se démarque en prenant le parti pris du licenciement de masse du point de vue des bourreaux et non des victimes. Bien que ces dernières ne soient pas mises au ban de la société, Park Hong Jun se focalise sur l’impact qu’engendre cette vague de licenciements sous l’angle de ceux qui portent cette responsabilité au sein de l’entreprise, qui ont l’élégance d’avoir honte d’être du mauvais côté de la barrière et de devoir faire ce qui incombe à leur position.
Section Paysage : Concerning my Daughter de Lee Mi Rang

Toujours dans cette section Paysage, Concerning my Daughter avait été le premier film que j’avais coché lors de l’annonce de la programmation du FFCP, de par la volonté affichée de montrer la réalité du pays et de faire éclater ce goût du secret. D’une sobriété et d’une justesse magnifiques grâce à son sens du cadre, le drame social de Lee Mi Rang aborde des thématiques encore dissimulées et taboues dans une société coréenne où certains modèles traditionnels et archaïques font encore office de normes, rendant les individus qui s’en détachent marginalisés et pris pour cible.
Pour rappel, le personnage principal de Concerning my Daughter porte un regard primitif sur l’homosexualité de sa fille. Cette dernière, en proie à des difficultés financières, revient vivre chez sa mère avec sa compagne. Si l’homosexualité et l’indolence vis-à-vis des anciens sont des thématiques importantes du récit, la peur de l’abandon au crépuscule de sa vie est sans doute l’épicentre même du film. C’est, selon moi, cette peur de l’abandon qui accentue le regard abrupt sur l’orientation sexuelle et la détresse des anciens. En effet, cette quinquagénaire, aide-soignante au quotidien, est témoin de ces générations en fin de vie et sans famille, parquées dans des maisons de retraite où règne une absence d’empathie répugnante. La peur de finir seule, comme les pensionnaires dont elle a la charge, influe sur son regard à propos de l’orientation sexuelle de sa fille.
Avec Concerning my Daughter, Lee Mi Rang dresse le portrait de femmes issues de trois générations différentes, une ode à la tolérance et au combat pour des droits légitimes, qu’il s’agisse de pouvoir être libre de revendiquer son orientation sexuelle sans en souffrir ou le droit à une fin de vie des plus décentes.
Section Évènements : Land of Happiness de Choo Chang Min

Ce drame historique retranscrit, sans verser dans la démesure, le célèbre procès d’un homme impliqué dans l’assassinat du président par l’agence de renseignement en 1979. La mise en avant du régime militaire dans ce procès déloyal, qui n’en a que le nom, et le jeu d’échecs installé pour la prise de pouvoir au sein d’un pays alors en plein chaos, fonctionne très bien, notamment par le biais de son montage, qui participe grandement à la tension. Mention spéciale aux seconds rôles incarnant les militaires, Yoo Jae Myung, Park Hoon, Lee Won Jong, tous particulièrement charismatiques, et qui apportent un surplus de densité au film.
Land of Happiness est une oeuvre à voir, pour quiconque voudrait en apprendre davantage sur l’histoire coréenne et ses contours à travers le cinéma. Il s’agit également du dernier film du regretté Lee Sun Kyun.
Section Évènements : Escape de Lee Jong Pil

En dépit de l’amorce de quelques bonnes idées restant en surface, Escape a été une déception pour ma part. Le film n’est pas parvenu à m’embarquer dans cette traque d’un soldat nord-coréen cherchant à tout prix à rejoindre le Sud, perçu comme un Eden pour quiconque serait de l’autre côté de la frontière et aspirerait à une once de liberté. Malgré le pitch plutôt séduisant sur le papier, et une dernière partie plus convaincante, le rythme et la tension manquent cruellement dans la première heure, alors même qu’il s’agit d’un pur divertissement d’action assumé. Jamais durablement ancré dans l’action, le drame ou l’humour, le film s’en approche seulement avec parcimonie. Le recours excessif au deus ex machina pour sortir le déserteur (Lee He Joon) de situations désespérées, ne facilite pas la cohérence du film, et ce n’est certainement pas l’armée nord-coréenne qui contribuera à redonner un peu de crédibilité au scénario, tant elle est tournée en ridicule. Une des rares satisfactions aura été le personnage joué par Koo Kyo Hwan (Peninsula, Deserter Pursuit) qui apporte un peu de singularité, de par son jeu et la caractérisation de son rôle d’officier nord-coréen obligé de dissimuler son homosexualité, mais encore une fois cette facette demeure inexploitée malgré le potentiel entrevu pour cet acteur révélé lors du FFCP 2017 avec son rôle de Travesti dans le film Jane de Cho Hyun Hoon.
Section Évènements : Exhuma de Jang Jae Hyun

Énorme succès au box office coréen avec près de 12 millions d’entrées, Exhuma faisait partie des films inédits en France, et attendus lors de ce FFCP. Le récit tient en haleine grâce à une tension crescendo et une atmosphère mystique, bien que ces caractéristiques soient inhérentes au genre. Le soin apporté à l’image par le réputé directeur de la photographie Lee Mo Gae (I Saw the Devil, Asura : The City of Madness) est vraiment à souligner, tant le rendu visuel accentue l’ambiance à l’écran. Pour rappel, Exhuma réunit un géomancien (Choi Min Sik) et deux chamans (Kim Go Eun et Lee Do Hyun), afin d’exhumer la tombe de l’ancêtre d’une riche famille américano-coréenne, victime d’une terrible malédiction. Si on peut noter un léger manque de développement des personnages, le film de Jang Jae Hyun met en lumière la funeste période coloniale japonaise en Corée en incorporant un sujet qui a tendance à être passé sous silence, celui de la collaboration et de l’enrichissement potentiel de quelques Coréens durant l’occupation.
Section Évènements : Veteran 2 de Ryoo Seung Wan

Hwang Jung Min (The Strangers, Deliver Us from Evil) retrouve son rôle de flic déchaîné dans cette comédie policière qui reste dans la lignée du premier opus sorti en 2015. Le scénario est sans surprise, mais la formule fonctionne toujours aussi bien, grâce à un rythme effréné mêlant gags et scènes d’action, mais surtout par le biais d’un contenu de fond plus étoffé, bien que la légèreté reste l’essence de ce type de divertissement, qui sans être du très bon cinéma, remplit son cahier des charges. Veteran 2 est cette fois axé sur la traque d’un tueur en série idolâtré sur les réseaux sociaux, et qui compense les défaillances du système judiciaire. Ce récit, articulé autour d’un criminel engendré par les manques de l’état et de scènes de la vie privée du héros, sont autant d’éléments qui contribuent à donner davantage d’intérêt à cette suite.
Cérémonie de clôture du FFCP : Hiver à Sokcho de Koya Kamura

La 19e édition du FFCP 2024 se clôturait avec Hiver à Sokcho, l’histoire d’une jeune femme au point mort dans sa vie routinière, qui voit son malaise interne prendre un nouveau tournant lorsqu’un auteur de bandes dessinées français (Roschdy Zem) débarque dans cette petite ville côtière. De prime abord, je dois admettre que je ne suis vraiment pas fan du cinéma français, auquel je reproche un manque de remise en question et d’ouverture sur le monde en matière d’inspiration. J’avais donc quelques a priori au moment de l’annonce du film, notamment l’idée qu’Hiver à Sokcho puisse être un film ne reprenant que les codes du cinéma français pour les transposer en Corée du Sud. Mes doutes se sont rapidement dissipés lorsqu’en préparant l’interview du réalisateur franco-japonais Koya Kamura, j’ai visionné son premier court-métrage intitulé Homesick. Et je dois dire que j’ai adoré ce film que je vous invite à voir. On y suit un père de famille qui brave la no-go zone pour passer du temps avec son fils, deux ans après la catastrophe de Fukushima.
Hiver à Sokcho a donc fait voler en éclats d’éventuels préjugés, et ce fut une merveilleuse façon de terminer cette nouvelle édition du Festival du Film Coréen à Paris. Koya Kamura dépasse les frontières avec ce voyage intimiste qui suit avec subtilité les méandres de la pensée, et nous prouve qu’il n’est pas nécessaire d’étiqueter un film par un genre ou un pays pour s’y installer et se laisser bercer au gré du temps suspendu. Une véritable réussite, tant au niveau de la réalisation, que du jeu des acteurs. Si Roschdy Zem n’est plus à présenter, difficile d’imaginer qu’il s’agissait du premier rôle au cinéma de Bella Kim, qui livre une performance d’une éclatante sensibilité dans une infusion de quête d’identité et de tourments internes.
Hiver à Sokcho sortira en salles dès le 8 janvier 2025 et je vous conseille vraiment d’aller le voir, à la fois pour la beauté des décors intimistes et des paysages hivernaux de Sokcho, la performance remarquable des acteurs principaux et secondaires, mais surtout pour l’audace d’un réalisateur qui s’empare de codes et d’ambiances propres au cinéma coréen pour les coupler à sa culture franco-japonaise afin de lui donner une identité qui lui est propre. Hiver à Sokcho est la résultante d’une vision large, teintée de multiples références.
Vous retrouverez très prochainement l’interview de Koya Kamura et Bella Kim, rencontrés quelques heures avant la clôture du festival.
Conclusion

Je tenais particulièrement à remercier l’ensemble des bénévoles participant à ce merveilleux festival qu’est le FFCP, de continuer à le faire vivre ainsi avec autant de proximité, et de nous offrir chaque année un panel aussi large de films et d’invités. Merci également à K.Owls de m’avoir permis de couvrir cet événement qui ne cesse de ravir les amoureux du cinéma coréen.

