Avec une écriture à la fois clinique et subtilement ironique, Eun Hee Kyung explore ce qui se tait dans le couple, la famille et le travail. Le recueil de nouvelles Les Boîtes de ma femme compose ainsi un tableau impitoyable et profondément intime de la condition féminine.
Avant-propos
Eun Hee Kyung est née en 1959 à Gochang. C’est l’une des plus grandes voix de la fiction coréenne contemporaine. Avant d’être romancière, elle a été enseignante, éditrice et reporter.
Parmi ses thèmes favoris, on y trouve le récit de la vie quotidienne, des relations humaines, de la solitude et des difficultés à communiquer. Elle interroge régulièrement les conventions sociales et les rôles imposés dont les femmes sont souvent les premières victimes.
Récit plus ancien que Encouragez donc les garçons, j’ai hâte de découvrir ce que Les Boîtes de ma femme me réserve ! Ce recueil de cinq nouvelles a été récompensé par le prix Yi Sang en 1998. Eun Hee Kyung y aborde la question du mariage, de l’amour et du poids des attentes sociales.
Les cinq nouvelles de ce recueil sont titrées ainsi :
- Les Boîtes de ma femme
- Ma femme évanescente
- Les Beaux Amants
- On n’avait pas pensé à l’imprévu
- Yeonmi et Youmi.
Cela rejoint un sujet dont on parle de plus en plus : une « fracture » entre les femmes et les hommes. Et si cela n’était que la face visible de problèmes déjà présents dans les relations ? À travers Les Boîtes de ma femme, Eun Hee-Kyung dresse les secrets de femmes citadines que leurs proches découvrent réellement pour la première fois.
Avertissement : présence de viols conjugaux.
Mon avis sur ce recueil d’Eun Hee Kyung
Les Boîtes de ma femme est un recueil de cinq nouvelles, d’une quarantaine de pages environ. Par conséquent, la lecture est assez rapide. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle laisse indifférent.
Chaque récit décape le vernis du quotidien pour laisser apparaître les frustrations, les compromis et, parfois, les révoltes muettes de femmes enfermées dans leur rôle d’épouse. Cinq parcours où la solitude est immense. À travers le regard de leurs proches, se dessinent différentes souffrances. Toutefois, ces mêmes proches ne comprennent pas. En particulier les maris et amants : ils passent à côté de tout sans se remettre en question. Et trouvent le moyen de se plaindre de leurs situations. Eun Hee Kyung offre un regard à la fois bouleversant et cruel.
J’ai préféré ne rien dire, mais je bouillais. Son comportement m’irritait en toutes choses. Mais je me suis tu, car j’avais pour principe de préserver la paix entre nous : c’était un compromis.
Page 24 [Le mari à propos de sa femme.]
En plus de la solitude, on peut trouver deux autres thèmes centraux au fil des pages. Le premier ? Le poids de la société sur les femmes : rester jeune et fraîche, trouver un « bon » mari et être une femme au foyer modèle, en dépit de la charge mentale et de l’isolement. Le second est le manque de communication. Personne ne se parle réellement ; que ce soit sur les attentes de la vie de couple, les problèmes que chacun peut avoir dans sa vie, etc. Finalement, ce qui aurait peut-être pu être réglé autrement ne le sera jamais : les personnages sont alors démunis, n’ayant plus de choix. Ces nouvelles posent bien l’univers d’Eun Hee Kyung, car on y trouve toutes ses thématiques et son ton particulier.
Cela ne sera plus. Puis une question surgit : qu’avons-nous fait ? C’est comme si, après avoir été hypnotisés, ils se réveillaient meurtriers, tenant encore en main le couteau sanglant. Leur désarroi est immense. Que nous arrive-t-il ? Comment se fait-il que notre amour ait basculé ainsi pour s’évanouir en un jour ?
Page 134
Où trouver Les Boîtes de ma femme ?
Eun Hee-Kyung, Les Boîtes de ma femme, traduit par Lee Hye-Young et Pierrick Micottis, Éditions Zulma, avril 2025, ISBN : 979-10-387-0279-0, au prix de 9,95 €.
Source : Éditions Zulma

