À l’université pour femmes de Dongduk, la proposition d’introduire la mixité, rejetée par les étudiantes, soulève de grandes questions sur l’avenir des universités pour femmes en Corée.
La controverse sur la mixité à Dongduk
Le 8 novembre, l’administration de l’université pour femmes de Dongduk à Séoul, l’une des sept dernières du type en Corée, a proposé d’ouvrir ses portes aux étudiants masculins. Cette suggestion, justifiée par des problèmes financiers et la baisse du taux de natalité, viserait à compenser la diminution du nombre d’étudiants : depuis 2014, la population des 6-21 ans a chuté de 2,04 millions, rendant l’admission des étudiantes plus difficile. D’autres universités ont déjà adopté la mixité, comme celle de Sungshin en 2018, estimant que les obstacles rencontrés par les femmes sur le marché du travail affectaient la valeur des diplômes.
Aucune décision n’a été prise lors de la réunion du 10 novembre. Cependant, la proposition a suscité une forte opposition des étudiantes. Le conseil des étudiantes, Naran, rejette l’idée de la mixité, affirmant qu’elle contredirait la mission de l’université, qui est de promouvoir l’émancipation des femmes et leur représentation dans la société. Naran conteste également l’argument de la baisse démographique, rappelant que l’université a l’un des taux d’admission les plus faibles du pays, à 7,6 %.
Pendant deux semaines, les étudiantes ont donc protesté en recouvrant les murs de leurs vestes universitaires, en boycottant les cours et en écrivant des graffitis. Elles ont été soutenues par des étudiantes d’autres universités pour femmes, tandis que des groupes antiféministes ont organisé des rallyes contre ce qu’ils appellent un « féminisme radical ». Le 20 novembre, près de 2 000 étudiantes de Dongduk ont voté contre la mixité lors d’une assemblée générale. De leur côté, les professeurs les ont appelé à mettre fin au boycott et aux actions illégales. Le 21 novembre, une réunion entre l’administration et le conseil des étudiantes a permis de trouver un accord pour reprendre les cours.

L’avenir des universités pour femmes en Corée
En Corée, la controverse autour de la mixité à l’université pour femmes de Dongduk a ravivé le débat sur la pertinence de ces établissements en 2024. Créées dans les années 1880-1890 pour garantir le droit des femmes à l’éducation, ces universités étaient nécessaires à une époque où les femmes ne pouvaient étudier auprès des hommes en raison de la tradition confucéenne. Après la Seconde Guerre mondiale, elles ont formé l’élite féminine, avant de rencontrer des difficultés financières dans les années 1990, les poussant à s’adapter.
Aujourd’hui, certains estiment que l’égalité des genres dans l’éducation rend ces universités obsolètes. Ils dénoncent une « discrimination inversée » qui favoriserait les femmes au détriment des hommes aux meilleurs dossiers scolaires dans les filières où ces universités sont spécialisées. Un sentiment renforcé par le fait que les filles bénéficient d’un taux d’acceptation plus élevé dans les universités grâce à leurs bons résultats (81,6 % contre 76,8 % pour les hommes).
Cependant, de nombreux universitaires affirment que ces établissements restent nécessaires, l’égalité des genres étant loin d’être atteinte en Corée du Sud. La « discrimination inversée » découlerait de la compétition dans le système éducatif, alors que les universités pour femmes sont principalement situées à Séoul. Les hommes refusés dans les autres universités et ne pouvant postuler dans ces établissements percevraient cette situation comme inégale, une frustration amplifiée par la montée de l’antiféminisme. Cependant, le Forum économique mondial classe la Corée du Sud 99e sur 146 pays en matière d’écart entre les sexes, soulignant qu’il faudrait encore 132 ans pour parvenir à une égalité parfaite dans le pays. Il semble donc légitime que les étudiantes s’inquiètent d’être marginalisées dans une société où les discriminations de genre restent marquées.
Enfin, les universités pour femmes sont des lieux privilégiés pour discuter des droits des femmes et des inégalités de genre qui contribuent au développement des études de genre, notamment à travers la publication de recherches importantes sur le sujet en Corée.
Sources : The Korea Herald (1)(2) | The Korea Times (1)(2) | Korea JoongAng Daily | Maeil Business Newspaper

