Quand on part en randonnée, on marche dans la nature, on découvre de nouveaux endroits et on fait de nouvelles rencontres. Mais que cela donnerait-il en marchant le long de la DMZ, la frontière la plus militarisée du monde ? C’est ce que Valérie Gelézeau a voulu savoir en parcourant le sentier de la Paix, une expérience relatée dans son ouvrage DMZ. Marche et démarche à la frontière coréenne, sorti chez l’Atelier des cahiers.
Présentation de l’autrice, Valérie Gelézeau
Valérie Gelézeau est une géographe et coréanologue, directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Elle a notamment dirigé le programme « ANR CITY-NKOR : Ville, architecture et urbanisme en Corée du Nord » entre 2018 et 2023.
Elle est également l’autrice d’articles et d’ouvrages sur le rapport de la société coréenne à l’espace, tels que « La frontière coréenne et le « problème » nord-coréen » en 2017 et Faire du terrain en Corée du Nord en 2021 avec Benjamin Joinau. Dans ses travaux, Valérie Gelézeau effectue de la recherche qualitative, caractérisée par une méthode parfois expérimentale, à la frontière entre la fiction et la recherche.
Résumé de DMZ. Marche et démarche à la frontière coréenne
Dans DMZ. Marche et démarche à la frontière coréenne, Valérie Gelézeau revient sur son expérience insolite, et inédite à en croire son état de l’art, qui est celui d’avoir parcouru à pied, et en voiture lorsque cela n’était pas possible, le sentier de la Paix dans une démarche scientifique.
Entre novembre 2024 et novembre 2025, la géographe a parcouru l’intégralité des 500 kilomètres du sentier, de l’île Ganghwa en mer Jaune à l’Ouest jusqu’à Goseong, dont l’observatoire donne sur la mer de l’Est. Un périple à travers vallées, montagnes, zones touristiques et militaires, effectué en solitaire, en compagnie d’amis et parfois escortée par l’armée dans le cadre de parcours guidés…
Malgré les pluies et les canicules, Valérie Gelézeau s’est démenée pour proposer une étude autant originale que porteuse de réflexion de son périple à la frontière inter-coréenne.


Mon avis sur DMZ. Marche et démarche à la frontière coréenne
Le premier point à noter est le format de cet ouvrage. En effet, il se compose dans une première partie d’un article universitaire, puis en seconde partie d’un carnet de voyage similaire à un guide de randonnée. Il est très agréable à la prise en main et comporte plusieurs cartes, clairement expliquées, et photographies illustrant avec pertinence le parcours de l’autrice. La lecture est facilitée par le style, avec des phrases courtes et simples en dépit de la portée scientifique du texte. Quant au carnet de voyage, bien qu’il soit présenté dans le livre en suivant l’ordre des sections du parcours, il est aussi possible de lire dans l’ordre effectué par l’autrice, ce que je conseille de faire pour comprendre l’évolution de sa perception de l’environnement.


J’ai appris beaucoup de choses en lisant DMZ. Marche et démarche à la frontière coréenne. Le texte de la première partie, en recontextualisant historiquement et conceptuellement la DMZ, m’a par exemple familiarisée à la notion de « métanation » coréenne, qui désigne l’existence d’une identité coréenne commune dépassant les frontières entre les deux Corées et notamment présente en Chine.
La lecture de DMZ. Marche et démarche à la frontière coréenne permet de comprendre qu’une frontière n’est pas un lieu seulement physique mais aussi symbolique, lourd de sens et de conséquences sur la nature et l’humanité. Le sentier de la Paix, parcouru par Valérie Gelézeau, dont l’appellation a un sens idéologique, est aussi porteur d’espoir pour les acteurs locaux, dans un contexte géopolitique qui n’a cessé d’évolué depuis la fin de la guerre de Corée en 1953. En ce sens, la démarche de l’autrice au cœur de cette zone où les habitants locaux côtoient espaces naturels, bases militaires et zones touristiques « disneylandisées », révèle l’absurdité du statu quo actuel.
« Mes compagnons parlent de la vie chère à Séoul et des problèmes politiques locaux. Mon amie se plaint de ce que son terrain n’a plus aucune valeur et qu’elle a gaspillé des millions de wons.
Le rêve de la réunification s’est envolé. »
Valérie Gelézeau, DMZ. Marche et démarche à la frontière coréenne, page 95.
Enfin, la lecture de DMZ. Marche et démarche à la frontière coréenne ne peut qu’être utile à l’heure où les frontières sont au cœur de l’actualité, notamment dans le conflit israélo-palestinien, caractérisé par un mur rappelant la séparation des deux Allemagnes pendant la guerre froide… En suivant la marche de Valérie Gelézeau qui découvre les traces de l’ancien conflit, on réalise les conséquences que peut avoir la division d’un pays sur le territoire et la population locale, dont les familles ont été séparées par le conflit en question. Même invisible, la Corée du Nord reste omniprésente.
« Le plus émouvant témoignage étant celui de Mme Jang, 85 ans, qui marchait pieds nus le long de la ligne ferroviaire désaffectée du Gyeongwoon, pour la deuxième fois, en songeant à sa famille restée au Nord. »
Valérie Gelézeau, DMZ. Marche et démarche à la frontière coréenne, page 44.

Conclusion
Je conseille cette lecture rapide, qui m’a donné envie de retourner en Corée pour faire des sections du sentier ! Cet ouvrage invite à prendre du recul et à réfléchir sur cette frontière bloquée entre la guerre passée et la paix rêvée, ainsi que sur leurs conséquences sur les populations civiles impuissantes ou trop jeunes pour avoir vécu les événements ayant mené à cette séparation.
« La Corée… Dix millions de familles séparées… Métaphore de la cruauté de la division.
Je mesure ma chance, mes enfants avec moi dans la voiture du retour. »
Valérie Gelézeau, DMZ. Marche et démarche à la frontière coréenne, page 136.
Où trouver DMZ. Marche et démarche à la frontière coréenne ?
Valérie Gelézeau, DMZ. Marche et démarche à la frontière coréenne, Atelier des cahiers, 148 pages, 2026 (ISBN : 978-24-88413-05-3).
Merci à l’Atelier des cahiers pour leur confiance en nous ayant transmis cet ouvrage !

