Le titre interpelle. L’ouvrage est atypique. Baek Sehee se confie sur un sujet personnel : sa dépression. De sa décision d’aller en thérapie jusqu’à la publication du livre, on assiste à l’évolution de son parcours. Si vous souhaitez en savoir plus, c’est par ici !
Avertissement : comme énoncé en introduction, le livre aborde le sujet de la dépression. Si vous êtes dans cette situation, n’hésitez pas à vous renseigner ou à demander de l’aide. Je vous mets également à disposition un site regroupant des lignes d’écoute.
Avant-propos
Baek Sehee souffre de dysthymie, c’est-à-dire d’un trouble dépressif persistant. Elle ne va pas bien. Elle se sent triste et étouffée, mais apprécie les plaisirs de la vie, dont les tteokbokki, son plat favori. Cette dualité est le cœur de ce livre.
« La tristesse flotte à la surface comme de l’huile, tandis que le bonheur coule à pic. Or, le réceptacle qui contient ces deux émotions est ce que l’on appelle la vie, et c’est en elle que je trouve du réconfort et de la joie. Je suis triste, mais je suis en vie et je surmonte cette existence. Tel est mon réconfort, telle est ma joie. »
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Après avoir étudié l’écriture créative, l’auteure travaille dans un premier temps sur la gestion des réseaux sociaux pour une maison d’édition. N’arrivant pas à se défaire de sa tristesse, ses relations sociales se dégradent. Elle prend donc la décision d’aller voir un psychiatre. De l’enregistrement de ses séances, à l’écriture d’un blog et la publication en auto-édition en 2018, l’ouvrage est devenu un best-seller en Corée du Sud. Il est traduit dans plusieurs pays et fait partie des recommandations du hashtag « BookTok », sur le réseau social TikTok.
Il y a peu, une suite est sortie du côté du Royaume-Uni. La publication américaine arrivera en août. L’ensemble des ouvrages couvre 32 semaines de thérapie. De ce que j’ai pu lire, ce second livre aborde des thèmes plus difficiles comme l’auto-mutilation et les pulsions suicidaires.
Mon avis sur Je veux mourir, mais je mangerais bien du tteokbokki
Difficile de donner un avis net sur ce livre. Que ce soit la forme ou le fond, il y a des choses que j’aurais préféré voir ou présenter autrement. Pour autant, on est sur un sujet sensible et propre à chacun. Ici, Baek Sehee se présente dans une forme très sincère. Forcément, mon ressenti n’est pas le sien et j’ai plus de recul sur une situation qui n’est pas la mienne.
« Mon envie de parler librement de ma souffrance mentale était en compétition avec mon désir de m’en cacher. Je doute de pouvoir être à nouveau aussi sincère dans l’écriture d’un livre, que je l’ai été pour celui-ci. »
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Je veux mourir, mais je mangerais bien du tteokbokki est un ouvrage singulier par son parcours et son élaboration. Au fil des pages, l’auteure avoue son envie d’écrire un livre. Mais quelle idée de se dévoiler ainsi ! Rien que pour ça, on peut souligner le courage de Baek Sehee. Et l’on ne parle pas simplement d’aborder la dépression et la santé mentale : on suit le processus de la thérapie, l’envie d’aller mieux et les aléas. J’ai aimé qu’il n’y ait pas de détours ou d’excuses et que la question du traitement médicamenteux soit abordée. Si la première étape (la prise de rendez-vous) peut être effrayante, je n’ai pas souvent vu la prise de médicaments être évoquée. S’ils sont là pour aider, il ne faut pas oublier que les effets prennent du temps et que le dosage se fait progressivement… Avec des effets bénéfiques ou indésirables malheureusement.
Bien que Baek Sehee écrit en amont et après les chapitres, j’aurais aimé qu’elle creuse davantage certains points comme l’envie d’être spéciale, le jugement et cette « obsession pour les apparences ». En plus de parler de son point de vue, une petite dimension sociologique aurait été un plus, afin d’apporter des réponses et de mettre le doigt sur la pression de la société envers les femmes par exemple. D’un autre côté, si cette prise de consciente ne s’est pas faite, il est normal pour elle de ne pas en parler.
Ce qui m’amène à un dernier point : l’idée de retranscrire les conversations avec sa psychiatre. En soi, je trouve le livre simpliste, car il y a assez peu de matières sur lesquelles Baek Sehee travaille réellement. Il manque de « vivant ». Éventuellement, insérer plus de pensées ou d’émotions dans les parties conversations. Il apparaît assez brutal, rude. Et trouver un spécialiste qui met à l’aise directement n’est pas chose aussi facile. Parfois, si cela se passe bien, il est possible que rien n’avance pour le patient. Quand j’évoque ces perspectives, je parle bien entendu d’un point de vue français. En Corée du Sud, la santé mentale a encore de gros progrès à faire, comme l’évoque NooNao dans cet article. C’est aussi pourquoi le livre a pu ou peut être une bonne introduction pour les personnes qui ont peur d’être stigmatisées par le simple fait de dire « je ne vais pas bien ». Cependant, faites attention à l’auto-diagnostic : ce qui est valable pour l’auteure ne l’est pas nécessairement pour vous. Point positif : la psychiatre a pu donner son avis et se remettre en question. C’est une dimension à ne pas oublier : eux aussi sont humains et peuvent commettre des erreurs.
« Alors, au lieu d’errer sans but à la recherche de ces autres, j’ai décidé d’être celle qu’ils pouvaient trouver — de lever bien haut la main et de crier « Je suis juste là », en espérant que quelqu’un me voie lui faire signe, qu’il se reconnaisse en moi et qu’il s’approche, afin que nous puissions trouver du réconfort dans l’existence l’un de l’autre. »
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Je finirai cet avis par un conseil : prenez soin de vous ! La santé mentale est tout aussi importante que la santé physique.
Où trouver le livre de Baek Sehee ?
Baek Sehee, Je veux mourir, mais je mangerai bien du tteokbokki, traduit de l’anglais par Julie Blanc, Éditions Leduc, novembre 2023, ISBN : 979-10-285-3008-2, au prix de 17 euros.
Sources infos et image : Korea Herald


