Et si le salut du monde dépendait d’une femme de vingt-neuf ans à bout de souffle, écrasée par ses dettes ? C’est le pari audacieux que relève Park Seolyeon dans Magical Girl. Loin des clichés scintillants du genre, cette nouvelle utilise les codes pour mieux en souligner les fissures de notre monde.
Avant-propos
Park Seolyeon est une voix émergente et primée de la littérature coréenne contemporaine, reconnue pour sa capacité à fusionner le réalisme social avec les codes du fantastique. Bien que discrète sur le plan biographique, son œuvre marque les esprits par son audace à traiter des sujets comme la santé mentale et les inégalités à travers un prisme imaginaire. Autrice de romans et de nouvelles, elle a remporté plusieurs prix littéraires, dont le Prix Yi Sang, le plus prestigieux des prix littéraires en Corée du Sud. Elle a fait ses débuts littéraires en 2015 lorsque sa nouvelle « Mikimauseu keulleob » (미키마우스 클럽, Le Club Mickey Mouse) a remporté le Prix Silcheon Munhak des nouveaux auteurs. Ce n’est qu’en 2021 que son travail arrive en France avec le roman JETAIME_RIAH aux Éditions Matin Calme.
Sortie le mois dernier, Magical Girl est une nouvelle qui renverse les attentes du genre. L’intrigue suit le quotidien d’une jeune femme sud-coréenne de 29 ans, anonymisée par une société qui brise bien plus qu’elle n’aide. Elle est alors recrutée par Aroa, la magical girl des prédictions, à l’instant même où elle envisage le pire. Loin de combattre des démons traditionnels avec des baguettes étincelantes, elle doit affronter des ennemis bien plus redoutables et tangibles : le dérèglement climatique, la précarité économique et le poids des dettes. Park Seolyeon utilise ce dispositif fantastique non pas comme une échappatoire, mais comme un miroir grossissant des angoisses de la génération des millenials. Le livre se distingue par son ton unique, oscillant entre humour noir et urgence écologique ; proposant une réflexion profonde sur ce que signifie réellement « sauver le monde » quand on a déjà du mal à sauver sa propre vie.
Le fait que notre monde n’ait à offrir que la fin de l’humanité, mais aucune magical girl pour l’empêcher, me paraît tellement incohérent et bizarre.
Page 149 – Notes de l’autrice
Pour l’édition française, Magical Girl est mis en valeur par le travail de l’illustratrice Yoon Yves. Pour la découvrir, Mia a présenté dans son article Bibimbap ou jambon-beurre ?, sa première bande dessinée. Son style graphique apporte une dimension visuelle au récit, capturant avec sensibilité la dualité de l’ouvrage : la douceur esthétique des codes magical girl contrastant avec la dureté des thématiques abordées. Cette collaboration entre l’écriture de Park Seolyeon et les dessins de Yoon Yves offre une expérience de lecture plus immersive.
Mon avis sur Magical Girl
J’ai été assez sceptique jusqu’au milieu du roman. En principe, j’aime bien que l’on prenne des genres bien établis pour en montrer les lacunes. Un monde dans lequel les magical girls sont connues et doivent aussi vivre comme tout le monde ? Intéressant à traiter… Si l’on avait eu plus de matière. J’ai été un peu déçue de ne voir que les esquisses de cet univers. De même, on a assez peu de personnages et ils ne sont présentés qu’avec un minimum d’informations. Pas de quoi s’attacher réellement. Mais ne serait-ce pas voulu ?
Quand il s’agissait de courage, j’étais comme… un tube de dentifrice presque vide. Il fallait me presser et me tordre dans tous les sens pour parvenir à trouver le peu qu’il restait en moi, sinon, impossible de faire sortir de ma bouche les mots importants. Et parfois, on pressait d’un coup et tout jaillissait n’importe comment et tombait à côté de la brosse à dents, dans le lavabo.
Page 26
Le personnage principal est une femme, bientôt la trentaine, et bien déprimée par sa situation. On n’a pas son nom. Un procédé qui permet de s’identifier facilement. En particulier quand celle-ci se trouve perdue : devenir une magical girl sur le tard alors qu’elle doit régler des dettes financières ? Comment concilier ses deux réalités ? Elle subit pas mal la situation même si Aroa est là pour la guider. La relation entre ces deux personnages est le fil conducteur de l’histoire de Magical Girl. Malgré tout, l’histoire et leur relation est assez prévisible.
Mon coeur était glonflé de haine depuis l’incident du stade, mais pas envers Aroa ou quelqu’un d’autre. Envers moi-même. J’avais vraiment cru que mon existence allait se révéler utile. Mieux, qu’elle allait dépasser la simple utilité et devenir assez importante pour être irremplaçable.
Page 68
Finalement, j’ai mieux apprécié la seconde partie du livre. J’avais du mal à voir où Park Seolyeon voulait en venir, mais elle a su maîtriser son histoire et donner de la cohérence. Cela m’est déjà arrivé d’être aux trois quarts d’un livre et d’avoir une fin complètement gâchée par la rapidité et l’absurdité de la résolution. J’avais peur d’avoir la même chose, mais heureusement, ce n’est pas arrivé et c’est une bonne chose.
Certaines idées élaborées sont intéressantes : une magical girl plus âgée et larguée, la formation d’organisations et de syndicats, sauver le monde du changement climatique et pas juste d’antagonistes. Ce qui m’avait laissé un peu perplexe prend finalement sens. Pour un livre que j’attendais, il y a du bon. La lecture a été agréable, mais pas assez pour que je dise que c’était un très bon livre. Mais le but principal de Park Seolyeon est atteint et efficace !
Dernier point et pas de moindres : l’apport des illustrations ! C’est une bonne surprise de voir la participation de Yoon Yves à l’ouvrage. Je suis son travail depuis un bon moment et ce fut un charmant bonus. Entre le texte qui se veut réaliste et les illustrations, j’ai eu une pensée pour l’animé Pulla Magi Madoka Magica. Les notes de l’autrice m’ont également fait replonger dans l’enfance et l’adolescence, avec cet éclat d’espoir dans un monde qui est loin de nous en donner en ce moment.
Je vous souhaite de devenir une magical girl vous aussi, et d’en éprouver de la satisfaction. Vous êtes la flamme illuminant ce monde obscur sans personne pour se dresser contre la fin de l’humanité.
Et vous n’êtes pas seul.
Page 152/153 – Notes de l’autrice
Où acheter Magical Girl ?
Park Seolyeon, Magical Girl, traduit par Faustine Thivet et Kim De Crescenzo Hye-Gyeong, illustrations par Yoon Yves, Éditions Aux Forges de Vulcain, avril 2026, ISBN : 978-2-37305-870-3, au prix de 18 euros €.
Source : Korean Herald
Source image de une : Éditions Aux Forges de Vulcain


