Bien plus qu’un canon bouddhique, le Tripitaka Koreana, véritable trésor coréen, incarne l’effort de préservation du savoir bouddhiste à travers le temps. Témoignage de l’ingéniosité des scribes et des graveurs coréens du XIIIe siècle, le Tripitaka Koreana est conservé dans le temple Haeinsa depuis près de huit cents ans.
Haeinsa, sanctuaire de méditation et du patrimoine bouddhiste
Construit sur le mont Gaya, au cœur de la province de Gyeongnam, se trouve l’un des trois temples joyaux de la Corée : le temple Haeinsa. Proche de la ville de Daegu, il est l’un des foyers de l’Ordre Jogye, ordre qui représente le bouddhisme coréen traditionnel issu du Son chinois (variante du bouddhisme Zen japonais). Appelé Seon en Corée, cette branche du bouddhisme met l’accent sur la médiation, la compréhension de la nature de l’esprit et la maîtrise de soi. Actuellement, le Seon est toujours grandement pratiqué et enseigné à Haeinsa.
Le parc national qui entoure le temple instaure instantanément un sentiment de sérénité. Une fois à l’entrée, il faut encore faire quelques pas pour découvrir le Tripitaka Koreana. Surplombant les autres bâtiments du temple, le Janggyeong Panjeon, dit dépôt en français, abrite les quatre-vingt mille tablettes du Tripitaka Koreana. Constitué de deux bâtiments en longueur et deux en largeur construits au XVe siècle dans le style architectural du début de la période Joseon, le dépôt prend la forme d’un rectangle autour d’une cour. Considéré comme la bâtisse la plus importante du temple, ces édifices sont même situés au-dessus du pavillon qui accueille le bouddha.
Le Tripitaka Koreana : un trésor bouddhique gravé dans le bois
Depuis la cour formée par les quatre bâtiments du Janggyeong Panjeon, il est possible d’observer les étagères qui protègent chacune des tablettes du Tripitaka Koreana. Tripitaka est un mot sanskrit, signifiant « trois corbeilles ». Il est employé pour désigner l’ensemble des textes canoniques du bouddhisme theravada. Majoritairement diffusé en Asie du Sud et Asie du Sud-Est, le bouddhisme theravada est l’une des plus anciennes branches du bouddhisme ; il repose sur deux principes : l’imperfection de l’être humain et le caractère temporaire de la vie.
Gravés sur plus de quatre-vingt mille tablettes de bois, le Tripitaka Koreana est l’œuvre la plus complète de textes du canon bouddhiste. Réalisées entre 1237 et 1248, ces tablettes ont été conçues pour demander au Bouddha de défendre la Corée face aux invasions mongoles. Une première version avait déjà été produite, mais elle avait brûlé dans un incendie.
Aussi nommé les quatre-vingt-quatre mille sutras, le Tripitaka Koreana est constitué de trois chapitres : les Sutras, préceptes compilés par les disciples de Bouddha après sa mort ; le Vinaya, textes rassemblant les règles que doit suivre le sangha (la communauté monastique) ; et l’Abhidharma, analyse de l’état de conscience de l’esprit humain. Le recto et le verso de ces quatre-vingt mille plaques de bois sont utilisés pour rassembler ces trois chapitres.
Les Hanja, caractères chinois anciennement utilisés pour écrire le coréen, inscrits sur les plaques de bois, ont été gravés à l’aide d’un poinçon ou de la pointe d’un couteau. La délicatesse des caractères chinois que recèle le Tripitaka Koreana démontrent une utilisation parfaite des techniques de la gravure. Bien que plusieurs scribes et graveurs aient été employés, les caractères semblent avoir été écrits par une seule et même personne.
En 1995, le Tripitaka Koreana et le dépôt, Janggyeong Panjeon, sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, marquant la reconnaissance du caractère exceptionnel des constructions, étudiées pour la conservation des tablettes, et de la remarquable qualité artistique du travail de la gravure. En effet, le Janggyeong Panjeon, bâtiment unique au monde, garantit une aération naturelle des quatre-vingt mille tablettes, ce qui permet de limiter l’humidité et la présence de rongeurs ou d’insectes nuisibles. Malgré tout, le travail de restauration du Tripitaka Koreana et du dépôt reste très important, les tablettes et les étagères sont sans cesse restaurées.
Ouvert au public, le temple de Haeinsa est encore aujourd’hui un lieu de pèlerinage reconnu. Grâce au programme Temple Stay, organisé par la Cultural Corps of Korean Buddhism, il est également possible d’y passer la nuit, de découvrir le Tripitaka Koreana et d’assister aux différents rituels, comme les prières, les repas et le réveil.
Sources : Temple Haeinsa l UNESCO l Temple Stay



