Hye Jeong, aussi connu sous le nom de Seonsan Daesa (서산대사 | 西山大師), est un maître bouddhiste coréen qui leva une armée de moines lors des invasions japonaises des guerres Imjin (1592 et 1598). Voici son histoire.
Biographie
Hye Jeong (휴정 | 休靜) naît en 1520 à Anju, aujourd’hui situé en Corée du Nord. On sait peu de choses de son enfance hormis qu’il devient orphelin et entre au Sunghyunkwan (성균관) à Hanseong (Séoul) où il s’initie au Confucianisme.
Lors d’un voyage, il rencontre un moine qui lui fait découvrir les voies du bouddhisme. Il rejoint alors le Mont Jiri pour se consacrer à sa nouvelle foi.

Du jeune moine au maître bouddhiste
Hye Jeong a grandi à une époque durant laquelle le Bouddhisme n’est pas valorisé par le pouvoir royal. En effet, lorsque le roi Taejo (태조 | 太祖 – 1335-1408) fonda le royaume de Joseon, il choisit la doctrine confucianiste comme religion d’Etat. Le Bouddhisme est ainsi tour à tour interdit ou limité dans les premières heures de la dynastie Yi.
En 1545, âgé de 32 ans, Hye Jeong obtient le meilleur score de la classe d’études monastiques. Il commence alors sa vie d’enseignement et parcours la Corée de temple en temple. En 1552, le jeune roi Myeongjong (명종 | 明宗), sous l’influence de la régente Seongryeol (성렬왕대비) qui est favorable à la doctrine bouddhique, le nomme arbitre et administrateur des mouvements Seon, prônant la méditation, et Gyo, prônant la doctrine. Il assume ce rôle trois années avant de retourner à sa vie de professorat itinérant.
La pensée de Hye Jeong
Sa vie durant, Hye Jeong réfléchit à la place du bouddhisme. Il se chagrine de la façon dont la religion est enseignée et commence à travailler sur la distinction entre les textes et l’âme bouddhique. En effet, à l’époque, les disciples de Bouddha considèrent les textes sacrés du canon bouddhiste comme le cœur de la religion.
Hye Jeong rassemble donc les passages essentiels du canon bouddhiste et des dictons de plusieurs maîtres Seon et les compile en un ouvrage : Le Miroir du Seon.
En 1579, le Seongagwigam (선가귀감 | 禪家龜鑑) est publié en Chine et en Corée. Le livre est alors utilisé pour l’éducation des moines et la médiation entre les mouvements Seon et Gyo.
Les invasions japonaises
En 1592, lorsque Hideyoshi Toyomi envahit la péninsule coréenne, Hye Jeong, âgé de 72 ans, lève une armée de 5 000 moines pour contrer l’avancée japonaise. Aux côtés des armées de Ming venues en renfort, des milices coréennes et les quelques restes de l’armée royale, il libère la ville de Pyongyang en février 1593. De nombreux moines se joignent aussi aux « armées vertueuses », des milices composées de roturiers et de civils qui apparaissent lorsque la Corée est envahie. Pendant les guerres d’Imjin, on distingue deux types de moines soldats : les Seungbyeong (승병 | 僧兵) qui combattent et les Uiseung (의승 | 義僧) qui soignent les blessés.
Après la guerre, la participation des milices bouddhistes favorisa la légitimation partielle de la religion dans l’esprit des fonctionnaires. Mais c’est surtout auprès du peuple coréen que les moines reçurent une reconnaissance progressive. Dans la mémoire collective Hye Jeong, lui, devint un héro national.
Hye Jeong de nos jours
Des siècles passent durant lesquels Hye Jeong continue de représenter la foi puissante, sage et active. Le Seongagwigwan continua d’être publié en Corée, en Chine mais aussi au Japon où, à la fin du 17e siècle, on peut trouver 180 éditions différentes du Miroir de Seon. Le livre a aussi une grande influence sur le mouvement idéologique Shilak (실학 | 實學).
La pensée Hye Jeong est ainsi un sujet de connaissance pour les philosophes et religieux. Hye Jeong est quant à lui devenu une figure de la culture générale coréenne grâce à son implication dans les guerres d’Imjin. Si les faits historiques peuvent être contrastés, et notamment ses actions politiques lors de son mandat d’administrateur, c’est surtout la participation des moines bouddhistes dans la protection de la Corée qui fait de lui un héros national.
Conclusion
Bien que moins connu que de nombreux héros coréens tels que Yi Sun Shin, Hye Jeong est une figure importante de la mémoire religieuse coréenne. L’impact de ses écrits est longtemps resté dans les sphères bouddhiques. Mais les mouvements populaires de la fin du 19e siècle ainsi que les évolutions de la pensée Shilak se sont imprégnés de la vision rassembleuse portée par le moine.
Sources : Zen source book | Korean temple | education asian art | 100 Korean heroes and heroines Center of Korean Spirituality Awakening Movement ISBN 878-89-963357-7-1 03900, p.79 | Everythingexplained | Mirror of Seon | Korean Encyclopedy-Shilak | 韓國佛敎人名辭典(1993). Lee, Jeong(ed.) (The Korean Buddhist Biographical Dictionary,) Bulgyosidaesa (publisher), p. 366. Seonsan daesa movie
Article rédigé par Casado Hélène.




