Castaway on the Moon, également connu sous le titre français Des nouilles aux haricots noirs, est la première réalisation solo du réalisateur Lee Hae Joon. Pouvant s’apparenter à une satire sociale sur la folie du monde moderne, le film mêle comédie et drame, un récit vibrant autour de personnages accablés par une société qui les pousse à l’isolement.
Informations & synopsis de Castaway on the Moon
- Titre original : 김씨 표류기
- Titre anglais : Castaway on the Moon
- Pays : Corée du Sud
- Réalisation et scénario : Lee Hae Joon
- Date de sortie : 14/05/2009
- Genre : Comédie dramatique
- Durée : 1 h 56
Un homme croulant sous les dettes est résolu à se suicider en sautant d’un pont. À son réveil, il se retrouve coincé sur une île au milieu de la rivière Han. Ne sachant pas nager, il est dans l’incapacité de rejoindre le continent. De l’autre côté de la rive, une femme n’étant plus sortie de chez elle depuis plusieurs années observe la vie solitaire de ce naufragé qui éveille sa curiosité.
Casting & bande-annonce
Castaway on the Moon : la folie du monde moderne et ses répercussions
Les thématiques autour du suicide et de l’isolement sont la résultante d’une société qui affecte de plus en plus la santé mentale de millions de personnes. Notamment de par la pression sociale et scolaire qui étouffent une population coréenne qui s’enfonce dans une souffrance psychologique intense.
Le film s’introduit sur le personnage de Kim Seung Geun, lourdement endetté, les larmes aux yeux, au téléphone avec un interlocuteur qui lui dresse le montant de ses dettes au moment où il s’apprête à se jeter du tristement célèbre pont Mapo, surnommé « le pont des suicidés ».
Kim Seung Geun a le sentiment d’avoir échoué dans sa vie professionnelle et amoureuse, ainsi que dans la mort puisqu’il rate également son suicide. Se considérant comme un déchet, il apparaît au milieu des détritus matériels qui polluent cette île, eux aussi rejetés par le biais de la rivière Han. Les plans larges nous montrent Seung Geun, dont les buildings du monde moderne lui apparaissent si proches et à la fois inaccessibles, une société dans laquelle il n’a jamais réussi à trouver sa place et l’épanouissement nécessaire à son bonheur.
D’abord perçue comme une prison dont il est impossible de s’échapper, l’île se dessine progressivement comme un refuge loin du tumulte et des problématiques de la fourmilière.
Au-delà de ses dettes, Seung Geun a perdu son travail suite à une restructuration alors que la société faisait faillite, de plus son ex refuse d’entendre parler de lui. Il s’est toujours noyé dans son quotidien, jugé comme un incapable dans cette société capitaliste qui broie et recrache une partie de ses membres qui finissent exclus.


De l’autre côté de l’île, nous avons Kim Jeong Yeon, elle aussi subit l’isolement. Elle représente ceux qu’on appelle les « hikikomori » en japonais et qui signifie « se retirer ». La Corée du Sud compterait environ 350 000 personnes, âgées de 19 à 39 ans, qui ont fait le choix d’éviter tout contact avec le monde extérieur, au point de ne plus sortir de chez eux. Une souffrance qui découle d’un sentiment de rejet dont l’origine remonte souvent à la scolarité ou aux conditions de travail très difficiles. Ce problème est tel que le gouvernement a décidé de verser une allocation mensuelle de 450 € aux jeunes reclus afin de les encourager à sortir de chez eux. Certaines aides prévoient également la prise en charge de traitements esthétiques réparateurs dans le cas de cicatrices qui amènent ces jeunes à avoir trop honte pour sortir et subir l’humiliation. Ce dernier exemple est sans doute ce qui a conduit Kim Jeong Yeon à cet isolement. La jeune femme porte une grosse marque sur le front et vit recluse dans l’appartement de ses parents depuis trois ans, ne sortant de sa chambre qu’au rythme des horaires de travail de ces derniers.
Son espace s’apparente à une prison lugubre dans laquelle règne un désordre faramineux, un enchevêtrement qui détonne avec le soin qu’elle apporte à nettoyer son clavier quotidiennement. Car la vie de Jeong Yeon est réglée comme du papier à musique, unique moyen de ne pas sombrer totalement dans la folie. Dix mille pas, un travail sur les réseaux sociaux, un temps consacré à photographier la lune dépourvue de toute présence humaine, seule éclaircie dans sa journée, avant de sombrer dans un placard aménagé avec des couches de papier bulles en guise de matelas relaxant.
Jeong Yeon profite des exercices du corps de la défense civile pour photographier, depuis sa fenêtre, les lieux désertés par les habitants qui lui apparaissent aussi vides que la lune capturée, c’est ainsi qu’elle remarque la présence de Seung Geun sur l’île.

Castaway on the Moon : le bonheur retrouvé dans la simplicité
Kim Seung Geun se résigne très vite à l’idée de rester sur cette île, au point même de fuir une aide extérieure lorsqu’elle se présente à lui. D’abord isolé par accident, il devient à son tour une version hikikomori en fuyant volontairement le contact humain et refusant de quitter l’île.
La beauté de cette nature, pourtant très élémentaire, sauve notre personnage et lui offre les besoins élémentaires à son existence, déchargé des contraintes et responsabilités inhérentes à la métropole.
Libéré de ce poids, la vie lui apparaît soudainement plus supportable et lui donne un regain de désir dans son quotidien. Alors qu’il a tenté d’économiser toute sa vie pour s’offrir une maison, c’est finalement sur cette île qu’il trouve son foyer, sans avoir à débourser le moindre won.
Le parcours de Kim Seung Geun dans la capitale évoque un oisillon qui rêvait d’être un cygne majestueux, mais qui décline en vilain petit canard, comme il aime à se surnommer. Un homme qui suscite le mépris, en raison de ses difficultés financières et de son statut social, le mettant ainsi à l’écart du groupe. À travers cette expérience de survie, Seung Geun découvre qu’il est possible d’être heureux sans être nécessairement dans la position du cygne et de son statut, et cela malgré l’enseignement d’une société qui vous condamne à une position immuable de cygne ou de paria.
Au fil de ses essais, Seung Geun devient plus évolué et intelligent, il développe une capacité à trouver des solutions, à créer avec les ressources dont il dispose sur l’île. Ce nouveau monde s’avère être propice aux résultats, à condition de fournir des efforts, au contraire de l’environnement moderne où les besoins élémentaires étaient produits et instantanément prêts à l’usage. Bien évidemment, sa nouvelle vie n’est pas parfaite et certains plaisirs de l’ancien monde lui manquent. C’est notamment le cas des nouilles aux haricots noirs qui deviennent une véritable obsession et un fil conducteur du film puisqu’il va tout mettre en œuvre dans l’espoir de cuisiner ce plat. Seung Geun est galvanisé par ces défis qui lui permettent de se révéler et de se découvrir des capacités enfouies, pour la première fois il a le sentiment de réussir dans sa vie malgré la solitude qui le gagne.
Par ailleurs, la revivification de Jeong Yeon passe par l’observation de cet étrange personnage qui l’oblige à bouleverser ses habitudes. Progressivement, elle surmonte ses peurs et opère une révolution dans son mode de vie. La curiosité, puis l’admiration qu’elle voue à cet ovni va lui permettre de dépasser sa condition et d’enclencher une amorce de guérison.
Castaway on the Moon : duel entre deux espaces ?
Le film n’est pas une dualité entre le monde urbain et la nature, c’est-à-dire l’idée qu’un mode de vie citadin prive ses habitants du bonheur, a contrario d’une existence solitaire en milieu naturel. Castaway on the Moon met en exergue des problématiques connues de tous, à savoir que le mode de fonctionnement de nos sociétés contemporaines pèse sur la sérénité de l’esprit, et peut conduire à une forme d’incompatibilité d’une partie de la population à travers un modèle qui se montre très austère envers les personnes qui n’entrent pas dans le moule, quitte à les marginaliser.
Une échappée loin de l’effervescence de la ville, aussi courte soit-elle, permet de se reconnecter à des valeurs et des plaisirs essentiels, souvent oubliés dans le monde moderne.
Si la folie qui s’empare des personnages principaux émane de la société, le récit n’en oublie pas un principe élémentaire, l’homme est fait pour partager et interagir avec autrui, à condition d’y trouver un écho, et ne peut vivre constamment dans la solitude, sous peine de basculer dans l’aliénation, ou du moins dans une souffrance difficile à porter.
Le choix des couleurs utilisées pour filmer les personnages n’a pas vocation à marquer l’opposition entre deux mondes, mais plutôt d’accentuer la perception de l’état d’esprit ou du mode de vie des personnages. Par exemple, Jeong Yeon est filmée avec des couleurs froides, notamment des déclinaisons de bleu, qui au-delà d’être la lumière émanant de son ordinateur, évoque la détresse et la dépression de son personnage, mais aussi de la nuit qui correspond à l’activité noctambule de Jeong Yeon. Quant à Seung Geun, il est à l’évidence filmé avec le vert de la nature environnante, mais surtout avec des combinaisons de couleurs chaudes qui font allusion au soleil et à une tonalité plus positive, symbole d’une nouvelle vie.
Preuve que l’idée de Lee Hae Joon n’est pas de figurer la vie citadine à travers des couleurs froides mais avant tout de refléter la mentalité des protagonistes, il met en valeur Jeong Yeon à travers des couleurs chaudes dès lors qu’un changement positif s’amorce dans son quotidien sinistre.
Conclusion
Bien que le film ait connu un succès mitigé dans les salles coréennes, il a été auréolé de multiples nominations et récompenses lors de festivals à l’international. Il s’est forgé une solide réputation, au point de susciter le projet d’un remake américain qui n’a finalement pas abouti jusqu’à présent.
Castaway of the Moon n’a rien du banal récit du naufragé. Plus ingénieux, il explore avant tout le mal de notre société moderne à travers la rencontre de deux marginaux blessés qui s’inspirent mutuellement et retrouvent espoir dans les rapports humains.
Sources et sources images : HanCinema | AsianWiki | MyDramalist | Courrier International









