Alors que Mickey 17 est sorti en salles le 5 mars dernier, je vous propose de (re)découvrir le premier long-métrage de Bong Joon Ho, Barking Dogs Never Bite, une comédie noire à la liberté de ton absolue, qui jongle entre un humour absurde et une critique sociale typique du réalisateur de Parasite.
Informations & synopsis de Barking Dog
- Titre original : 플란다스의 개
- Titre anglais : Barking Dog / Barking Dogs Never Bite
- Pays : Corée du Sud
- Réalisation : Bong Joon Ho
- Scénario : Bong Joon Ho , Son Tae Woong
- Date de sortie : 19/02/2000
- Genre : comédie dramatique
- Durée : 1 h 48
Jeune diplômé au chômage et excédé par les aboiements répétés d’un chien dans son immeuble, Yoon Joo décide de s’en débarrasser. Une jeune femme enquête alors sur cette disparition.
Casting & bande-annonce

Barking Dog : une comédie noire autobiographique
Premier film de Bong Joon Ho, Barking Dog s’inspire assurément de la vie du cinéaste, a contrario de ses deux œuvres suivantes, Memories of Murder (2003) et The Host (2006). Celles-ci traiteront respectivement de faits divers relatifs à un tueur en série, puis à une pollution du fleuve Han par un employé de la base américaine de Séoul qui déversait du liquide d’embaumement dans les égouts.
Dans le cas de Barking Dog, les scènes ont été tournées dans l’ancien appartement à Séoul où habitait Bong Jong Ho. La genèse de son scénario s’entame dès le plus jeune âge. En effet, alors scolarisé à l’école primaire, il monte jusqu’au toit d’un immeuble luxueux et y découvre un chien mort et partiellement brûlé. Cette vision choquante marque sa mémoire et soulève une question dans l’esprit du garçon : qui peut faire une telle chose ? Il commence alors à développer des histoires autour du responsable de ce crime. Plus tard, et alors qu’il était en phase de création de son premier projet de long-métrage, Bong Joon Ho se remémore ses souvenirs afin d’écrire Barking Dog.
Si l’origine du scénario trouve sa source dans un évènement traumatisant vécu par Bong Joon Ho, la caractérisation du personnage de Yoon Joo a quelques similitudes avec le frère du réalisateur, lui aussi confronté à la difficulté de trouver un emploi d’enseignant à la suite de ses études.
Barking Dog : voyage au bout de l’ennui
L’ascenseur social en panne, l’ennui semble être un aspect qui gagne la majeure partie des personnages du film. Le ton est donné dès les premières minutes ; nous découvrons des plans de salariés dans le bureau syndical où travaille Hyeon Nam, incarnée par Bae Doona (A Girl at My Door, The Host, About Kim Sohee). Avachis sur leurs postes de travail, certains dorment, d’autres ont le regard perdu dans le vide et de son côté, Hyeon Nam est au téléphone avec son amie, elle aussi tuant l’ennui comme elle peut dans son épicerie.


Sans emploi, Yoon Joo trouve peu de distractions, le jeune homme est fataliste quant à l’idée de décrocher un job et on pourrait même supposer que cette fatalité affichée masque une forme de flemmardise et un manque d’envie de basculer dans un univers professionnel impliquant un changement de vie.
Barking Dog : la face sombre de la nature humaine
Bien que le film adopte un ton volontairement absurde à maintes reprises, permettant ainsi d’adoucir le propos, Bong Joon Ho dresse un portrait peu reluisant, mais réaliste, de l’être humain et de sa nature profonde. En faisant le choix de suivre des personnages démunis, faisant office de parias, il met en exergue la lutte des classes dans une société coréenne où la réussite sociale et le besoin de reconnaissance conduisent à des dérives et à une morosité évidente.
Par exemple, Yoon Joo est prêt à tout pour obtenir un poste de conférencier. Constamment soumis et humilié par sa femme qui le traite comme un moins que rien et lui reproche son inaction, tandis qu’elle seule ramène l’argent au sein du foyer, cet emploi représenterait la perspective de regagner un peu de dignité et de respect alors qu’il glisse dangereusement dans la psychose.

Afin de parvenir à ses fins et obtenir le poste, Yoon Joo va jusqu’à verser un pot de vin au détriment des principes affichés plus tôt dans le récit. Au-delà d’aborder la corruption de la société coréenne, Bong Joon Ho pointe la posture discordante des personnages dont les actes sont aux antipodes de leurs paroles. Dans le même ordre d’idée contradictoire, Yoon Joo et le gardien de l’immeuble se plaignent d’être traités comme des chiens, par sa femme dans le cas du premier et par les habitants pour le second. Malgré cela, ils maltraitent à leur tour les chiens tels des parasites, Yoon Joo n’hésitant pas à s’en débarrasser, tandis que le gardien se cache au sous-sol pour les cuisiner et les manger.
Comme souvent dans son cinéma, Bong Joon Ho se sert du rapport de l’homme à l’animal pour en fustiger la mentalité et la déconnection au vivant, on retrouve cela dans The Host, Okja et dernièrement dans Mickey 17. Malheureux dans leur vie personnelle et professionnelle, certains personnages ont besoin de trouver un catalyseur, incarné par les chiens, afin d’exprimer une rage et une frustration dirigées envers la société et jusqu’ici étouffées.
Même le personnage le plus inspirant du film, à savoir Hyeon Nam, n’échappe pas à la critique de la part de Bong Joon Ho. Cette dernière se morfond dans sa vie, sa démarche visant à résoudre le mystère autour de la disparition des chiens n’est donc pas dénuée d’intérêt personnel. Ainsi, la jeune femme est en quête de reconnaissance et de notoriété, elle s’imagine que passer à la télévision lui permettrait de s’extraire de son quotidien insipide.

Barking Dog pourrait s’apparenter à une galerie de personnages partageant tous une frustration, voire une forme de résignation, face aux difficultés rencontrées pour s’élever dans l’échelle sociale.
Conclusion
Malgré un échec cuisant au box-office coréen avec ses 100 000 entrées, Barking Dog n’en reste pas moins un film très intéressant à voir, ne serait-ce que pour explorer les fondements et les thématiques du cinéma d’un des plus grands réalisateurs de son temps.



