La fuite de données personnelles détectées par le géant de l’e-commerce Coupang en novembre dernier continue de faire parler d’elle en Corée avec la révélation de nouveaux éléments et se transforme en conflit commercial avec les États-Unis.
Une fuite de données attirant l’attention du gouvernement coréen
Coupang est une entreprise majeure de l’e-commerce en Corée du Sud, présente dans tous les aspects de la vie quotidienne, de l’alimentation aux équipements ménagers, en passant par le streaming et la livraison de repas. Créée en 2010 par un entrepreneur américain d’origine coréenne, elle est aujourd’hui le troisième employeur du pays avec plus de 37 000 employés en Corée, où elle réalise 90 % de son chiffre d’affaires.
En novembre 2025, Coupang déclare avoir identifié, dans le cadre d’une enquête interne, une fuite de données personnelles (noms, numéros de téléphones, adresses) ayant touché 3 000 comptes. En février 2026, l’entreprise révèle que le nombre de comptes affectés s’élève à 165 000, jetant le doute au sein de la population et du gouvernement sur la crédibilité de ses propos et de sa capacité à gérer ce genre de crise : 33 millions de clients coréens seraient concernés, soit deux tiers de la population adulte, menant le gouvernement à s’impliquer dans l’enquête.
Dans le même temps, le directeur général par intérim de Coupang, Harold Rogers, après avoir témoigné devant le Parlement coréen en décembre 2025 dans le cadre de l’enquête, va être interrogé par la police pour parjure. Lors de son témoignage, il avait déclaré que l’enquête de Coupang avait mené à suspecter un citoyen chinois à qui on aurait confisqué l’ordinateur sur instruction du National Intelligence Service sud-coréen, des propos niés par l’agence.
Autre conséquence de la crise traversée par Coupang, le nombre d’utilisateurs du site a chuté d’un million entre décembre 2025 et janvier 2026, ce qui a eu des impacts directs sur les livreurs, les vendeurs et les gérants de petites boutiques, dont les revenus ont drastiquement baissés.

Vers un conflit commercial entre la Corée du Sud et les États-Unis ?
Cette crise, d’une ampleur nationale inédite, a également des répercussions diplomatiques avec les États-Unis. En décembre 2025, un ancien conseiller à la sécurité de Donald Trump a critiqué le « ciblage agressif » de Coupang par le Parlement sud-coréen, appelant à une réponse forte et coordonnée des États-Unis pour protéger l’entreprise des « mesures discriminatoires » qui favoriseraient la Chine, dont l’influence économique dans le secteur ne cesse de croître.
Ainsi, en janvier 2026, les fonds d’investissements américains Greenoaks Capital Partners et Altimeter Capital Management ont fait part de leur intention de soumettre une demande d’arbitrage, prévu dans l’accord de libre-échange bilatéral, contre ces « mesures discriminatoires ». Ces fonds estiment que le gouvernement sud-coréen aurait lancé des affirmations « fausses et diffamatoires » qui auraient entraîné une chute de la capitalisation de Coupang à hauteur de plusieurs milliards de dollars. Le gouvernement coréen a réagi en déclarant que cette crise ne devait pas être interprétée comme un conflit commercial et que l’enquête était « conforme aux lois applicables ».
Le gouvernement américain a également été sollicité pour lancer une enquête et activer des mesures commerciales correctives sur la base de la loi sur le commerce de 1974. Ainsi, ce 23 février, sur ordre de la commission judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis, Harold Rogers devrait témoigner sur la manière dont le gouvernement sud-coréen « cible » le siège américain de Coupang et d’autres entreprises américaines. Le directeur général de Coupang doit également remettre les enregistrements de ses conversations téléphoniques avec les autorités sud-coréennes. Cette évolution illustre l’inquiétude des États-Unis quant aux efforts menés par la Commission coréenne du commerce équitable pour « cibler les entreprises américaines innovantes ».

À quoi s’attendre ?
Depuis le début de cette crise, les États-Unis ont intensifié leur pression tarifaire sur la Corée du Sud, ce qui pourrait affecter négativement le commerce bilatéral : début février 2026, les entreprises Hyundai Motor et Kia ont fait part de leur inquiétude quant à une possible hausse à 25 % des frais de douanes que les États-Unis pourraient appliquer sur les véhicules construits en Corée, ce qui coûterait plus de 6 milliards d’euros chaque année.
L’implication inédite des autorités coréennes dans les affaires de Coupang pourrait également ralentir les investissements étrangers.
Sources : Korean JoongAng Daily | The Korea Herald (1)(2) | The Korea Times (1)(2) | Yonhap News Agency (1)(2)(3)
Sources images : The Korea Herald | The Korea Times | The Korea Economic Daily

