Vous ne connaissez pas les présidents sud-coréens, ou peut-être juste certains noms ? Vous ne savez pas ce qu’ils ont fait et comment placer chaque président chronologiquement ? Alors cet article est fait pour vous !
Je suis là pour vous parler de ces personnalités « dans les grandes lignes », afin d’avoir plus de facilité à les situer. Si vous voulez plus de détails, je vous invite alors à compléter vous-même vos recherches. L’article est notamment écrit pour éveiller votre curiosité et votre intérêt pour l’histoire de la Corée.
Afin que la lecture ne soit pas trop indigeste, l’article va être coupé en trois parties. La première portera sur les cinq premières républiques, qui ne comptent à peu près qu’un président chacune, les deuxième et troisième parties porteront sur les présidents de la sixième et actuelle République de Corée du Sud.
Remise en contexte
La Corée du Sud, ou République de Corée, n’existe que depuis 1948. Avant cette date il n’y a qu’une seule Corée. Après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, qui sonne également la fin de l’occupation japonaise en Corée (1910-1945), les États-Unis et l’URSS, alliés ayant tous deux souhaité l’indépendance de la Corée (ou plutôt la chute du Japon), se partagent le territoire afin de remettre le pays sur pied. N’ayant pas trouvé de commun accord sur l’État Coréen à créer, leurs querelles sont à l’origine de la division du pays en 1948. C’est alors qu’il faut élire un représentant dans chaque partie de la péninsule afin de leur rendre leur indépendance : au sud, le choix se tourne vers Rhee Syngman et au nord sur Kim Il Sung.
Rhee Syngman (이승만)

Nom : Rhee Syngman ou Yi Seung-man
Naissance – mort : 1875-1965
Présidence : de 1948 à 1960
Ie République
Élu le 20 juillet 1948, il est le tout premier président sud-coréen officiel. Cependant, indépendantiste dans l’âme et ayant été très impliqué dans la résistance anti-japonaise, il est le premier leader du gouvernement provisoire en exil, celui créé à Shanghai, en Chine, après le mouvement d’indépendance en 1919 (voir la partie « Remise en contexte » de cet article si vous souhaitez être éclairés).
Nationaliste soutenu par les États-Unis, il mène une politique autoritaire et dictatoriale visant notamment à éradiquer les communistes. Il soutient la répression policière et donne lieu à un massacre sur l’île de Jeju qui fit entre 30 000 et 60 000 morts en avril 1948. Prônant l’« ilminisme » (= idéologie d’ « un seul peuple »), il désire en effet voir une Corée unie, indépendante et anticommuniste.
Il est réélu trois fois en tout (1952, 1956 et 1960) mais, exerçant un pouvoir de plus en plus répressif au fil des années, les ouvriers et les étudiants mènent en avril 1960 une révolte qui l’oblige à abandonner ses fonctions et à démissionner. Il s’enfuit alors à Hawaï où il décède le 19 juillet 1965.
Yun Po Sun (윤보선)

Nom : Yun Po Sun ou Yun Bo Seon
Naissance – mort : 1897-1990
Présidence : de 1960 à 1962
IIe République
Il est, à la base, un homme proche de Rhee Syngman qui le nomme maire de Séoul en 1948. Cependant, Yun Po Sun finit par être en désaccord avec l’autoritarisme du président, et rejoint alors l’opposition. Après être nommé député en 1954, il crée le parti démocrate en 1955. Il accède à la présidence en août 1960, après la démission de Rhee Syngman en avril de la même année. Entre temps, la Corée du Sud adopte un régime parlementaire, la constitution est amendée et naît alors officiellement la Seconde République.
Cependant, Yun Po Sun met en place un gouvernement qui est incapable de faire face à la crise économique du moment, et une junte militaire est alors mise en place par le général Park Chung Hee (qui sera le prochain président) en 1961 afin de réprimer les manifestations. Yun Po Sun garde tout de même ses fonctions à ce moment-là, mais, finissant par se rendre compte que ce coup d’état n’est pas provisoire et que Park Chung Hee ne délaisse pas son autorité, il est amené à démissionner en mars 1962.
Park Chung Hee (박정희)

Naissance – mort : 1917-1979
Présidence : de 1963 à 1979
IIIe et IVe République
Militaire de métier et ayant fait ses preuves lors de la guerre civile (1950-1953), Park Chung Hee accède à la présidence par un coup d’état porté contre le gouvernement Yun en 1961. Lors de ce coup d’État, il rétablit la loi de sécurité nationale, qui est une loi visant à lutter contre les activités « anti-étatique » ; soit ici contre l’idéologie communiste. Après la démission de Yun Po Sun en 1962, il rétablit également le régime présidentiel par référendum et une nouvelle constitution est amendée. Park devint président par intérim jusqu’à son élection en 1963.
Après une tentative de gouvernement démocratique échouée sous son prédécesseur, le régime – très – autoritaire et répressif de Park Chung Hee permet à la Corée du Sud de prendre son essor économique. Il est convaincu que ni la démocratie ni le libéralisme ne peuvent aider la Corée du Sud à sortir la tête de l’eau, et que la solution est de diriger le pays avec une poigne de fer. Son but est alors de redresser l’économie nationale afin de la rendre autonome, ce qu’il réussit avec brio en instaurant une rapide politique d’industrialisation. C’est donc sous son gouvernement qu’explose le développement des Chaebol en Corée, vous savez, ces grands groupes de conglomérats dont on entend si souvent parler dans les dramas. Mais à quel prix ? Celui de la classe ouvrière évidemment, qui doit, elle, travailler dans des conditions absolument déplorables.
Ce régime conservateur rappelle finalement la présidence de Rhee Syngman : militaire, autoritaire et répressif.
Park est cependant réélu plusieurs fois (quatre fois en tout). En 1967 tout d’abord, élection qu’il gagne face à Yun Po Sun qui veut prendre sa revanche. En 1969, il fait amender la constitution afin de pouvoir se représenter une troisième fois. Il se représente donc et est élu à nouveau en 1971, mais il remporte l’élection de justesse face à Kim Dae Jung (qui sera président plus tard). En 1972, pour diverses raisons contrariantes – que je n’évoquerai pas ici pour ne pas trop rentrer dans les détails -, il proclame la loi martiale (loi qui donne le commandement et le pouvoir aux militaires) au mois d’octobre et, le mois suivant, il met en place une nouvelle constitution, Yusin, qui lui donne tous les pouvoirs et lui permet de devenir président « à vie » (il peut se faire réélire autant de fois qu’il le souhaite). Il démarre ainsi son quatrième mandat présidentiel, sous le signe de la dictature pure et dure, et cela marque également la naissance de la quatrième République de Corée du Sud. Élu une nouvelle fois en 1978, il est finalement assassiné en 1979 après deux autres tentatives échouées, mais dont l’une avait pris la vie de sa femme en 1974. Son assassinat est commis par son ami de longue date, Kim Jae Kyu, qui est à la tête de la police sécrète de la Corée du Sud (KCIA).
À noter que Park ne s’est pas contenté d’étatiser l’économie mais en a fait de même avec l’éducation, ce qui a permis de démocratiser les universités.
L’opinion sur ce président est donc controversée. Ce qu’on retient de lui, c’est que c’était un dictateur mais que c’est tout de même « grâce » à lui que la Corée a pu se moderniser. Modernisation qui est le prix d’un régime autoritaire basé sur des contraintes, sur d’horribles conditions de vie et mené par une politique très répressive envers le peuple. On parle même de « génération sacrifiée ».
Autre fait notable, il est le père de la présidente Park Geun Hye (Partie II).
Choi Kyu Ha (최규하)

Nom : Choi Kyu Ha ou Choi Kyu Hah
Naissance – mort : 1919-2006
Présidence : de 1979 à 1980
Il est tout d’abord vice-ministre sous Rhee Syngman puis il sert ensuite sous Park Chung Hee en tant que conseiller diplomatique. À la mort de ce dernier, c’est donc Choi Kyu Ha qui assure l’intérim, et il est ensuite élu président le 6 décembre 1979. Malheureusement pour lui, il accède au pouvoir dans un contexte de grandes tensions. Le peuple appelle (encore et toujours) à la démocratie et Choi prévoit donc d’amender la constitution et d’organiser des élections législatives anticipées. Cependant, les militaires en décident autrement, et le 12 décembre, une nouvelle junte est organisée sous le commandement de Chun Doo Hwan. Malgré les tentatives de libéralisation de Choi Kyu Ha, le peuple n’est pas satisfait et les militaires sont contre lui. En avril, sous pression, il nomme Chun Doo Hwan à la tête de la KCIA, et celui-ci en profite pour proclamer la loi martiale le 17 mai 1980… Nouveau coup d’État. La Corée retombe peu à peu sous dictature militaire. Mais, pour la population coréenne, s’en est vraiment trop, et le 18 mai les habitants de Gwangju, dont bon nombre d’étudiants, descendent dans la rue et entament une manifestation conséquente, violemment réprimée. Choi finira par démissionner le 16 août 1980. Il meurt en 2006 d’une crise cardiaque.
Les gens retiendront de lui qu’il était un bon diplomate, d’ailleurs bien meilleur bureaucrate que politicien.
Notons que c’est le président sud-coréen dont le mandat a été le plus court jusqu’à aujourd’hui.
Chun Doo Hwan (전두환)

Naissance – Mort : 1931 –
Présidence : de 1980 à 1988
Ve République
Militaire de formation tout comme Park Chung Hee, il accède lui aussi au pouvoir par un coup d’État comme nous venons de le voir. Il est ainsi nommé chef de la KCIA (services secrets coréens) en avril 1980 sous l’ancien président et fait proclamer la loi martiale le 17 mai 1980. Face à cette loi qui dénie totalement les libertés et les droits du peuple, les civils s’insurgent et cette situation donne lieu au tristement célèbre soulèvement de Gwangju ainsi qu’à sa répression par le gouvernement sans pitié (18-27 mai 1980). Des milliers de personnes y sont alors tuées et à partir de ce moment, il est plus que temps dans la conscience des Coréens d’aboutir à un régime démocratique.
Le 16 août 1980, Chun contraint le président Choi Kyu Ha a démissionner. Il est alors élu président le 27 août 1980. Il fait ensuite adopter une nouvelle constitution en octobre 1980, amorçant la « Ve République » qui n’est, selon Pascal Dayez-Burgeon « qu’une réforme cosmétique de la précédente et ne fait droit à aucune revendication démocratique ».
La présidence de Chun Doo Hwan se caractérise par la poursuite du développement économique et donc de la croissance du pays. En cela, son gouvernement est une réussite. En effet, les prémisses de l’industrialisation sont clairement dues à Park Chung Hee, mais au prix d’un endettement non négligeable : la Corée du Sud produisant en surplus, cela amène à une poussée d’inflation et le pays doit alors faire des crédits, à l’étranger notamment. Ainsi, Chun Doo Hwan, par sa politique économique libérale, permet au pays de se redresser totalement en stoppant l’inflation.
Pour autant, le président doit faire face à quelques péripéties durant son mandat, notamment une tentative d’assassinat par les Nord-Coréens en 1983.
En 1987, le gouvernement sud-coréen doit faire face aux manifestations populaires appelant, une bonne fois pour toute, à la démocratie. Le peuple réclame une élection présidentielle au suffrage universel (suspendue depuis Park) et, les mouvements de contestation ne cessant d’augmenter, le président n’a d’autre choix que d’accepter. La constitution qu’il fait adopter ne lui autorisant qu’un mandat de sept ans maximum, il présente le candidat Roh Tae Woo à la présidence (son compagnon d’arme), qui est élu.
Après la fin de son septennat, Chun Doo Hwan est accusé de corruption. Il est jugé pour cela mais également pour son coup d’État et son implication dans la répression des émeutes de Gwangju. Il est alors condamné à mort en 1996 puis en 1997, sa peine est réduite à « prison à vie ». Toujours en 1997, après deux ans d’incarcération donc, il est finalement gracié par le président Kim Dae Jung, qui veut réconcilier la nation.
Conclusion Partie I
Comme vous avez pu le voir, on retrouve pas mal de similitudes entre les gouvernements de Rhee et Park et ceux de Park et Chun. L’autoritarisme et la dictature ont permis au pays de devenir ce qu’il est aujourd’hui, de pouvoir devenir indépendant, mais au prix de grands sacrifices.
Au sortir de la colonisation (qui a duré 35 ans rappelons-le), il est vrai qu’il n’était pas évident pour le pays de se reconstruire et de former sa propre société. Ces 40 premières années de gouvernement ont donc été marquées par la dictature, des tentatives de démocratisation, et surtout des manifestations, beaucoup de manifestations. Mais nous verrons comment tout cela a évolué (ou pas ?) après 1988 dans la prochaine partie.

N’hésitez pas à commenter l’article en me donnant votre ressenti. C’est le genre d’article qui demande beaucoup de recherches et de croisements donc j’y ai peut-être laissé la fluidité de l’écriture/de la lecture.
Sur ce, on se dit rendez-vous pour la deuxième partie !
Sources : Histoire de la Corée de Pascal Dayez-Burgeon | La guerre de Corée d’Ivan Cadeau | Petit Futé | Universalis | Cairn | Libération | Britannica | Korea Times
Sources images : Korea Times
Article de Magen (Mathilde)

