Depuis avril, des menaces de grèves planent chez Samsung Electronics, qui cherche à mettre fin à ce conflit social avec les syndicats, en soutien avec le gouvernement coréen.
Le succès de Samsung aux origines du conflit social
Samsung Electronics connaît actuellement une période de boom financier exceptionnel grâce à une forte demande en semi-conducteurs pour l’intelligence artificielle. Pour le premier trimestre 2026, l’entreprise sud-coréenne a eu un bénéfice record de 52,7 billions de wons (33 milliards d’euros), tandis que ses actions ont progressé d’environ 300 % en un an.
Cependant, les syndicats estiment que les 125 000 salariés de Samsung n’ont pas profité du succès de l’entreprise, alors que la crise énergétique amplifiée par la guerre au Moyen-Orient augmente le coût de la vie. Depuis 2018, trois syndicats majeurs existent au sein de Samsung et regroupent 90 000 employés. Une première grève avait eu lieu en 2024, mais des négociations ultérieures avaient stabilisé la situation et donné lieu à un accord.
Aujourd’hui, les syndicats réclament une hausse de salaire de 7 %, la suppression des plafonds pour les primes de performance et une transparence dans la rémunération. Ils dénoncent également l’utilisation non autorisée des données personnelles des employés.
Menace de grève inédite par les syndicats de Samsung
Le conflit social chez Samsung a démarré en mars, lorsque la grève a été votée à 93,1 % par les syndicats après l’échec d’une médiation. La direction avait alors proposé la mise en place de primes, mais sous forme d’actions soumises à des restrictions, ce qui avait été rejeté par les syndicats. Le 23 avril, près de 40 000 salariés ont manifesté devant l’usine de Pyeongtaek, au sud de Séoul. Les syndicats ont annoncé une grève de 18 jours entre le 21 mai et le 7 juin si aucun accord n’était trouvé d’ici là.
Une semaine plus tard, le Président sud-coréen Lee Jae Myung a parlé des syndicats de Samsung, sans les mentionner explicitement, en déclarant que les demandes excessives exprimées par certains dans le seul but de se protéger eux-mêmes portaient atteinte à l’ensemble des syndicats.
Le 7 mai, la direction de Samsung a dit comprendre les inquiétudes des salariés, tout en insistant sur le besoin de préserver la compétitivité de l’entreprise. Un appel au dialogue a été lancé dans l’intention d’éviter une grève générale d’ampleur inédite. Le lendemain, la direction a été soutenue par le ministère de l’Emploi et du Travail, qui a proposé de maintenir le dialogue par l’intermédiaire de la Commission centrale des relations du travail. Les syndicats ont accepté la proposition de négociations post-médiation, qui devraient reprendre ces 12 et 13 mai.
Cette reprise du dialogue semble avoir été acceptée par les syndicats en raison de divisions inter-syndicales qui érodent la cohésion de leur front commun. En effet, le syndicat Donghaeng, majoritairement présent au sein de la branche DX de Samsung (dédiée à l’électroménager, aux smartphones et aux téléviseurs), s’est retiré des protestations menées par la Fédération des syndicats coréens, majoritairement constituée d’employés de la branche DS (dédiée aux semi-conducteurs). Les propos du président de la Fédération, qui menaçaient des membres d’exclusion des discussions, ont par ailleurs été critiqués par le syndicat national des employés de Samsung Electronics.
Des conséquences possiblement majeures sur l’économie coréenne
Cette grève inquiète la direction de l’entreprise et le gouvernement sud-coréen dans la mesure où elle présente un risque potentiel pour l’économie coréenne et des chaînes d’approvisionnement mondial. En effet, Samsung et SK Hynix produisent aujourd’hui les deux tiers des puces mémoires dans le monde. En cas de grève chez Samsung, les autres entreprises auraient des difficultés à compenser les pertes de production, provoquant une montée des prix des mémoires DRAM pour les fabricants d’ordinateurs et les consommateurs.
Ainsi, bien que le directeur financier de Samsung se veuille rassurant en déclarant qu’il ne faut pas s’attendre à un impact significatif sur la production, le son de cloche n’est pas le même chez les spécialistes qui s’attendent à des pertes quotidiennes de 1 000 milliards de won (578 millions d’euros).
Sources : Euronews | La presse | The Asia Business Daily | The Korea Herald | The Korea Times
Source Image de une : The Asia Business Daily

