MUGGLES’ MANSION a un lien tout particulier dans notre amitié, nous, Laulilau et AnaMori. Il est un gros coup de cœur commun. Après se l’être offert respectivement quelques mois après sa sortie, nous avions rapidement parlé d’un article à quatre plumes sur cet album hors du commun. Le voici enfin.
Artiste : Code Kunst
Album : MUGGLES’ MANSION
Date de sortie : 28 février 2017
Label : HIGHGNRD (Code Kunst est désormais sous AOMG)
Page 1 : Introduction et présentation des titres
Page 2 : Notre avis sur l’album MUGGLE’S MANSION
Origine du nom MUGGLES’ MANSION
Les plus Potterhead d’entre vous (ceux qui se sont lancés dans les versions anglaises de Harry Potter) auront sans doute reconnu le terme Muggle que J.K. Rowling emploie pour parler des personnes qui n’ont pas de pouvoirs magiques : les moldus. De façon plus commune, le mot muggle, en anglais, qualifie une personne qui n’a pas de connaissances dans un domaine précis, qui n’est pas initiée.
Dans le reportage sur la confection de cet album, Code Kunst déclare qu’il utilise ce mot plutôt dans le sens « commun » et décide de faire de son album un recueil d’histoires communes, mais avec des sonorités non communes.
1 – Artistic (Intro)
Il suffit de lire le titre de cette chanson pour entendre la mélodie résonner dans notre tête.
Bienvenue dans l’univers de Code Kunst. Cette introduction annonce directement à l’auditeur ce qu’il va entendre, ce qu’il va découvrir : des mélodies douces, des voix qui se mêlent à l’ambiance aérienne, des artistes différents sur chaque morceau, des émotions… Fermez les yeux, détendez-vous et laissez vous emporter dans une autre réalité.
Ces voix en chœur évoquent les chorales des églises, mais de façon plus moderne, comme pour mêler les références et influences du producteur.
Bon voyage.
2 – Perfume (Feat. Nucksal)
Nucksal est l’un des rappeurs de VisMajor Company et il a été dans tellement d’émissions télévisées que l’on ne pourrait pas toutes les citer (Show Me The Money, High School Rapper). Lorsque Code Kunst et Nucksal ont travaillé ensemble, ils envisageaient une mélodie avec trois changements de rythmes, mais la version finale qu’est Perfume ne comporte que deux rythmes différents bien distincts. Ce qui est déjà un bel exercice car Nucksal doit totalement changer sa manière de rapper au milieu du morceau.
Le rappeur débute en racontant son histoire, celle de sa vie, de son ascension dans le rap, des efforts qu’il a dû fournir pour arriver là où il est. Puis la mélodie change, il s’anime davantage, place quelques critiques à ceux qui n’ont pas cru en lui puis ralentit, répétant sans cesse que l’énergie est bonne, la soirée est belle mais qu’il a payé ce rêve très cher.
Pour ces deux compères qui se connaissent depuis longtemps et ont déjà produit plusieurs chansons ensemble, la difficulté était de partir dans une direction qu’ils n’avaient pas encore explorée. Bien que, de leurs propres aveux, ce ne soit pas totalement différent, ils ont tout de même réussi à monter le niveau et à proposer un excellent morceau.
3 – THIS IS (Feat. C Jamm)
À l’époque où sort MUGGLES’ MANSION, Code Kunst et C Jamm ont déjà travaillé ensemble de nombreuses fois et écrit plus de 10 chansons dont 1-2 sur l’un des premiers projets de Code Kunst. Néanmoins, à chaque fois, Code Kunst est surpris dans le bon sens car le rappeur va au-delà de ses attentes.
Sur THIS IS, le rap de C Jamm fusionne totalement avec la mélodie. Il s’occupe de tout : les couplets, les refrains, le rap, le chant… Il se promène avec détente sur l’instrumentale et lorsque l’auditeur s’habitue, il monte d’une octave, envoie plus d’énergie dans la voix sans pour autant accélérer. « C’est comme ça que nous faisons. » répète-t-il dans le refrain, et c’est efficace.
Pour son deuxième album sorti au mois d’avril, Code Kunst a d’ailleurs fait une nouvelle fois appel à C Jamm pour le titre JOKE!.
4 – Fire Water (Interlude)
Pourquoi un interlude dès la quatrième chanson ? Ethbien pourquoi pas !
Cet interlude instrumental permet un légère pause dans l’enchaînement des chansons précédentes : il est comme une sieste bienvenue avant de continuer le reste de ce voyage. Cet interlude permet de se concentrer sur la mélodie et seulement sur cette dernière avant de la découvrir ornée des voix des artistes sur le morceau suivant.
5 – FIRE WATER (Feat. G.Soul, TABLO)
FIRE WATER est l’un des seuls morceaux à avoir eu les honneurs d’une vidéo et d’une superbe réalisation de surcroît. Le feu et l’eau se mêlent tout à fait dans ce visuel, racontant l’histoire de deux êtres que tout oppose mais qui se lient dans une histoire d’amour passionnelle.
G.Soul (ou Golden comme il se nomme dorénavant) est l’un des artistes de cet album qui a le plus marqué Code Kunst lors de leur travail ensemble, de fait de sa palette de talents très large. Quant à Tablo, comment dire… vos deux hiboux étant de très grandes fans de Epik High, l’ajout d’un rappeur si cher à notre cœur ne pouvait qu’être une plus-value.
D’ailleurs, l’alliance de la voix chaude et caressante de G.Soul contraste avec le rap froid mais fluide de Tablo. Mais alors que le feu et l’eau pourraient ne jamais s’unir, la mélodie de Code Kunst allie parfaitement les deux voix, créant ainsi l’une de nos chansons préférées de cet album.
6 – StrOngerrr (Feat. Loco, MINO)
Code Kunst a d’abord appelé Loco car il avait besoin d’un rappeur précis comme lui, puis ils sont devenu amis. Avec Loco, il amène un nouveau sentiment à une mélodie, un sentiment auquel il n’avait pas pensé, alors que de l’autre côté, MINO se fond parfaitement dans l’ambiance de l’instrumentale.
D’ailleurs, leur union est l’idée de Code Kunst car il ne voulait pas d’un rappeur trop rude après Loco. Dans le documentaire, Code Kunst avoue qu’il souhaite que MINO soit davantage perçu comme un artiste que comme un simple idol dans un groupe. Selon lui, il a le potentiel d’être bien plus.
Pour StrOngerrr, MINO arrive d’ailleurs avec un doux refrain, qui vient sublimer le récit plein d’émotions de Loco sur sa vie juste après sa victoire à Show Me The Money et les problèmes d’argent que cela a occasionné. Bien que le refrain soit joyeux, le message reste aussi fort que l’histoire de Loco : je vais devenir meilleur et me relever plus fort.
Le couplet de MINO est à l’image de son refrain : un rap joyeux, technique, qui sublime la mélodie et porteur d’un message fort et plein d’espoir.
7 – MORE FIRE
MORE FIRE pourrait être considéré comme le second interlude de MUGGLES’ MANSION.
Il laisse une nouvelle fois toute la place aux talents de Code Kunst pour l’élaboration des mélodies, mais aussi pour ses modestes paroles déclamées. C’est en effet l’une des chansons où il laisse entendre sa voix.
Il reprend des sonorités mélodiques entendues dans les morceaux précédents et prépare la transition avec les morceaux suivants. Saurez-vous retrouver les mélodies des chansons précédemment entendues ?
8 – Born from the Blue (Feat. JUSTHIS)
JUSTHIS fait partie du label Indigo Music de Swings aux côtés, notamment, de Kid Milli. Producteur, compositeur, parolier, rappeur, tout comme Code Kunst il a de nombreuses casquettes. Il a d’ailleurs écrit lui-même les paroles de Born from the Blue, mots qui sont extrêmement importants. À la première écoute, sans traduction, il est possible de se dire que ce titre est presque simple, un bon rythme et un bon flow, mais sans plus. Mais finalement, devant les paroles, l’avis est tout autre.
Born from the Blue est extrêmement bien écrite. Elle commence par une sorte d’état des lieux : trop de travail, d’addictions, d’angoisses, de dépressions, sans que cela soit traité normalement, c’est même une honte. Puis, tout est rattaché à la vie de JUSTHIS, ses galères face à ça et ses fiertés. Le tout avec un refrain marquant : « Regardez les rues. Qu’est-ce que vous voyez ? Je vois le diable que les gens essaient d’ignorer ». Il y a également certainement un lien avec le film Born to be blue qui retrace l’histoire du trompettiste Chet Baker : sa dépression, son addiction à la drogue mais aussi et surtout à la musique !
9 – Cruz (Feat. Loopy, PUNCHNELLO, Ugly Duck)
Ici, Code Kunst s’est accompagné de trois artistes : Punchnello et Ugly Duck du label AOMG, ainsi que Loopy, qui d’après Code Kunst, « est un musicien qui fait se sentir bien les gens autour de lui ». Ensemble, ils ont un message à faire passer, chacun à leur manière.
Loopy exprime qu’il a ses propres horaires de vie, des rêves à réaliser comme il l’entend. Peut-être que certaines choses paraissent pitoyables mais c’est comme ça, il ne veut pas vivre sous un rythme qui lui est imposé : « Je suis désolé d’être en retard mais je vis comme je veux ».
Punchnello observe les gens aller vite mais lui veut profiter de chaque instant et affirme que la rapidité n’est qu’un mot, le résultat dépend de chacun : « Vivre comme on veut, c’est la raison pour laquelle vous devez vivre ».
Enfin, Ugly Duck commence ironiquement par dire qu’il a la belle vie, qu’il voyage, boit, gagne beaucoup d’argent en ne faisant rien. Mais ce n’est pas vrai. Sa vie n’est pas celle que les autres pensent. Au final : « Dessinez la vie que vous voulez, la vie est courte. […] Je sais, vivre lentement ce n’est pas aussi facile qu’il n’y paraît dans cet endroit. »
10 – X (Feat. Lee Hi)
Je pense qu’elle est l’une des rares chanteuses en Corée à avoir ce type de son incroyable.
Tels sont les mots de Code Kunst, rien que ça ! Il a également déclaré :
Quand j’ai écrit un morceau pour l’album de Hi, cela reflétait un peu son style, mais cette fois, je voulais que Hi corresponde à mon style et essaie quelque chose de nouveau.
C’est chose faite et entièrement réussie ! X mélange parfaitement les styles soul et K-hip hop. La production de Code Kunst sied à merveille à la voix de Lee Hi, ni trop forte, ni trop faible, douce tout en ayant du caractère.
Les collaborations entre Lee Hi et Code Kunst ne se sont pas arrêtées là. Depuis, la chanson XI ainsi que O sont sorties !
11 – PARACHUTE (Feat. Oh Hyuk & Dok2)
Chose particulière, Parachute est un titre qui est sorti quasiment deux ans plus tôt (octobre 2015) en clip. Nous le connaissions déjà et il était temps qu’il sorte sur un album !
Oh Hyuk et Dok2 sont deux artistes bien différents. Tandis que Oh Hyuk est le chanteur, guitariste et compositeur du groupe de K-rock HYUKOH (à l’époque il était d’ailleurs dans le même label que Code Kunst), Dok2 lui est l’un des piliers de la scène rap coréenne depuis de nombreuses années. Techniquement ils ont des univers opposés. Seulement, ils ont au moins deux points communs : la liberté en musique et l’anticonformisme. De ce fait, il est extrêmement agréable de les retrouver ensemble, autour de Code Kunst. Sur Parachute, il réussit le brio de produire une chanson à la fois rock, K-hip hop, rap et presque soul. Au final, un équilibre se fait sur ce trio grâce à la puissance des identités musicales de ces trois artistes.
12 – Beside Me (Feat. BewhY, YDG, Suran)
Ici aussi, la chanson était déjà connue puisque sortie en vidéo en juillet 2016. Encore une fois, Code Kunst réunit trois artistes autour de lui : BewhY, rappeur gagnant de l’émission Show Me The Money 5, YDG ou Yang Dong Geun, acteur, compositeur et rappeur et Suran, chanteuse et compositrice.
Ce savant mélange forme Beside Me, une chanson qui parle du fait de savoir regarder et accepter ses défauts avant de critiquer ceux des autres et dont le clip illustre très bien les mots. Beside Me a très probablement été inspirée d’un passage de la Bible qui évoque justement le jugement de soi et des autres : « Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, tandis que tu n’aperçois pas la poutre qui est dans ton propre œil ? », passage repris sous trois formes différentes sur cette chanson.
13 – Lounge (Feat. Hwaji)
Au tour de Hwaji, un rappeur sud-coréen, de faire son entrée et de trouver ses marques dans l’album de Code Kunst.
Musicalement, le titre parle de lui-même, la mélodie fait très musique lounge, douce, d’ambiance. Les paroles, elles, ne sont pas pour autant à prendre à la légère. Elles mêlent également le jeu de mot de ce type de musique, à la traduction littérale : le salon. Ici, Hwaji parle de voyager mais plus la chanson avance, plus le sens évolue vers celui de fuir et s’évader plutôt que de faire du tourisme. Fuir certains pays, l’argent, le bruit, la politique ; les humains donc plus globalement. Mais surtout fuir le tout à deux, avec sa reine.
14 – White AnxiEty (Outro) (Feat. Colde)
Colde fait partie du duo offonoff (que nous vous invitons à découvrir si vous ne le connaissez pas encore, il vaut le coup !). C’est la seule chanson de cet album toute en anglais. Nous parlions de musique lounge précédemment, White AnxiEty fait, elle, réellement planer. Même si elle dure moins de deux minutes, fermez les yeux et vous verrez que la musique et la voix de Colde embarquent vers d’autres cieux.
15 – Don’t shoot me MAMA (Feat. CAR, THE GARDEN)
Nous venons certes de passer l’outro mais l’album n’est pas fini pour autant ! À vrai dire, White AnxiEty amène à merveille la chanson qui suit : Don’t shoot me MAMA avec Car, The Garden. Au passage, si vous ne connaissez pas cet artiste, il est également à découvrir ! D’autant plus que ce n’est pas la dernière collaboration entre ces deux artistes, puisque People, le dernier album de Code Kunst possède également un duo ensemble.
Don’t shoot me MAMA offre une fin de voyage en apothéose. Ce titre se différencie du reste de l’album. Il y a quelques chose de plus rock, même si cela reste planant. Encore une fois, un beau mélange entre les deux univers des artistes. Nous sommes au dessus des nuages et on y reste, c’était la destination finale après tout. D’autant plus que le message est positif et MUGGLES’ MANSION se termine sur une note d’espoir.


