Véritable institution, les hagwon 학원, ou académies privées, offrent une aide scolaire supplémentaire aux élèves, leur permettant un approfondissement de leurs compétences, surtout en mathématiques et en anglais. À la réputation mitigée, ces établissements sont pourtant le reflet d’une tradition encore bien ancrée.
Un peu d’Histoire
En 1885, un missionnaire venu des États-Unis s’installe en Corée afin de répandre le christianisme. Il fonde l’école Paichai 배재대학교 et enseigne principalement la religion à ses étudiants. Cependant, la diversité des religions étant illégale à cette époque, le missionnaire enseigne en secret et met en place une communauté, jusqu’à la légalisation du catholicisme dans la péninsule. Bien que la motivation première de son école soit l’évangélisation, son éducation devient rapidement une éducation aux langues étrangères, et les Coréens affluent progressivement pour pouvoir recevoir un enseignement de l’anglais. C’est le début de l’enseignement privé.
En 1980, le président Chun Doo Hwan 전두환 interdit la pratique de ces établissements. Il considère injuste que l’enseignement privé ne soit accessible qu’aux familles les plus aisées, au vu des coûts des cours donnés dans ces instituts. Cela crée un désavantage pour les plus pauvres qui, n’ayant pas les moyens de s’offrir de tels services, ne peuvent évoluer dans la société coréenne.
Ces établissements sont considérés illégaux jusqu’en 1990. Bien que ces instituts soient désormais accessibles, le sujet reste polémique en Corée, toujours à cause des coûts élevés des cours et un accès limité pour les familles les moins aisées.

Hagwon aujourd’hui
La société coréenne, au cours des dernières décennies, s’est considérablement développée, notamment grâce à son industrialisation et à la diversification de son économie. Une telle avancée technologique a accéléré un besoin d’éducation de plus en plus complexe et spécialisée ; les hagwon en sont l’exemple parfait.
Depuis la légalisation de ces établissements, ces instituts se sont multipliés dans toute la péninsule, notamment à Séoul, dans le quartier de Gangnam où pas moins de 6 000 d’entre eux proposent un suivi scolaire pour les étudiants dès le plus jeune âge. La compétition étant de mise, certains parents inscrivent leurs enfants à des cours du soir dès leurs 6 ans. Une étude datant de 2017 montre que 83 % des écoliers de 5 ans suivent déjà des cours, à raison de cinquante minutes quotidiennes, pouvant aller jusqu’à quatre heures, dans ces instituts. Cours de soutien ou au contraire approfondissement de certaines matières, comme les mathématiques, les sciences et l’anglais, les instituts se multiplient pour répondre à la demande de plus en plus importante. Cela engendre une compétition non seulement au sein des étudiants, mais aussi entre ces instituts, qui proposent des cours jusqu’à très tard en semaine, voire les week-ends entiers. En 2008, des parents d’élèves et des professeurs se plaignent de la mise en place d’un arrêté interdisant aux hagwon de donner cours après 22 h. Ils y voient une injustice freinant l’apprentissage de leurs enfants. Bien qu’à Séoul et Busan cet arrêté soit toujours en vigueur, dans le reste de la péninsule ces instituts peuvent rester ouverts même passé minuit.
Les horaires ne sont pas le seul problème auquel doivent faire face les adeptes des hagwon. Le prix exorbitant fait aussi polémique : pour un minimum de 500 000 wons par mois, environ 380 euros, cela crée un fossé entre les familles les plus aisées, qui peuvent se le permettre, et la classe moyenne qui peine à offrir ces cours à leurs enfants. Néanmoins, malgré les désavantages de ces instituts, ils restent une étape presque obligatoire pour les étudiants, qui misent toute leur scolarité lors du passage du suneung qui leur permettra enfin de prétendre à entrer dans l’une des meilleures universités de Corée.
La pression scolaire
Cette compétition, bien que moteur de la société, devient un problème à part entière. De plus en plus de jeunes collégiens et lycéens, sous cette pression grandissante, finissent par craquer. Le taux de suicide chez les étudiants entre 15 et 20 ans est en constante augmentation. La surcharge de travail et le manque de sommeil (seulement cinq heures par nuit pour la majorité d’entre eux) s’ajoutent à la pression scolaire que vivent les jeunes Coréens.
Pour faire face à ce mal-être que subissent leurs enfants, certaines familles décident de s’expatrier en Europe ou aux États-Unis, afin que leurs enfants reçoivent une éducation moins oppressante et loin de la compétitivité scolaire.

Bien que les hagwon que l’on connaît aujourd’hui aient été importés, ce système est cependant ancré dans la société depuis la période Joseon (1392-1910). Durant cette période, le gouvernement en place institue un examen civil, qui assure à celui qui le réussit une place aisée au gouvernement ou dans l’administration. C’est à cette époque que l’éducation prend une place importante, et déjà les familles les plus aisées s’offrent les services de professeurs et de littéraires de renom. Véritable institution, le hagwon fait partie intégrante de la société coréenne aujourd’hui.
Sources : KoreaHerald | KoreaHerald | NYTimes | TheEconomist
Article rédigé par Kim.

