Et si un livre pouvait devenir votre compagnon ? Dévorez les 268 pages du roman d’Élodie Condé tout comme le protagoniste, Jaewon, dévore les 341 pages du roman qu’il vient d’emprunter à la bibliothèque de son lycée. 341 pages qui pourraient changer sa vie.
C’est dans le rayon jeunesse de ma bibliothèque de quartier que je suis tombée sur Page 341. La couverture aux belles couleurs signée Atsukier a tout de suite attiré mon attention. N’est-ce pas intéressant d’être dans une bibliothèque et de piocher un livre sur lequel un personnage pioche un livre dans une bibliothèque ?
Page 341 est une fiction jeunesse de l’autrice Élodie Condé. C’est son premier livre. Le roman est sorti il y a tout juste un an, en septembre 2023, aux éditions Les Livres du Dragon d’Or. Il fait partie de la collection « Fiction LDO », dédiée aux romans et romances écrits par des francophones et s’inspirant de la K-Culture. Les romans de la collection s’adressent à un public de collège et lycée, dès 13 ans, souhaitant s’immerger dans un décor situé en Corée du Sud.
Le résumé de Page 341
Lorsque la grand-mère de Jaewon, qu’il n’a jamais connu, est diagnostiquée du cancer, sa mère et lui partent de Busan pour Séoul afin d’emménager avec elle. L’arrivée dans cette nouvelle ville est loin d’être agréable pour Jaewon. La cohabitation avec sa grand-mère, une vieille femme froide et distante, est difficile. Jaewon se sent comme un étranger chez lui. Côté scolaire, il n’est pas mieux loti : l’année est déjà commencée et les groupes d’amis sont déjà soudés. Alors, pour évacuer ce sentiment de profonde solitude dans cette ville qu’il déteste, Jaewon gribouille sur des petits bouts de papier. Par oubli, il en laisse un, utilisé comme marque-page, dans un livre emprunté à la bibliothèque de son lycée. Très gêné à l’idée que quelqu’un découvre ses états d’âmes, il retourne vite chercher son mot, mais trouve à la place une réponse. Commence alors une correspondance par post-it interposés au fil des pages avec l’élève anonyme…
Mon avis sur Page 341
268 pages de récits entrelacés
Page 341 est un roman qui aborde sans détours les questions de la maladie, du deuil et de la solitude. Le décor est planté dès le début de l’intrigue, car Jaewon et sa mère déménagent spécialement à Séoul quand ils apprennent que la grand-mère de Jaewon est atteinte du cancer. La maladie n’est pas abordée du point de vue médical ; on se concentre sur les sentiments de chacun dans cette situation : ceux de celle qui part et de ceux qui restent. Jaewon n’a jamais connu sa grand-mère, fâchée depuis longtemps avec sa mère. Bien qu’il ne leur reste que peu de temps ensemble, il se rapproche d’elle jours après jours. La vieille femme a beaucoup de choses à lui apprendre sur la vie et il compte bien savourer ces quelques instants auprès d’elle.
En parallèle, Jaewon rentre dans un nouveau lycée en cours d’année, en classe de première. Difficile de s’intégrer dans cette situation, lui qui ne voulait pas quitter Busan. Déraciné et privé de ses repères, il reste souvent seul et regrette sa vie d’avant. Il va peu à peu s’ouvrir aux autres et se construire de nouvelles marques. Trois rencontres viennent bouleverser son quotidien : Rin, un élève de terminale de l’équipe de basket, ses camarades de classe, Yejun, Dohyun, Sungil et Eunha, qui le prennent sous leur aile, et l’élève inconnu, celui ou celle qui répond à ses petits mots glissés au fil des pages du roman de la bibliothèque, Une vie de fleur de Lotus (roman fictif). À leurs côtés, le cœur de Jaewon se réchauffe.
J’ai trouvé l’articulation de l’intrigue bien menée. Les différentes relations dans lesquelles Jaewon évolue sont complémentaires et uniques, mais se répondent les unes aux autres. Bien qu’elles se développent chacune de leur côté, elles font grandir Jaewon comme un tout.
En cela, Page 341 est avant tout une ode à l’éphémère et un appel à trouver le bonheur dans ce qui nous entoure. Il nous rappelle également que l’amour trouve différentes formes (amitié, famille, petit.e ami.e) et s’exprime à travers de nombreuses actions et mots.
J’ai aussi apprécié trouver la lecture comme sujet d’écriture. En effet, le lectorat découvre en même temps que Jaewon le roman fictif Une vie de fleur de lotus. Cette lecture impacte autant Jaewon que le lectorat sur la vision de voir le monde. L’autrice, par son choix de mots, m’a en ce sens beaucoup touchée.
268 pages de poésie en prose
Dire que j’ai été subjuguée par le récit dès les premières pages serait mentir. J’ai en effet eu beaucoup de mal à entrer dans l’histoire à cause du style d’écriture. J’ai trouvé les phrases assez alambiquées, parfois trop longues ou difficiles à comprendre. Cette critique n’a d’ailleurs failli ne jamais voir le jour, car j’ai recommencé le prologue trois fois avant d’aller plus loin. Après l’avoir laissé traîner deux mois sur ma table de chevet et voyant le délai de retour à ma bibliothèque arriver à vitesse grand v, j’ai décidé de lui donner une dernière chance ; celle-ci fut la bonne. Je me suis retrouvée à dévorer les pages d’une manière aussi fluide qu’un bateau qui descend une rivière. Tout au long du récit, j’ai continué d’être gênée par des effets de style. Je devais souvent m’arrêter et revenir en arrière pour comprendre le sens de la phrase. C’est dommage, d’autant plus que le roman s’adresse à un public adolescent. Cependant, je souligne le vocabulaire qui est d’une grande richesse, ce que l’on trouve rarement dans de la littérature destinée à cette tranche d’âge. Même adulte, j’ai su trouver un intérêt à cette lecture. Bien qu’elle s’adresse à la jeunesse, les sujets parfois durs sont abordés d’une manière douce et profonde, ce qui peut toucher toutes les tranches d’âges. La plume particulière de l’autrice, bien qu’occasionnellement un peu incohérente, est d’autres fois si mélodieuse que le lectorat se laisse bercer au fil des mots. Beaucoup de poésie se dégage de ce récit.


Pour finir, je pourrais dire que j’ai été particulièrement touchée par la manière dont l’autrice construit le personnage de Jaewon tout au long de l’histoire, notamment sa manière d’exprimer ses sentiments et ses émotions. Un vocabulaire imagé permet d’interpréter ses propos, comme « calquer » un souvenir sur un nouveau paysage pour le faire revivre ailleurs, ou encore l’aquarium de petits poissons dans son ventre qui réagissent à chacune de ses aventures.
Page 341 en bref
Malgré mes difficultés à entrer dans l’histoire dues au style d’écriture, Page 341 est un livre qui a changé ma manière de voir le monde. Je le recommande dès la fin du collège jusqu’à l’âge adulte. En effet, bien que les inquiétudes soient celles d’un lycéen et que le récit reste léger et accessible, le côté profond et poétique de l’histoire peut toucher toutes les tranches d’âges. Sa petite taille (284 pages) et le suspense lié à l’intrigue font qu’il se lit rapidement. À mettre entre toutes les mains de ceux qui veulent apprendre à dire « je t’aime » de mille façons.
Où trouver Page 341 ?
Page 341 d’Élodie Condé est en vente dans toutes les librairies et sur le site internet de l’éditeur.
Élodie Condé, Page 341, Paris, Les Livres du Dragon d’Or, 2023, 268 p., ISBN 978-2-8212-1683-9, 14,95 €.
Sources : Site des éditions les Livres du Dragon d’Or
Sources images : Compte Instagram de l’autrice Élodie Condé


