Bien que les travailleurs immigrés représentent un pilier essentiel de l’économie sud-coréenne, ils sont victimes de harcèlement et de discrimination, comme le rappellent plusieurs études publiées cet été.
Les travailleurs immigrés victimes de nombreux abus
Ce 1er juin, en pleine campagne présidentielle, de nombreux travailleurs immigrés en Corée du Sud ont manifesté à Séoul afin de réclamer la protection de leurs droits. Quelques semaines plus tard, ces réclamations ont été appuyées par la diffusion d’une vidéo, devenue virale sur les réseaux sociaux, dans laquelle on voyait un ouvrier sri-lankais être attaché par du plastique à un chariot et être soulevé, sous le rire de ses collègues. Cet incident, remontant à février 2025, s’était déroulé dans une usine de briques à Naju. L’ouvrier sri-lankais, arrivé trois mois avant, avait subi cette humiliation pour avoir fait une erreur pendant son travail.
Fin juillet, le nouveau président sud-coréen Lee Jae Myung a réagi en considérant ce fait de « violence inacceptable ». L’entreprise, qui n’avait par ailleurs pas versé le salaire de 13 employés immigrés, a été condamnée à payer une amende de 3 millions de won (environ 1 900 euros). L’ambassadeur du Sri Lanka en Corée du Sud s’est également rendu sur place afin de rappeler l’importance du respect des droits humains et de la lutte contre la discrimination.
La réponse politique face aux violations des droits humains
Face à la multiplication des incidents de ce genre, le gouvernement sud-coréen a décidé de réagir par la voix du ministre du Travail, Kim Young Hoon. Le 6 août, il promet une « tolérance zéro » face aux discriminations lors d’un séminaire de l’Employment Permit System (EPS), destiné à renforcer les liens de la Corée du Sud avec les pays asiatiques fournisseurs de main-d’œuvre.
Deux jours plus tard, une série de mesures concrètes a été annoncée par le gouvernement. Une période de signalement a été instaurée du 11 au 29 août, durant laquelle ont été intensifiées les inspections des lieux de travail où est présente la main-d’œuvre étrangère, notamment dans les zones rurales où les conditions de travail sont moins bonnes. A partir du 20 août, des avocats du travail et des interprètes ont été déployés dans les centres de recrutement afin de faciliter les plaintes.
De son côté, la police sud-coréenne compte lancer une campagne spéciale de 100 jours, à partir du 25 novembre, afin d’enquêter sur les violences, les agressions, les humiliations, les abus sexuels et l’exploitation dont sont victimes les travailleurs immigrés, en coopération avec plusieurs ONG. Des réflexions sont également en cours afin d’assouplir le visa E-9, utilisé par la majorité de ces travailleurs, pour leur permettre de changer d’emploi sans devoir prouver être victimes d’abus, ce qui est actuellement le cas.
Des chiffres alarmants sur la situation des travailleurs immigrés
Si ces opérations du gouvernement et de la police peuvent sembler excessives, elles s’expliquent par les chiffres alarmants des dernières études publiées, qui révèlent l’urgence de la situation.
Par exemple, une étude publiée le 19 août a révélé que le nombre de cas recensés de harcèlement envers les travailleurs immigrés avait été multiplié par 3,5 entre 2020 et 2024, pour atteindre les 224 cas en 2024. Depuis janvier 2025, 112 nouveaux cas ont été recensés, laissant craindre que le total dépasse celui de l’année précédente. Une loi anti-harcèlement avait été votée en 2019, mais elle n’incluait pas les petites entreprises, où sont la majorité des travailleurs immigrés. Entre 2020 et mai 2025, sur les 820 plaintes déposées, moins de 50 ont abouti à des condamnations, environ 400 ont été retirées et plusieurs centaines ont été classées sans suite à cause de flous juridiques.
De plus, les cas de harcèlement et de discrimination sont à relier à un autre problème majeur, celui de la sécurité au travail. Une étude publiée par le CERIK le 15 août a révélé que la Corée du Sud enregistrait le plus haut taux de mortalité dans le domaine de la construction parmi les pays de l’OCDE (1,59 décès pour 10 000 travailleurs en 2023, alors que la moyenne de l’OCDE est de 0,97). Or en Corée du Sud, les travailleurs immigrés sont surreprésentés dans le cas de décès au travail : sur les 287 ouvriers décédés au 2e trimestre 2025, 38 étaient des étrangers. Plus spécifiquement, alors que les travailleurs immigrés ne représentent que 3,5 % de la main-d’œuvre, ils représentent 13 % des décès dans le domaine de la construction. Un chiffre qui monte à 17,9 % dans la manufacture.
Sources : The Korea Herald (1)(2) | The Korea Times (1)(2) | Yonhap News Agency (1)(2)(3)

