En 2025, alors que la Corée célébrera les 80 ans de sa libération, les relations nippo-coréennes se renforcent à travers de nouveaux projets audiovisuels, témoignant d’un rapprochement culturel et diplomatique inédit.
De la rivalité à l’entente : un rapprochement culturel aux 80 ans de la libération
Jusqu’aux années 2000, les tensions entre la Corée du Sud et le Japon, en dépit du traité de 1965 normalisant leurs relations, limitaient les échanges culturels entre les deux pays. Mais avec l’ouverture du marché coréen aux produits culturels japonais en 1998, cette résistance a pris fin chez les jeunes, de plus en plus intéressés par la culture populaire japonaise. Le drama coréen Winter Sonata a connu un grand succès au Japon et le groupe de K-pop TVXQ y a même battu des records. Une certaine réciprocité s’est accélérée ces dernières années avec l’intégration de chanteuses japonaises dans des groupes comme Le Sserafim ou encore le tournage de films en Corée avec des acteurs coréens sous la direction du réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda. L’importance de ces échanges culturels a été officiellement reconnue en 2024, avec la désignation des années 2025 et 2026 comme celles des échanges culturels entre la Corée, le Japon et la Chine.
En 2025, le Japon, autrefois modèle culturel pour la Corée, chercherait désormais à s’inspirer de sa voisine, qui connaît un immense succès dans l’exportation mondiale de sa culture à travers la Hallyu. Ainsi, l’entreprise coréenne Kakao Entertainment a récemment annoncé un partenariat avec le studio japonais Babel Label afin de co-développer des séries et des films, ainsi qu’adapter des webtoons et des romans. Leur premier projet commun devrait être réalisé par le cinéaste japonais Fujii Michihito, récompensé pour ses films The Journalist et Faceless. D’autres projets nippo-coréens sont également prévus pour 2025 : l’émission culinaire K-Foodie Meets J-Foodie avec le chanteur coréen Sung Si Kyung et l’acteur japonais Yutaka Matsushige, la comédie Romantic Anonymous de Sho Tsukikawa avec Han Hyo Joo et Shun Oguri, ou encore l’adaptation en série du film de science-fiction The Human Vapor par Yeon Sang Ho et Shinzo Katayama.


Un rapprochement nippo-coréen stratégique au-delà des alternances politiques ?
Au-delà de la culture, ce rapprochement illustre une volonté politique d’apaisement entre Séoul et Tokyo, 60 ans après la normalisation de leurs relations. Jusqu’à présent, les démocrates sud-coréens avaient tendance à apaiser les relations intercoréennes, à équilibrer leurs relations entre la Chine et les États-Unis, et à critiquer les exactions japonaises commises pendant la colonisation. De leur côté, les conservateurs privilégiaient les États-Unis à la Chine et se montraient plus conciliants envers le Japon. Si la politique du président conservateur Yoon Suk Yeol s’est logiquement inscrite dans la continuité de ses prédécesseurs, l’évolution du contexte régional a également joué un rôle dans ce rapprochement. Par ailleurs, ce dernier pourrait bien se maintenir malgré les futures alternances politiques.
En effet, le récent rapprochement coréen à l’égard du Japon a été accéléré par les États-Unis en raison de l’émergence de nouvelles dynamiques en Asie de l’Est et dans l’Indo-Pacifique. Parmi les éléments déclencheurs, on retrouve le développement des missiles nucléaires nord-coréens, dont certains ont survolé les eaux territoriales japonaises en 2022, poussant la Corée du Sud à renforcer sa politique de dissuasion en s’alignant sur celle des États-Unis. Par ailleurs, Séoul a mis de côté son « ambiguïté stratégique » vis-à-vis de la Chine pour s’aligner sur la stratégie Indo-Pacifique adoptée par de nombreux pays, tels que les États-Unis ou la France. Cette stratégie, présentée pour la première fois par le Premier ministre japonais Shinzo Abe en 2013, vise notamment à répondre aux menaces croissantes de la Chine dans la région. Dans ce contexte, la coopération sécuritaire entre le Japon et la Corée du Sud s’est renforcée avec la publication des Principes de Camp David après un sommet aux États-Unis en 2023.
Dans cette continuité, en janvier 2025, les ministres des Affaires étrangères sud-coréen et japonais ont réaffirmé l’importance des relations nippo-coréennes, malgré la crise politique en Corée du Sud. Ils ont également déclaré leur engagement à maintenir leur collaboration avec les États-Unis face à la menace nord-coréenne, indépendamment des circonstances politiques.

Le rapprochement nippo-coréen face aux défis du passé et au retour de Donald Trump
Cependant, des tensions héritées de la colonisation persistent entre la Corée du Sud et le Japon, assombrissant le rapprochement nippo-coréen. Tout d’abord, la population sud-coréenne critique les initiatives menées en faveur de ce rapprochement. Par exemple, lorsque Yoon Suk Yeol a proposé d’indemniser les travailleurs forcés coréens de la mine d’or de Sado via un fonds sous tutelle du gouvernement coréen, plutôt que par les entreprises japonaises impliquées, cette décision a suscité une forte opposition. De plus, l’année 2025 marque le 120ᵉ anniversaire de l’invasion des Rochers Liancourt (Dokdo en Corée, Takeshima au Japon) par le Japon, un archipel disputé par les deux pays. Elle correspond aussi à la 20ᵉ édition du Takeshima Day, instauré pour commémorer le centenaire de cette annexion, faisant réagir les Coréens.
Par ailleurs, le retour de Donald Trump suscite des inquiétudes chez les autorités sud-coréennes et japonaises, incertaines quant à la politique qu’adoptera son administration dans la région. Donald Trump, fidèle à sa doctrine « America First » et à son scepticisme envers le multilatéralisme, encouragerait Séoul et Tokyo à entrer en compétition pour prouver leur loyauté envers Washington. Cette posture pourrait alimenter un regain du sentiment anti-japonais en Corée du Sud. Comme l’explique David Tizzard dans The Korea Times, ce ressentiment ne se limite pas aux blessures historiques, mais constitue un élément structurant de l’identité coréenne. En suivant cette analyse, un revirement radical de Donald Trump dans la politique américaine en Asie (notamment en abandonnant le soutien à l’alliance trilatérale et en renouant le dialogue avec Kim Jong Un) pourrait pousser les partis politiques coréens à instrumentaliser ce sentiment anti-japonais pour défendre les intérêts de la Corée du Sud face aux dynamiques de l’Indo-Pacifique, ainsi qu’aux menaces chinoises et nord-coréennes.
Sources : The Korea Times (1)(2) | Korea Herald | The Diplomat | Kyodo News | Korea JoongAng Daily
Sources images : Korea Times | Korea Herald | Kyodo News

