Page 2 : Le Festival du Film Coréen de Toulouse
Page 3 : Entretien avec les organisateurs du festival
Le Festival du Film Coréen de Toulouse
C’est au 95 Gd rue Saint-Michel, au cinéma Le Cratère, que j’ai trouvé mon bonheur le temps d’une semaine. Une semaine plongée dans le cinéma coréen grâce à une sélection de plus de vingt films. Des grands réalisateurs mis à l’honneur comme Bong Joon Ho, Na Hong Jin ou encore Im Sang Soo à travers des soirées spéciales. L’occasion de revoir leurs œuvres remastérisées, pour certaines. C’était aussi une opportunité pour se familiariser avec d’autres noms de cinéastes moins connus, mais tout aussi talentueux.
Le festival du film coréen, c’est surtout un lieu de rencontre, animé par plusieurs discussions et présentations autour des films, dans une ambiance chaleureuse et intimiste. Cette semaine passée dans la salle du Cratère était avant tout un moment agréable. Des repas coréens ont même été fournis pour le public, pour relâcher les nerfs lors d’une soirée dans l’univers sombre de Na Hong Jin par exemple. Je peux l’affirmer, l’équipe organisatrice a bien choyé son public !
Je décide donc de vous partager mon expérience du festival à travers mon ressenti sur les divers films que j’ai pu voir et mes échanges avec ceux qui sont au cœur de ce projet.
La sélection du festival
Je n’ai pas pu assister à toutes les séances, mais c’est un sans-faute pour tous les films que j’ai pu voir. Ce fut une sélection minutieusement choisie et il y en avait pour tous les goûts. N’étant pas difficile, je me suis facilement laissé séduire par ces films. C’est donc l’occasion pour moi de revenir sur les dix longs-métrages que j’ai pu voir au cours du festival.
Les découvertes
L’homme du Président de Woo Min Ho (2020)
L’histoire d’un homme déchiré entre son devoir et sa morale. 1 h 50 de suspens sur les jours précédents l’assassinat du président Park à la fin des années 70. L’interprétation est superbe, le rythme de l’histoire est peu dynamique en première partie, mais finit par trouver le bon chemin.
Couleur de Peau : Miel de Jung et Laurent Boileaux (2012)
C’est l’histoire de Jung face aux questions de son identité en tant qu’enfant adopté Coréen. Il nous dévoile des moments charnières de sa vie, les phases de rejets, d’amour ou de curiosités. Un documentaire entre animation et prise de vues réelles, amusant et touchant.
Retour à Séoul de Davy Chou (2022)
Le film que j’attendais le plus de la sélection. Après m’avoir agréablement surpris en 2016 avec son premier long-métrage Diamond Island, Davy Chou a réussi à me frapper avec Retour à Séoul. Au détour d’un voyage à Séoul, Frédérique (Park Jimin), adoptée coréenne dans sa vingtaine, cherche à retrouver la trace de ses parents biologiques. Le point fort du film, c’est le basculement de ce personnage mentalement solide, qui va se retrouver désemparé, voire mutique, face à la vérité. Au cours des années, elle va grandir, tenter de comprendre et essayer d’accepter.
Petite Forêt de Yim Soon Rye (2018)
Hyewon (Kim Tae Ri) a quitté le tumulte de Séoul pour retourner dans sa maison d’enfance et décide de se consacrer à sa passion : la cuisine. On s’évade entre ses recettes et les relations avec ses meilleurs amis. On parcourt la campagne lumineuse et les questionnements de la jeune femme. C’est le genre de film « rayon de soleil » qui sans trop en faire m’émerveille. Petite Forêt me rappelle qu’un très bon film, c’est avant tout celui qui me fait encore voyager en sortant de la salle.
Défense d’atterrir de Han Jae Rim (2021)
Le thème de la catastrophe aérienne a été traité sous tous les angles, si bien que je me demandais comment pouvait-on encore exploiter une catégorie de film devenue ennuyeuse à souhait. Et bien Défense d’atterrir a non seulement su me tenir en haleine, mais a aussi apporté quelque chose de nouveau, le rendant passionnant. Même si le scénario ne fait pas dans la dentelle et va à l’essentiel, c’est efficace. On savoure d’ailleurs le duo d’acteurs légendaires, Song Kang Ho et Lee Byung Hun.
Les redécouvertes
About Kim Sohee de July Jung (2022)
Entre drame social et polar, About Kim Sohee est un film deux-en-un qui plonge dans les dérives du système éducatif coréen et de la déshumanisation professionnelle. Sans filtre et en toute sobriété, la réalisatrice July Jung (A Girl At My Door) nous offre une fois encore un film fort et un duo d’actrices convaincant (Kim Sieun et Bae Doona). Le double portrait de ces deux femmes à la fois éloignées et si proches est poignant. Mon coup de cœur de l’année.
The Host de Bong Joon Ho (2006)
Dix-sept ans plus tard, le film se refait une beauté en 4K et garde autant de sa superbe. Mélange des genres, The Host échappe aux règles. Le monstre se dévoile dès les premières minutes, le drame familial prend le dessus sur la science-fiction, le tout filmé comme un pur polar coréen. Haletant et émouvant, c’est un beau portrait de famille au centre d’un affrontement terrifiant contre la « bête ».
Memories of Murder de Bong Joon Ho (2003)
C’est le genre de film que je regarde tous les quatre-cinq ans et je reste autant bluffé par ce travail de génie. Autant sur le plan de la mise en scène, que du scénario ou des personnages. Tout reste parfait. Même si j’ai beau connaître l’issue du film, il y a toujours cet attrait pour tenter de déceler des indices encore et encore. Comme si la réponse se trouvait au croisement d’un regard… Memories of Murder est un des plus grands films coréens et le temps lui donne encore plus raison.
The Chaser de Na Hong Jin (2008)
Parmi les pépites du polar couplé de vengeance du cinéma coréen, il y a le super The Chaser. L’histoire de ce proxénète prêt à tout pour retrouver une de ses « filles » kidnappée par un tueur en série, face à une police dépassée. Une course contre la montre qui ne s’essouffle jamais et un cardio bien rodé pour l’acteur Kim Yoon Seok.
La Servante de Kim Ki Young (1960)
Film majeur qui a inspiré toute une génération de cinéastes coréens, La Servante est avant tout un drame familial qui bascule peu à peu vers le thriller. Révolutionnaire pour son tournage en studio, le film présente des décors qui font office presque de personnages. Comme cette maison organique aux murs recouverts de moulures similaires à des veines. Ainsi que ces escaliers poumons et place centrale de l’histoire. Ou encore des yeux témoins qui se glissent dans l’entrebâillement des portes. Un stratagème terrifiant se referme sur une famille soi-disant idéale. C’est brillant !



