Il y a un mois, Tokyo demandait l’inscription de l’ancienne mine de guerre de Sado au patrimoine mondial de l’UNESCO pour 2023. Malgré la forte désapprobation de la Corée du Sud, le Japon reste sur ses positions.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la mine de Sado, située dans la préfecture de Niigata au Japon, exploitait de manière forcée de milliers de Coréens. En devenant l’un des monuments inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO (Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture), elle raviverait les tensions nippon-coréenne.
Japon-Corée : Une difficile reconnaissance du travail forcé
Sado était autrefois un site d’extraction d’or dans les années 1600. Entre 1939 et 1942, lors de la guerre du Pacifique, plus de 1 200 Coréens ont été contraints par la force à travailler dans les mines de Sado pour créer du matériel de guerre.

Dans des conditions parfois très extrêmement difficiles, ils extrayaient du cuivre, du fer ou encore du zinc. Les exploitations ont été arrêtées en 1989.
En omettant l’histoire coloniale de la péninsule coréenne et en effaçant la mémoire de la mobilisation forcée, le Japon pourrait créer un deuxième incident diplomatique avec la Corée du Sud. En effet, en 2015, l’île de Hashima – où il y avait eu la mobilisation forcée de coréens pendant la guerre – est entrée dans la liste des sites patrimoniaux de l’UNESCO. En échange, Tokyo s’engageait à informer le public sur le travail forcé. Pourtant, seules les prouesses de la révolution industrielle japonaise étaient présentées. Suite à cela, le Comité du patrimoine mondial de l’ONG avait jugé regrettable que Tokyo n’ait pas su tenir parole.
Pour le Japon, toutes les réparations auraient été réglées depuis le traité nippo-coréen de 1965. Il avait pour objectif de rééquilibrer les relations entre les deux pays. Séoul avait obtenu des compensations pour les trente-cinq années de colonisation qui s’étaient achevées en 1945.
Séoul cherche toujours à se faire entendre
Ce n’est pas la première fois que l’inscription de la controversée mine de Sado au patrimoine mondial alimente les débats. En novembre 2010, le Japon avait déjà constitué un dossier d’inscription pour que la mine devienne un site patrimonial du Japon. Cela avait été refusé par le Conseil.
À la fin de l’année 2021, les discussions sur l’avenir de Sado reprennent de plus belle avec le début des inscriptions au patrimoine mondial 2023. La Corée du Sud réclame l’immédiate rétractation de Tokyo. Au cœur du problème, l’absence d’explications du Japon au sujet de cette inscription. Craignant que la mine de Sado devienne un nouveau site de propagande japonaise (sans aucune mention du travail forcé) comme celui de Hashima, Séoul menaçait de faire appel à un collège d’experts pour mettre fin à la candidature.
Le 28 janvier 2021, suite à l’annonce officielle du Premier ministre japonais, Fumio Kishida, le ministre des Affaires étrangères sud-coréen dénonce, de nouveau, la décision de Tokyo.
D’après un communiqué relayé par l’agence Yonhap, le ministère aurait exprimé son profond désarroi face à cette situation.
« Notre gouvernement regrette profondément la décision du gouvernement japonais de faire inscrire la mine de Sado, où les Coréens ont été contraints de travailler pendant la Seconde Guerre mondiale, malgré nos appels répétés, et l’a exhorté à arrêter de telles tentatives ».
(propos rapportés par Yonhap)
Le Cabinet japonais peut encore revenir sur sa décision d’ici le 1er février, date limite à laquelle il est encore possible de proposer une candidature.
Sources : Korea Times | Yonhap (1).(2)
Sources photo : Yonhap | Kensaku KURANAGA

