Précédemment abordé dans notre article sur la création des deux Corées, nous allons cette fois-ci nous attarder un peu plus sur la figure de Tangun, extrêmement importante à travers sa légende et son rôle au sein de la Corée moderne.
Origine de Tangun, l’ancêtre légendaire des Coréens
La légende
Hwanung, fils du roi du Ciel Hwanin, demanda à son père l’autorisation pour aller sur Terre. En effet, il observait les humains et ne les voyant pas évoluer, il se prit de compassion pour eux. Son père lui permit de les rejoindre afin d’améliorer leurs conditions de vie. Accompagné de 3000 ministres, gardes et serviteurs, il choisit de s’établir sur le plus haut sommet, le mont Paektu. Il aida les humains, comme promis, en leur enseignant l’agriculture, comment soigner les maladies, la moralité…
Constatant les progrès des humains et enviant leur condition, une tigresse et une ourse vinrent supplier Hwanung de les transformer en personnes. Il leur donna de l’armoise et de l’ail aux vertus magiques et demanda à ce qu’elles restent dans une grotte pendant 100 jours, sans voir la lumière et se nourrissant seulement de ces herbes. La tigresse eut beaucoup de mal et malgré le réconfort de l’ourse, elle sortie de la grotte au bout du 37e jour. Cependant, l’ourse qui se sentait seule, réussit à tenir grâce à son espoir. Le centième jour, en sortant de la grotte, elle découvrit qu’elle était devenue une femme. Elle se nomma Ungnyeo.
Ungnyeo voulait vivre comme les autres femmes et fonder une famille. Mais son histoire était connue des hommes et personne ne s’approcha d’elle. La femme alla prier régulièrement au pied d’un bouleau qui avait la réputation de rendre fécondes les femmes. Hwanung fut ému, pris la forme d’un homme et l’épousa.
De cette union bénie naquit un garçon que l’on nomma Tangun Wanggum, le prince du bouleau. Comme son père, il devint intelligent et courageux. Après des années à parcourir le monde, il fonda la ville d’Asadal, la capitale du premier royaume coréen, Choseon, pouvant se traduire par « la Cité » ou « pays du Matin clair ».
Doté d’une grande sagesse, Tangun régna 1500 ans avant de se retirer sur le mont Paektu, pour vivre jusqu’à l’âge de 1908 ans.
Source écrite
Cette histoire fut d’abord transmise oralement. Ce n’est qu’à la fin du XIIIe siècle qu’elle fut écrite dans les Mémoires des Trois Royaumes (« Samguk Yusa ») par le moine bouddhiste Il Yeon (1206 – 1289). Dans son ouvrage, il fait référence à des sources coréennes plus anciennes, mais dont on n’a pas retrouvé de traces à l’heure actuelle, ainsi qu’à des sources chinoises.
Tangun aurait fondé Choseon 25 ans après l’avènement de l’empereur Yao en 2357 av. J-C, un des souverains légendaires de la Chine. La fondation de Choseon serait ainsi datée de 2333 av. J-C. Toutefois, il n’existe pas de preuve archéologique. Ce mythe peut également symboliser l’arrivée de l’âge de bronze en Corée. Le métal fut apporté de Mandchourie pendant le 2e millénaire av. J-C. Le sommet où s’installa Hwanung correspondrait au mont Paektu, séparant la Chine et la Corée du Nord.
Tangun ou le symbole fédérateur
Tangun apparaît comme un fort symbole lors de crises nationales. Bien que son histoire tiennent plus de la mythologie, il possède un rôle historique majeur pour le peuple coréen.
Lors de la dynastie Goryeo (918 – 1392), Pyongyang a été choisie comme capitale car la ville correspondrait à la première capitale de Tangun et du peuple coréen. Pendant la dynastie Joseon (1392 – 1910), c’est le dieu de la montagne Shamam, Sanshin, qui est représenté sous la forme de Tangun avec une couronne. L’œuvre écrite de Il Yeon intervient au moment des invasions mongoles au XIIIe siècle et Tangun commence à devenir un refuge de la culture coréenne contre les ennemis.
Mais c’est bien sous l’histoire moderne que sa figure devient fédératrice. Les voisins de la Corée (Chine, Japon, Russie, Etats-Unis) tentent d’imposer leurs puissances obtenues par la mondialisation industrielle.
Sous l’occupation japonaise, des historiens, dont Choe Nam Son (1890 – 1957) tentent d’implanter historiquement parlant Tangun. Na Cheol, hostile aux religions venues d’autres pays, fonde le Taejongkyo, la religion du divin géniteur, qui existe encore aujourd’hui. Les indépendantistes font de Tangun le premier résistant et choisissent de dater le calendrier sous l’ère Tangun et non plus sous le calendrier japonais ou chrétien.
Pendant la Guerre de Corée, le Sud se sert de Tangun comme d’une icône nationaliste. Son influence s’étend à l’école, dans l’armée… Une prise de taekwondo porte son nom. Lorsque le 3 octobre devient un jour férié, il est considéré comme le jour de la fondation nationale, lorsque Hwanung est descendu du ciel. Il existe des lieux de prières dédiés à Tangun et des cérémonies y ont lieu, notamment dans un sanctuaire près du Capitole à Séoul. Les enfants sud-coréens apprennent tôt l’histoire de Tangun, pendant l’école primaire.
Le Nord, lui, se réclame en permanence de Tangun. Chaque membre de la dynastie Kim est un nouveau Tangun. En 1994, le régime nord-coréen révèle avoir « découvert » la tombe de Tangun. En fait, il s’agit plutôt des corps retrouvés qui dateraient de 2333 av. J-C. Ils y bâtissent un mausolée que l’on peut visiter. Au cœur de Pyongyang, une pyramide de 330 mètres est installée. Ses contours rappellent le caractère chinois de la montagne, signifiant ainsi que le mont Paektu domine la capitale du Nord.
Sources : KIM Yeong-Ok, Tangun, fils du ciel et de la terre, père de la Corée | Mark Cartwright, Dangun | DAYEZ-BURGEON Pascal, Tangun, le premier coréen et Tangun, un mythe politique au service des deux Corées, Mythologie(s), HS n°27.


