Le 6 février, le gouvernement sud-coréen annonçait l’augmentation des places en école de médecine. Au total, près de 2 000 élèves de plus pourraient être acceptés. Cette mesure, adoptée dans l’espoir de pallier les déserts médicaux, a déclenché de vives réactions dans le camp des médecins : préavis de grève, absentéisme, démissions…
Des manifestations ont été annoncées
Depuis la déclaration du gouvernement, le 6 février, de la hausse de 2 000 places des admissions en médecine dès l’année prochaine, les groupes de médecins sont tendus. Quelques heures après le communiqué officiel, l’Association médicale coréenne (KMA), l’un des plus importants lobbys médicaux du pays, menaçait déjà d’une grève générale des professionnels de santé si Séoul décidait « unilatéralement » d’adopter cette mesure.
Par conséquent, sans accord trouvé avec le ministère de la Santé, le 12 février, les principales associations de médecins (KEMA, KMA, etc…) ont déclaré qu’une action de grève massive commune allait être organisée pendant la semaine. D’après eux, plus de 80 % de leurs adhérents s’apprêtent à manifester de diverses manières (fermetures de cliniques, arrêts de travail, démissions…). Cela pourrait inclure notamment les médecins, les étudiants internes et les résidents des hôpitaux.
« Ce que nous voulons, c’est avoir un environnement décent où les médecins peuvent sauver des vies (…). Si le gouvernement ne montre pas de signes d’amélioration, nous arrêterons tous de fournir des soins médicaux. » — Association coréenne de médecine d’urgence (KEMA)
Propos recueillis par l’agence de presse Yonhap
Au cœur de la polémique donc, la hausse du quota d’élèves, qui passerait de 3 058 à plus de 5 000. Pour une partie de la communauté médicale, cette augmentation aurait un effet néfaste à terme sur plusieurs points, dont la perte de la qualité de l’enseignement et des services médicaux ainsi que la baisse des bonnes conditions d’exercice.
Au lieu de relever le nombre de médecins, il faudrait selon eux réorganiser les mobilités des professionnels sur le territoire, revaloriser les salaires et ouvrir par exemple des hôpitaux publics en dehors des grands axes urbains.
Pénurie de médecins, déserts médicaux : un secteur en crise
Depuis 2006, le quota d’étudiants en médecine est figé autour de 3 000 personnes. Avec un désintérêt croissant pour certains secteurs comme la pédiatre ou l’obstétrique, le paysage médical sud-coréen s’uniformise de plus en plus, au détriment des besoins de la population. D’ici 2035, le ministère de la Santé et des Affaires sociales sud-coréen prévoit un manque de 15 000 médecins, si le nombre de professionnels n’augmente pas.
À titre d’exemple, la demande pour les soins d’urgence a fortement grandi principalement à cause du vieillissement de la société. Mais avec le manque de médecins dans les provinces, il est difficile de répondre aux requêtes. L’accroissement des places en médecine permettrait, selon les autorités, d’avoir plus d’élèves dans les écoles de province. D’après le ministère, il faudrait une augmentation des places entre 2 151 et 2 847.
Malgré les menaces des groupes de médecins, le gouvernement reste ferme sur ses positions. Dès l’annonce des rassemblements, il a ordonné aux hôpitaux notamment, de refuser les lettres d’intention de grève. Légalement, les médecins sont des travailleurs « essentiels ». Si le ministère le décide, ils peuvent être forcés de retourner travailler sauf s’ils démissionnent formellement et renoncent à leur licence.
En 2020, lorsque près de 70 % des jeunes médecins du pays avaient participé à des manifestations sur la même thématique, il y avait eu de réels impacts notamment sur la gouvernance du pays. Le gouvernement précédent avait cédé sous la pression et la hausse des admissions avait été annulée.
Sources : Yonhap (1).(2).(3) | KoreaTimes
Source image : Li lin

