Ce lundi 24 mars, la Cour constitutionnelle sud-coréenne a rejeté la motion de destitution adoptée par le Parlement contre le Premier ministre Han Duck Soo.
L’ancien Président par intérim autorisé à reprendre ses fonctions
Suite à la tentative de coup d’État du Président Yoon Suk Yeol dans la nuit du 3 au 4 décembre 2024 et le vote au Parlement d’une motion de censure à son égard le 14 décembre, la Corée du Sud est plongée dans une crise politique sans précédent qui dure maintenant près de quatre mois.
Dans ce cadre, Han Duck Soo, en son statut de Premier ministre, avait été constitutionnellement désigné pour exercer le pouvoir en attendant que la Cour constitutionnelle sud-coréenne se prononce sur la destitution de Yoon, et ce malgré sa supposée implication dans la tentative de déclaration de la loi martiale.
Or, Han lui-même a fait l’objet d’une motion de censure le 27 décembre, soit après seulement quelques jours d’intérim, et il avait dû se retirer au profit du Ministre de l’Économie et des Finances Choi Sang Mok. Ce vote était notamment motivé par le refus de Han de nommer à la Cour constitutionnelle de nouveaux juges afin de combler les postes vacants.
Ce lundi, la Cour constitutionnelle, à cinq votes contre trois, s’est prononcée à l’encontre de cette motion de destitution. Han redevient donc Président par intérim en attendant de connaître le sort de Yoon Suk Yeol. Les juges ont considéré que, si les agissements de Han constituaient bel et bien une infraction à la loi, ceux-ci « ne [pouvaient] être considérés comme constitutifs d’une trahison de la confiance du peuple » et n’étaient donc pas suffisamment graves pour justifier une destitution.
Lors d’une locution télévisée, Han Duck Soo a déclaré : « En tant que président intérimaire, je vais faire de mon mieux pour préserver une administration étatique stable et consacrer toutes les capacités à la protection des intérêts nationaux dans la guerre commerciale » (cf. menace du Président américain Trump d’imposer des tarifs douaniers élevés sur certains produits stratégiques comme l’acier et l’aluminium).
De larges manifestations qui se poursuivent
Cette décision de la Cour constitutionnelle est une première victoire pour le camp présidentiel et ses soutiens qui n’ont pas quitté la rue depuis le début de la crise, au même titre que les manifestants pro opposition. Le week-end passé, des centaines de milliers de personnes se sont de nouveau retrouvées dans les rues Séoulites.
Kim Min Ji, manifestant anti-Yoon de 25 ans a déclaré à l’Agence Française de Presse : « Ce qui me frustre le plus, c’est qu’en retardant sa décision (…) la Cour donne du temps aux forces complices du crime de Yoon ». En face, Park Jong Hwan, 59 ans, est convaincu que « Ce pays sera dans une bien meilleure situation s’il retrouve ses fonctions présidentielles. ».
Face à ces larges protestations et la tournure que celles-ci pourraient prendre en fonction des décisions rendues, l’Ambassade de France à Séoul a mis en garde ses ressortissants sur son site internet afin d’éviter les zones concernées, rappelant de nouveau qu’il est interdit aux étrangers de participer aux manifestations politiques (article 17 du South Korea’s Immigration Act).
Dans son discours, Han Duck Soo a également déclaré, penser que la population « [faisait] clairement comprendre, d’une seule voix, que les confrontations extrêmes en politique [devaient] prendre fin ».
Alors que la délibération de la Cour constitutionnelle est la plus longue jamais observée dans l’histoire du pays, les experts prédisent un verdict imminent dans l’affaire Yoon. Pour rappel, si la Cour constitutionnelle confirme la destitution, Yoon sera définitivement démis de ses fonctions et une nouvelle élection présidentielle devrait être organisée dans les 60 jours. Sinon, Yoon retrouvera son poste de Président. Après son arrestation et son placement en détention début janvier, le Président déchu a été libéré le 8 mars pour vice de procédure.
Sources : RFI | L’Indépendant | Europe1 | Ambassade de France en République de Corée | Le Monde
Source image : Le Figaro
Article rédigé par Romane TOMIO.

