Cette semaine, le président Yoon Suk Yeol ouvrira le troisième sommet pour la démocratie, qui se tiendra en Corée du Sud. Une action qui contraste avec celles de son gouvernement qui, en menaçant la liberté de la presse, fragilise la démocratie.
Un secrétaire présidentiel menace la MBC en faisant allusion à un attentat
Ce 15 mars, Hwang Sang Moo, premier secrétaire présidentiel aux affaires civiles et sociales, a mentionné un attentat contre un journaliste en 1988, lors d’une conversation avec un journaliste de MBC.
« J’ai terminé mon service militaire au KDIC… et il y a eu un cas où un journaliste d’un journal économique a été poignardé deux fois à la jambe en 1988 devant l’appartement Hyundai [ndlr : à Séoul] » a-t-il déclaré, avant de continuer avec « MBC devrait faire attention ».
Hwang Sang Moo faisait allusion à une attaque menée par des agents de la Korea Defense Intelligence Command (KDIC) contre le journaliste Oh Hong Keun, qui avait critiqué l’armée dans un article du JoongAng Economic Daily. L’agression avait alors été ordonnée par un général du KDIC et approuvée par le commandant du KDIC.
Le secrétaire présidentiel a ensuite expliqué aux journalistes présents que sa remarque n’était qu’une blague et qu’il ne fallait pas la mentionner dans leur « rapport d’information » (une note destinée aux rédacteurs en chef sur les informations non appropriées à la publication).
MBC est marginalisé par le gouvernement sud-coréen depuis le scandale du micro de 2022 : lors des sommets du G20 et de l’ASEAN, MBC n’a pas pu suivre le président dans son avion aux côtés des autres grands médias coréens, ce qui a été condamné par la Fédération internationale des journalistes comme une violation de la liberté de la presse. Néanmoins, c’est la première fois que le média et ses journalistes reçoivent de telles menaces de la part du gouvernement sud-coréen.
En réaction aux propos du secrétaire présidentiel, l’opposition politique et les syndicats de journalistes ont exigé des excuses publiques du gouvernement et la démission de Hwang Sang Moo pour avoir porté atteinte à la liberté de la presse.

L’érosion de la liberté de la presse sous l’administration Yoon
Après une période de croissance de la liberté de la presse dans les années 2000, celle-ci a reculé sous le mandat de Park Geun Hye, avec une accélération sous l’administration exécutive, administrative et gouvernementale dirigée par le président Yoon Suk Yeol, comme rapporté par le département d’État américain en 2022.
En 18 mois, le gouvernement a ouvert plus de onze cas de diffamation contre des médias coréens et adopté des réformes telles qu’un projet de loi contre les fake news, l’instauration d’une équipe d’enquêteurs spéciaux ciblant les journalistes pour diffamation, la mainmise du gouvernement sur la Commission nationale des communications, ou encore l’établissement d’un centre de conseil par le Ministre de la Culture, des Sports et du Tourisme.
En plus de ces réformes, des coupures de financements ont mis en danger des médias qui n’ont pas eu le temps d’adapter leurs modèles économiques. En novembre 2024, TBS a perdu 70 % de ses financements, qui venaient de la municipalité de Séoul, sur demande du parti présidentiel. Une décision due, selon TBS, au fait que l’animateur Kim Ou Joon ait critiqué le gouvernement dans son émission matinale News Factory.
Jusqu’à maintenant, le gouvernement sud-coréen a justifié ses actions par sa volonté de lutter contre les fake news. Les élections législatives de 2024 seront donc l’occasion d’observer la fiabilité et la crédibilité des informations…

Sources : Yonhap News Agency | The Guardian | The Diplomat | The Korea Times | The Korea Herald

