Nous vous l’avions promis : suite dans l’affaire sur la déclaration de la loi martiale, le président Yoon Suk Yeol a été finalement arrêté et inculpé pour insurrection.
Une arrestation difficile
En raison de sa déclaration de loi martiale qualifiée d’inconstitutionnelle (lire notre récap ici), le président Yoon Suk Yeol fait l’objet d’une enquête par le Bureau d’enquête sur la corruption des hautes personnalités (CIO). Alors qu’il refusait les perquisitions et les convocations, le Tribunal de Séoul a émis un mandat d’arrêt à son égard le 31 décembre 2024.
À un mois jour pour jour de la tentative échouée de coup d’Etat, le 3 janvier, les procureurs et les enquêteurs ont lancé une opération afin d’arrêter Yoon, enfermé depuis plusieurs semaines dans sa résidence présidentielle du quartier de Yongsan. Cependant, cette tentative a été mise à mal par la garde rapprochée du président, qui avait bloqué les accès par des dizaines de véhicules. Une centaine d’enquêteurs et de policiers ont néanmoins réussi à trouver un chemin « détourné à flanc de colline » mais ils ont rapidement été empêchés par les quelque 200 soldats et gardes composant les forces de sécurité du président, qui se tenaient par les bras afin de former un mur humain. Les procureurs et les enquêteurs se sont donc retirés, sous les yeux des journalistes et des manifestants pro-Yoon qui s’étaient rassemblés devant la résidence.
Le mandat expirant après sept jours, le CIO a demandé la prolongation de celui-ci. C’est ainsi qu’une seconde tentative d’arrestation a eu lieu le 15 janvier. Yoon a annoncé dans une vidéo nier la légalité du mandat d’arrêt, mais se soumettre à la procédure « pour éviter toute effusion de sang malheureuse ». En effet, malgré quelques obstacles humains et matériels ainsi que quelques altercations, les enquêteurs du CIO et les forces de police les accompagnant ont cette fois-ci réussi à pénétrer de front l’enceinte de la résidence présidentielle.
Le député démocrate Park Chan Dae a déclaré que « l’arrestation de Yoon Suk Yeol [était] le premier pas vers le retour de l’ordre constitutionnel, de la démocratie et de l’État de droit ».
Le premier président sud-coréen arrêté et inculpé pour insurrection
La veille de l’arrestation, le procès en destitution avait officiellement commencé à la Cour Suprême, en l’absence de Yoon. Celui-ci est alors devenu le premier président sud-coréen à être arrêté alors qu’encore en exercice. En effet, avant que la Cour ne se prononce sur la motion de destitution lancée à son encontre, Yoon demeure le chef d’État d’un point de vue légal.
Interrogé immédiatement après son arrestation, Yoon a d’abord choisi de garder le silence. La détention, qui ne devait durer à l’origine que quarante-huit heures, a également été prolongée, déclenchant d’importantes protestations. Des milliers de partisans de Yoon se sont heurtés aux forces de police devant le tribunal, certains sont même parvenus à entrer en brisant des fenêtres. Lors d’une nouvelle audience de cinq heures, Yoon a finalement pris la parole et répondu aux faits pour lesquels il est mis en examen.
Le 26 janvier dernier, après étude des preuves réunies par le CIO, les procureurs ont officiellement annoncé que Yoon avait été inculpé pour insurrection, en lien avec la déclaration de la loi martiale des 3-4 décembre derniers. Cette décision a notamment été motivée par un « risque continu de destruction de preuves ». Cela signifie donc qu’il sera détenu jusqu’à la conclusion du procès.
Pour rappel, l’insurrection est un crime passible de la peine de mort en Corée du Sud. La Cour Suprême, elle, a jusqu’à mi-juin pour étudier la question de la destitution.
Sources : Le Monde (1) (2) (3) (4) | France Info | Libération
Source image : The Japan Times
Article rédigé par Romane TOMIO.

