Le film discuté dans cet article aborde des sujets durs inspirés de faits réels. Lecteurs sensibles ou trop jeunes, je vous conseille de passer votre chemin.
Lors du FFCT 2025, j’ai pu visionner A Cappella pour lequel j’ai eu un coup de cœur immédiat. Ainsi, j’ai eu envie d’en savoir plus sur l’origine du film et de cette histoire.
Concernant l’article, il fera un parallèle entre un fait-divers marquant en Corée du Sud et un film dont on ne peut que remarquer certaines similitudes ou énonciations.
Présentation du film A Cappella
Le film A Cappella ou Han Gong Ju est réalisé par Lee Su Jin (Idol, Happiness, Sundays In August) en 2013. Le film reçoit plus de sept récompenses à différents festivals de films internationaux, comme ceux de Deauville et Busan.



Il met en scène les actrices Chun Woo Hee (The Atypical Family, Delightful Deceitful, Be Melodramatic), Jung In Sun (My Heart Puppy, Welcome To Waikiki, Terius Behind Me), Chae So Young (The Package, Dae Jang Geum, The Temperature Of Love) ou encore Lee Young Ran (Exhuma, Bulgasal, Nice Guy).
Résumé de l’affaire du viol collectif de Miryang
L’affaire du viol collectif de Miryang : les faits
En 2004, la Corée du Sud est bouleversée par un fait divers sans précédent.
Dans la province du Gyeongsang du Sud, une jeune fille de 14 ans vient à la rencontre de lycéens après avoir fait connaissance par téléphone. Cet événement marque le début de l’horreur ! Cette jeune fille se retrouve violée par un groupe de lycéens qui filme la scène dans le but de la faire chanter. Après cela, la jeune adolescente retourne voir ses assaillants et est contrainte à ramener sa sœur de 13 ans ainsi que deux autres adolescentes de 16 ans.
Selon la police, cette jeune adolescente aurait été violée collectivement à dix reprises par des lycéens agissant en groupe sur une période de 11 mois. Toujours selon le rapport de l’enquête, les deux adolescentes plus âgées auraient été victimes des mêmes actes. La jeune sœur de 13 ans aurait quant à elle subi des agressions sexuelles qui ne seraient pas allées jusqu’au viol (attention, l’utilisation du conditionnel est importante, car, concernant la benjamine, les faits sont incertains). Pour ce qui est du nombre de victimes dans cette affaire, il monterait jusqu’à cinq. En effet, une autre jeune fille sans lien avec les précédentes aurait, elle aussi, été abusée. Par ailleurs, les agresseurs auraient également extorqué de l’argent à leurs jeunes victimes.
C’est un groupe d’au moins 41 lycéens qui sont par la suite mis en cause dans cette affaire, sans mise en détention. Le nombre réel d’agresseurs pourrait cependant monter jusqu’à 120, selon les différentes sources.
Une controverse policière au cœur de l’affaire Miryang
L’affaire du viol collectif de Miryang est à l’origine d’une autre controverse : les méthodes de la police.
L’institution a failli à son devoir de protection des victimes à plusieurs reprises, notamment :
- En laissant fuiter leurs identités, permettant aux familles des agresseurs de les menacer devant le poste de police,
- En les contraignant à identifier leurs agresseurs en face-à-face, et non derrière un miroir sans tain,
- En refusant de respecter leur souhait d’être interrogées par une policière et non un policier,
- Et en laissant les agents de police avoir des remarques déplacées lorsqu’ils interrogeaient les victimes, les faisant culpabiliser.
Le scandale de ce mauvais traitement a été rendu public grâce au dépôt de plaintes de la mère de deux victimes. Cette polémique a conduit les autorités à se saisir de l’affaire. Ainsi, la Haute Cour de Séoul a statué pour les victimes et a demandé un dédommagement de 30 millions de wons (19 115,33 €) pour chacune des deux sœurs et 10 millions de wons (6 371,78 €) pour leur mère.
Le tribunal déclare, en réponse à cette décision, « Il est évident que les victimes ont été humiliées et insultées par les remarques des responsables de la police. […] Demander aux victimes d’identifier leurs agresseurs parmi les 41 suspects alignés directement devant elles constitue également une violation du règlement de la police visant à protéger leurs droits. »
Les conséquences sur les victimes
L’impact de ce crime sur les victimes est inimaginable. En revanche, cette gestion plus que discutable de l’affaire par la police a, elle aussi, eu des conséquences directes sur la psyché des victimes. L’une d’elles a été reconnue comme souffrant de plusieurs troubles, tels que du stress post-traumatique, une dépression majeure, un trouble panique avec agoraphobie, un trouble anxieux généralisé et un trouble de l’alimentation. La gestion de l’affaire du viol collectif de Miryang a fait défaut aux victimes tant par la gestion de la police que par celle du bureau du procureur. Ces jeunes victimes n’ont été épargnées à aucun moment.
« Lorsque les victimes sont des adolescents, il est encore plus nécessaire de les protéger. En cas de confrontation directe avec les suspects, elles peuvent subir de plus grands dommages […]. » déclare un médecin sur l’affaire.
Qu’en est-il des suspects du viol collectif de Miryang ?
Bien que la cour ait tranché en faveur des victimes concernant la maltraitance de la police, celle-ci n’a reconnu aucun des accusés comme coupable.
Une partie d’entre eux a été jugée par le tribunal des enfants, tandis que l’autre s’est retrouvée avec un abandon des charges. Pour les dix lycéens accusés de viol en réunion, les procureurs ont demandé des peines allant de deux à quatre ans de prison, avec un sursis de un à trois ans.
La cour, elle, a choisi de ne pas les renvoyer devant le tribunal pour enfants et d’abandonner les charges au vu du jeune âge des accusés. De plus, leur admission à l’université ou le fait que certains d’entre eux avaient trouvé un travail dès la sortie du lycée ont fait pencher la balance en leur faveur. Finalement, seulement cinq des inculpés seront envoyés en centre de détention pour mineurs, mais aucun d’entre eux ne sera reconnu coupable.
La réaction des familles des accusés et l’impact sur la loi
Comme dit précédemment, certaines familles des accusés sont allés jusqu’à proférer des menaces envers les jeunes victimes et leurs familles. Lors d’une interview télévisée, le parent de l’un des agresseurs revendiqua : « Pourquoi devrions-nous nous sentir désolés pour la famille des victimes ? Pourquoi ne tenez-vous pas compte de notre souffrance ? Qui peut résister à la tentation quand des filles essayent de séduire des garçons ? Ils auraient dû dire à leurs filles comment se comporter pour éviter ce genre d’accident »
Depuis 2013, le gouvernement sud-coréen impose des cours aux délinquants sexuels ainsi qu’à leurs parents. Ceci rentre dans un effort gouvernemental pour éviter la récidive et protéger au mieux les victimes.
Kim Yoon-kyung, responsable de la division de la protection des jeunes contre les crimes sexuels du ministère de l’égalité des sexes, déclarait en 2013 : « […] Il est en fait courant que les parents de délinquants sexuels juvéniles ne soient pas conscients de ce qu’est ou signifie la violence sexuelle. Ils peuvent également se sentir défensifs à l’égard de leur enfant et en colère qu’il puisse être accusé d’un tel crime. Et c’est pourquoi les jeunes délinquants et leurs parents doivent être éduqués ensemble. »
Pourquoi le film semble traiter de cette affaire ?
Est-il possible de séparer le film de l’affaire du viol collectif de Miryang en 2004 ? Bien que le réalisateur n’ait jamais confirmé que le film était une adaptation ou du moins, était inspiré de ce fait divers, beaucoup de détails ne peuvent que nous rappeler Miryang, à commencer par le contexte de l’histoire : on suit Han Gong Ju qui est subitement transférée dans un nouveau lycée à la suite d’une affaire dont on ne sait rien. Puis, à mesure que le film avance, les réminiscences deviennent plus claires : Han Gong Ju a été violée sur une période prolongée par 40 lycéens.
Comment ne pas comparer cette histoire avec l’affaire du viol collectif de Miryang où 41 lycéens ont été mis en cause ?
De plus, l’acharnement des accusés et leurs familles sur la victime est semblable à l’affaire réelle. La preuve en est cette jeune adolescente qui a dû quitter son école, car elle souffrait de la visite répétée des parents des accusés dans sa classe. Une scène similaire apparait d’ailleurs dans A Cappella.
Ce n’est pas tout : dans le film, les familles des accusées cherchent à faire signer un accord pour que l’affaire n’aille pas jusqu’au tribunal, ou du moins, pour convaincre les procureurs et juges de diminuer les charges.
Dans la même lignée, un homme divorcé et alcoolique a conduit sa fille à signer un contrat reconnaissant devant le tribunal qu’elle était amoureuse d’un de ses violeurs contre la modique somme de 45 millions de wons (environ 28 673 € aujourd’hui). Sous la pression, la jeune fille accepte, ce qui permet à la plupart des suspects d’être libérés.
Le film nous présente aussi bien la souffrance et la pression subies par Han Gong Ju face à ses parents sans vergogne. De plus, la situation familiale de Han Gong Ju semble étrangement comparable à celle de la véritable écolière. Dans le film, le père de l’héroïne est alcoolique et privilégie son intérêt personnel contre la dignité et la sécurité de sa fille.
Enfin, dans A Cappella, la meilleure amie de Han Gong Ju, elle aussi victime, se suicide suite à la révélation de l’affaire. Une fois de plus, cela nous ramène au souvenir de cette victime s’étant donné la mort au lendemain de la prise en charge médiocre de la police et de la médiatisation de l’affaire.
De mon point de vue, les corrélations entre le film et l’affaire du viol collectif de Miryang sont indéniables.



Conclusion
Le viol collectif de Miryang a déjà eu droit à des adaptations cinématographiques reconnues comme Poetry de Lee Chang Dong en 2010 et Don’t Cry Mommy de Kim Yong Han en 2012.
Tandis que les films cités précédemment s’attardaient sur l’entourage de la victime et/ou de l’agresseur, A Cappella prend le parti de suivre la victime et de nous montrer la résilience dont elle fait preuve.
A Cappella n’est pas juste une potentielle adaptation d’un fait divers violent, c’est aussi un film d’une justesse et d’une poésie incroyable ! Les musiques et la cinématographie sont mises à profit de l’émotion que la scène veut nous véhiculer. Même si le sujet abordé est difficile, A Cappella réussit à nous captiver de bout en bout et à nous saisir aux tripes grâce à ses nombreuses nuances.
De plus, cette volonté de s’attarder sur la victime et de nous présenter son « après », nous montre à quel point Han Gong Ju est une femme résilience et forte ! Le film nous témoigne que, même si l’horrible nous arrive, il ne faut pas que notre vie s’arrête ! Nous sommes victimes et pas l’inverse, nous n’avons pas choisi de subir et surtout, nous ne devons pas continuer de subir ! Bien sûr que le chemin sera long et difficile, mais la lumière nous y attend au bout.
A Cappella ne réduit pas l’horreur de ce viol en réunion, mais offre l’espoir aux victimes que leur vie ne se réduit pas à cette agression. Pour Han Gong Ju, la vie est soit une nage, soit une baignade. Ainsi, ce qui nous marque après le visionnage du film, c’est la volonté de vivre de l’héroïne et non pas son désespoir.
Si vous avez aimé A Cappella, je ne peux que vous recommander le film Hope de Lee Joon Ik qui, à mon sens, nous procure ce même sentiment de résilience et d’espoir. Attention, la thématique du film reste encore une fois sensible, d’autant plus qu’il s’agit d’une adaptation d’un fait réel.



Sources : The Korea Herald (1).(2).(3).(4) ı Chosun Media ı Deutsche Welle ı Dong.A ı Korea JoongAng Daily ı Hancinema ı Mydramalist ı SensCritique ı KoBiz
Sources images : Hancinema ı SensCritique ı KoBiz
Traduction anglais > français : K.Owls





