« Séoul, capitale mondiale des études confucéennes. » C’est notamment sur cette phrase d’Alain Delissen que s’ouvre le livre d’Isabelle Sancho, Confucianisme, la voie coréenne. Loin d’être une simple formule, cette expression reflète la place centrale qu’occupe le confucianisme dans l’histoire et la culture de la Corée.
« Un mot étrange et faussement familier »
Tradition morale, philosophique et politique, le confucianisme peut nous sembler lointain, presque figé, enraciné. Pourtant, des fondamentaux au mot de la fin, c’est toute la vitalité d’un enseignement que met en lumière Isabelle Sancho dans son ouvrage.
Historienne au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), Isabelle Sancho consacre ses travaux à l’étude des textes coréens rédigés en chinois classique et à la figure des lettrés de Joseon. Avec cet ouvrage, elle nous invite à rencontrer les textes et les personnages dont l’encre, les actions et les paroles ont construit l’histoire du confucianisme coréen.
Le confucianisme n’est pas une croyance, c’est une philosophie née en Chine qui valorise l’harmonie sociale fondée sur la vertu, le respect des hiérarchies, la piété filiale et l’éducation : « une voix à écouter » et « un modèle à imiter ». En Corée, le confucianisme a profondément structuré la société, la pensée et le pouvoir politique.
Le pari de cet ouvrage est de montrer qu’un sujet aussi complexe que le confucianisme peut être facilement compris lorsqu’il est déconstruit puis réassemblé petit à petit. Il faut passer par les fondements du confucianisme pour apprivoiser « l’acclimatation coréenne » et comprendre le lettré, seonbi, figure morale centrale en Corée, à la fois érudit et modèle de vertu confucéenne.
La Voie coréenne
Loin d’être une simple copie du modèle chinois, le confucianisme coréen s’est bâti selon un long chemin d’appropriation, d’interprétation et de transformation. Il devient, sous la dynastie Joseon, la pensée à suivre, la voie à prendre, au point de s’enraciner profondément dans les structures politiques, sociales et intellectuelles du pays. Cette philosophie, d’abord étrangère, a ainsi donné naissance à un confucianisme proprement coréen, porté par des figures locales, des débats originaux et des pratiques rituelles.
Illustré par les portraits de nombreux lettrés coréens, l’ouvrage présente les multiples voix qui ont façonné la voie coréenne du confucianisme. Hommes instruits appartenant à la classe des Yangban, les lettrés confucéens aspiraient à servir le Royaume avec morale, intégrité et sagesse, ils étudiaient les textes classiques avec droiture et dans l’ambition de les transmettre à leurs disciples.
Remplaçant le bouddhisme, le confucianisme devient une véritable doctrine d’état pour le Royaume Joseon : les rites royaux se transforment, l’examen d’état apparaît, de nombreuses académies privées sont fondées par des lettrés confucéens…
Le confucianisme comme mode de vie
Progressivement, sous l’ère Joseon, en plus d’être le mot d’ordre de l’état, le confucianisme devient un véritable mode de vie. Il promulgue une société parfaitement organisée dans laquelle chacun possède une place bien définie. Selon l’enseignement de Maître Kǒng, Confucius, cinq relations fondamentales structures alors la société : la loyauté du sujet envers son roi, la piété filiale de père en fils, le respect mutuel et hiérarchisé entre un mari et sa femme, le respect entre aîné et cadet ainsi que la confiance réciproque entre amis.
Pratique centrale dans le confucianisme coréen, le culte des ancêtres prend également racine dans la société de Joseon. Suivant les principes de la piété filiale, les enfants doivent respect, obéissance, soin et fidélité à leurs parents même après la mort.
De plus, le fondement d’une bonne société et d’un bon gouvernement passe désormais par l’étude attentive des lettrés classiques confucéens mais aussi la maîtrise de soi, la sincérité et la recherche du bien commun. Dorénavant, le quotidien du peuple de Joseon est rythmé par un ensemble de règles de comportements et de cérémonies : les rites.
Confucianisme et modernité
Bien que parfois invisible, les valeurs et enseignements confucéens sont, encore aujourd’hui, ancrées dans les moeurs sociales. Le respect de l’autorité et des aînés reste notamment très présent et le langage même reflète cette tradition. L’importance de la famille et de l’éducation est également très centrale dans la société coréenne d’aujourd’hui. Cela peut expliquer, entre autres, la pression et les attentes qui entourent les étudiants coréens de nos jours.
Les relations sociales codifiées et la forte culture de loyauté envers l’entreprise dans le monde du travail coréen peuvent, au même titre, s’expliquer par l’héritage confucéen de cette société.
Progressivement, une tension s’installe entre notre modernité et l’héritage profond du confucianisme coréen, notamment avec les jeunes générations. Certaines traditions confucéennes ancrées dans la société coréenne entrent en conflit avec les convictions contemporaines comme l’égalité des genres ou le droit à l’individualité.
« La littérature a pour fonction de véhiculer la Voie » : La Voie de la découverte
Ce livre ouvre une porte vers un univers souvent méconnu, donnant véritablement envie d’aller plus loin dans la découverte du confucianisme coréen. Isabelle Sancho ne se contente pas d’expliquer : elle invite le lecteur à poursuivre son exploration grâce aux nombreuses sources citées et aux documents en annexe, véritables trésors pour qui souhaite approfondir ses connaissances. Ces ressources font de l’ouvrage un guide précieux, tant pour les novices curieux que pour les passionnés désireux de mieux comprendre les racines et les évolutions de cette tradition vivante.
Où trouver Confucianisme, la voie coréenne ?
Isabelle Sancho, Confucianisme, la voie coréenne, Collection Essais, Atelier des Cahiers, 2025, 352 pages, 22 euros. (ISBN : 9791091555876)
Source image : Atelier des cahiers


