Aux confins du mythe et de l’Histoire, la Corée ancienne s’est bâtie sur des récits de dieux, d’œufs d’or et de rois fondateurs. De Goguryeo à Silla, de Baekje à Gaya, chaque royaume naît d’une légende qui éclaire encore aujourd’hui l’identité coréenne.
À l’aube de la Corée
À la suite du royaume Gojoseon se déploie la période dite des Trois Royaumes du Ier siècle avant notre ère au VIIe siècle. Trois royaumes qui étaient en fait quatre : Goguryeo prend forme au nord de la péninsule, Baekje au sud-ouest, Silla dans la plaine de Gyeongju et la confédération de Gaya au sud. Une période profondément marquée par des rivalités constantes mais aussi par un profond développement culturel, politique et militaire.
C’est à cette époque que naissent les grandes figures fondatrices, entre Histoire et légende, qui continuent de nourrir l’imaginaire coréen d’aujourd’hui.
Jumong, entre mythe et royaume
Le roi Jumong, fondateur de Goguryeo, reçut le surnom de « fils du soleil », reflet de sa naissance.
Yuhwa, concubine du roi de Buyeo, royaume au nord de la Mandchourie, fut expulsée du palais lorsque sa relation avec Haemosu, fils du dieu du ciel, fut découverte. Le roi Geumwa la rencontra à nouveau et la fit enfermer. Malgré tout, la légende raconte que la lumière du soleil continua de la suivre et qu’elle donna naissance à un gros œuf en 58 avant notre ère.
Geumwa essaya tant bien que mal de détruire l’œuf mais à chaque tentative, les animaux le protégeaient avec précaution. Il accepta finalement de rendre l’œuf à Yuhwa et quelques semaines plus tard, l’œuf laissa place à un enfant.
Particulièrement doué à l’arc, l’enfant se faisait surnommer Jumong, nom qui était attribué aux archers du royaume de Buyeo. Le fils aîné du roi Geumwa, jaloux et méfiant vis-à-vis des compétences de celui qui devenait progressivement un jeune homme, complota pour l’assassiner.
Jumong prit connaissance de ce complot et organisa sa fuite avec sa mère, Yuhwa, et quelques soldats et amis. Dans sa fuite, poursuivie par le fils du roi, la petite troupe fit face à un cours d’eau que rien ne semblait pouvoir traverser. Pourtant, rappelant les circonstances de sa naissance, un banc de poissons se rassembla dans l’eau, construisant un pont afin de protéger Jumong.
C’est ainsi que le futur roi parvint à rejoindre le nord de la péninsule coréenne. Avec le soutien de sa femme Soseono, il fonda le royaume de Goguryeo en 37 avant notre ère, très rapidement surnommé « le pays du fils du ciel ». Le roi Jumong se faisait également appeler Dongmyeongseong : la lumière de l’Orient.
Son récit, entre mythe et Histoire, illustre combien les origines des dynasties coréennes sont souvent enveloppées de légendes, mêlant interventions divines et exploits héroïques. Mais si la lumière de l’Orient s’élève au nord de la péninsule, c’est au sud-est que surgira bientôt une autre figure légendaire, née elle aussi d’un récit merveilleux : Park Hyeokgeose, l’enfant-œuf qui deviendra le premier roi de Silla.
Le roi sorti d’un œuf : naissance mythique de Silla
Selon le Samguksagi et le Samgukyusa, recueils de faits et légendes concernant les Trois Royaumes, l’histoire de Silla commença le 1er mars en 69 avant notre ère, alors que six chefs de village se réunissaient à Alcheon afin de choisir un roi et la capitale de leur pays.
Pendant que tous échangeaient, près du puits Najeong, une étrange lumière s’était soudainement mise à briller. Des chevaux s’agenouillèrent devant le puits et un gros œuf fit son apparition, quelques instants plus tard, un jeune garçon en émergea. Sous les yeux des six chefs de village, de nombreux oiseaux et animaux vinrent saluer le garçon et son corps s’alluma à son tour.
Homonyme de « sol », on lui a alors attribué le nom de famille Park, aujourd’hui très répandu en Corée. Quant au prénom qui lui a été attribué, Hyeokgeose, il correspond à « illumination ». Selon le Samgukyusa, il était lui aussi considéré comme l’un des fils du ciel.
Beolgong, l’un des six chefs de village présents à son apparition, l’éleva pendant treize ans. À cet âge, en 57 avant notre ère, Park Hyeokgeose devint le roi du royaume de Silla. Geumseong, aujourd’hui plus connu sous le nom de Gyeongju, devint alors la capitale du royaume.
Très rapidement, Silla fut reconnu comme un état de valeur et de morale : l’apparition miraculeuse du roi Park Hyeokgeose et son règne fondateur posèrent les bases d’un royaume fondé sur la loyauté, la morale et la stabilité. Mais tandis que Silla s’épanouissait au sud-est de la péninsule, une autre dynastie voyait le jour plus à l’ouest. C’est dans cette région que se profile bientôt Onjo, le futur roi de Baekje, dont l’histoire légendaire marquera à son tour l’émergence d’un royaume influent parmi les Trois Royaumes de Corée.
Onjo, des rives du fleuve Han aux murailles de Baekje
Peu avant la fondation du royaume de Baekje, plusieurs groupes quittèrent le royaume de Buyeo pour s’installer dans le centre ouest de la péninsule coréenne. Ces groupes s’installèrent notamment à deux lieux distincts : Michuchol (Incheon) fondée par Biryu et Wiryeseong (Séoul) fondée par Onjo.
Selon certains documents, Biryu et Onjo seraient le deuxième et le troisième fils du roi Jumong. Plusieurs légendes entourent la naissance du roi Onjo, cependant, il pourrait également s’agir d’une conclusion due à la relation fraternelle qu’entretenaient les deux hommes selon les sources.
En 18 avant notre ère, avec seulement dix serviteurs, Onjo décida de s’installer près du fleuve Han et de construire son propre royaume. En premier lieu, le royaume prit le nom de « Sipje » (le pays des dix serviteurs), en l’honneur de ceux qui l’ont accompagné, principale force motrice de cette nation en construction.
Lorsque Biryu se donna la mort après avoir échoué à la construction de son propre royaume, son entourage rejoignit Onjo et ainsi, son royaume fut renommé Baekje. À deux reprises, Baekje fut attaqué par les tribus Malgal mais le roi Onjo mena ses armées et remporta la victoire face à l’envahisseur.
Alors que Baekje s’affermissait au centre ouest de la péninsule sous le règne d’Onjo, la confédération de Gaya se profilait au sud-est. Fondé par Kim Suro, ce royaume se distingue par son rôle stratégique dans le commerce et les échanges culturels entre les différentes régions de la péninsule. Tandis que Baekje consolidait son pouvoir militaire et politique, Gaya allait s’imposer comme un carrefour économique et culturel, illustrant la diversité des trajectoires des royaumes anciens de la péninsule coréenne.
Kim Suro, l’élu des neuf villages de Gaya
42 de notre ère est la date admise pour la fondation de la confédération de Gaya, cependant l’origine de cette date n’est pas connue. Lorsque Gaya n’était pas encore établie, les populations vivaient dans des villages disparates dans la région de Garak.
Selon le Samgukyusa, sur ordre du ciel, de nombreuses personnes gravirent le pic Guji. Alors qu’elles accomplissaient ce rite religieux, un grand vase d’or enveloppé d’un large tissu rouge apparut. Ce dernier contenait six œufs ronds comme le soleil et Suro fut le premier des six à éclore.
Les douze tribus furent alors organisées en six groupes : les six chefferies de Gaya, chacune dirigée par l’un des jeunes hommes venus du vase rouge et doré.
L’œuf d’or est un motif récurrent dans les récits fondateurs coréens : la naissance miraculeuse d’un enfant à partir d’un œuf, souvent entouré d’éléments surnaturels, annonce son destin exceptionnel. La naissance miraculeuse sert alors à légitimer le pouvoir du roi et la fondation du royaume. Au-delà de la légende, ce mythe exprime les idéaux de la société coréenne ancienne : vertu, protection divine et la naissance d’une personne capable d’unifier ou de défendre son peuple.
Dans certains cas, un rapprochement plus historique peut cependant être effectué. Concernant notamment la confédération de Gaya, il est possible que les couleurs du vase soient liées à une population venue du nord dont les couleurs symboliques étaient le rouge et l’or.
Entre mythe et mémoire : l’héritage des Trois Royaumes
À travers ces quatre figures se dessinent les contours de la péninsule coréenne à l’époque des Trois Royaumes et de la confédération de Gaya : des royaumes qui, chacun à sa manière, mêlaient légendes et réalité, pouvoirs divins et dynasties humaines, luttes militaires et développement culturel. Les récits fondateurs de Jumong, Park Hyeokgeose, Onjo ou Kim Suro montrent combien l’Histoire et le mythe s’entrelacent pour légitimer les souverains et structurer la mémoire collective. Plus qu’une simple succession de royaumes, cette période révèle un tissu de valeurs, de croyances et de pratiques qui continueront d’influencer la Corée bien au‑delà de leur disparition.
Sources : 100 Korean heroes and heroines, Center of Korean Spirituality Awakening Movement ISBN 878-89-963357-7-1 03900 l CEFIA l Korea.net
Images : Administration nationale du patrimoine pour l’enfance et la jeunesse l L’Histoire l World History Encyclopedia l World History Encyclopedia





