Le FFCP 2025 s’est tenu du 28 octobre au 4 novembre. Pour fêter sa 20e édition, les anciens films lauréats du prix du public tels que Peafowl, A distant place ou Malmoe ont été diffusés en parallèle de la sélection 2025, permettant à l’organisation de présenter de nouveaux talents ainsi que des réalisateurs ayant déjà fait leurs preuves au festival. Dans cet article, le hiboux Liz va donc revenir sur les films qu’elle a pu voir au cours de cette semaine intense !
Mercredi 29 octobre
3670 de Park Joon Ho
Premier film éligible au prix du public lors de cette 20e édition du FFCP, 3670 était un drame qui suivait Cheol Jun, un réfugié nord-coréen homosexuel de 27 ans essayant de s’intégrer dans la société sud-coréenne malgré sa timidité.
À la découverte de la programmation, j’ai tout de suite été intriguée par 3670 : ayant vu peu de films abordant les réfugiés nord-coréens, j’étais curieuse de découvrir la manière dont un réalisateur sud-coréen pouvait dépeindre leur intégration. En l’occurrence, Park Joon Ho avait déjà réalisé un court métrage se concentrant sur une réfugiée (Eunseo), démontrant sa maîtrise du sujet. Je voulais également voir 3670 car le film abordait la question de l’homosexualité, un sujet encore tabou en Corée du Sud. J’étais donc impatiente de voir comment le réalisateur allait traiter cette forme de « double exclusion », sociale et identitaire.
J’ai passé un bon moment devant 3670. J’ai beaucoup aimé la relation formée entre Cheol Jun et Yeong Jun, qui a réussi à surmonter plusieurs clichés auxquels je m’étais préparée : si l’attitude de Yeong Jun m’a d’abord frustrée, le film a progressivement dévoilé le sens de son action, traduisant une forme de sacrifice pour que le protagoniste puisse voler de ses propres ailes et aller de l’avant. J’ai aussi apprécié le fait que les Nord-Coréens ne soient pas représentés de manière naïve ou manichéenne, à la fois par le réalisateur et par les autres personnages. Cependant, j’ai ressenti une légère déception quant à la faible portée politique du film à propos de l’intégration des personnes homosexuelles en Corée du Sud. Les réalisateurs coréens affirment souvent ne pas vouloir « faire de politique », mais rien que le fait de choisir ce sujet aurait mérité, à mon avis, un engagement plus fort. Or dans 3670, le contexte social est effacé : en dehors d’une brève scène évoquant un départ au Canada, un pays plus tolérant envers les personnes LGBT, le film ne montre jamais concrètement la marginalisation ni l’homophobie auxquelles ces personnages sont confrontés dans la société coréenne, comme s’ils vivaient dans une bulle (même si je reconnais que cela peut être une volonté du réalisateur afin de montrer l’isolement ressenti par Cheol Jun).
Home behind bars de Cha Jeong Yoon
Le deuxième film que j’ai eu l’occasion de voir était le drame Home behind bars. Ce film suit Tae Jeo, une gardienne pénitentiaire dure qui voit ses convictions personnelles et professionnelles brusquement remises en cause après sa rencontre inattendue avec la fille d’une détenue interdite de sortie, Jun Young.
Verdict après une attente sous la pluie, un petit problème technique pendant la diffusion et un retour chaotique à cause des problèmes de transports ? Je trouve que Home behind bars est un très joli film. Dès ses premières scènes, il cherche à nous faire comprendre, à travers un parallèle entre la vie de Tae Jeo et celle de Jun Young, qu’une meilleure place dans la société ne rend pas automatiquement heureux. C’est avec cette idée en tête que j’ai apprécié suivre le parcours presque initiatique de cette gardienne de prison, qui avait mis de côté sa vie personnelle pour se consacrer à son travail, et qui grâce à sa relation avec Jun Young, a semblé reprendre goût à la vie pour être à nouveau capable de sourire et de pleurer. Ce développement m’a d’abord rappelé celui du film It’s OK, où une jeune fille endeuillée se rapproche d’une figure féminine d’autorité vivant seule. Or dans Home behind bars, la relation est moins « réciproque » : si Jun Young semble effectivement retrouver un certain bonheur au contact de la gardienne (ce qui est d’abord dit avant d’être montré, au grand dam du « show, don’t tell »), c’est surtout le parcours intérieur de Tae Jeo que le film explore. Ce déséquilibre m’a un peu perturbé car le sentiment que j’en ai retenu était que Tae Jeo était entrée dans la vie de Jun Young et l’avait transformé sans que cette dernière ne le souhaite, sans se demander si cela ferait plaisir à la jeune fille. Certes, cette relation aura été bénéfique au développement de Tae Jeo, mais qu’en est-il de Jun Young, qui semble presque se sacrifier pour lui faire plaisir ? Une conclusion touchante, mais quelque peu triste également…
Jeudi 30 octobre
Fragment de Kim Sung Yoon
Cette 2e journée du FFCP a débuté avec Fragment, un thriller dramatique ayant fait sensation au festival du film de Busan et présenté comme un mélange entre le revenge movie et le teen movie au FFCP. On y suit en parallèle les épreuves traversées par Jun Gang, lycéen dont le père est en prison et qui cherche à subvenir aux besoins de lui et de sa petite sœur, et par Gi Su, dont les parents ont été tués par le père de Jun Gang.
Moi qui me plaignait du manque d’engagement politique du réalisateur de 3670, me voilà servie ! En effet, bien que ce film soit sympathique, il commence très lentement et sa résolution ne compense pas les autres faiblesses du film. Je pense donc que son succès à Busan doit être lié à son propos, qui nous montre, souligne et rappelle que les préjugés ont la vie dure et que la conformité est de mise dans une société coréenne où les enfants n’hésitent pas à martyriser leurs camarades, où les professeurs ne veulent pas faire de vagues et où des propriétaires virent des enfants innocents de leur logement, parce que leur père est un méchant criminel. On en vient à se demander, pendant tout le film, où sont les services sociaux, qui laissent un collégien et une élève de primaire seuls dans la nature. Je vais tout de même ajouter une petite pointe positive à ce film, dans la mesure où l’actrice qui joue la petite sœur de Jun Gang est parvenue à me faire verser quelques larmes. Le film m’a aussi prise au dépourvu car j’étais persuadée que le professeur principal de Jun Gang, qui cherche à l’aider pendant tout le film, aurait une place majeure dans la résolution. Mais au contraire, la situation finit par s’arranger (provisoirement) grâce à une discussion entre Jun Gang et Gi Su, c’est-à-dire entre les adolescents que tout oppose : le fils de la victime devenu violent et le fils du criminel devenu une victime.
Summer’s camera de Divine Sung
Summer’s camera est le premier long-métrage de Divine Sung. Ce drame romantique suit Yeo Reum (« été » en coréen) qui a arrêté sa passion pour la photographie après le décès de son père. Elle reprend goût à sa passion lorsqu’elle tombe amoureuse pour la première fois d’une autre lycéenne, ce qui l’entraîne à faire une découverte inattendue sur le passé de son père.
Summer’s camera est un très beau film dans lequel j’ai ressenti la passion de la réalisatrice, projetée sur la protagoniste, pour la photographie. Ayant pensé au film Swallow à la lecture du synopsis, je m’attendais à voir de nombreux flashbacks dans ce film. Cela n’a pas été le cas mais j’ai finalement beaucoup apprécié la manière dont le passé était évoqué, à travers des dialogues ancrés dans le présent, portés par des personnages ayant gagné en maturité et en recul sur leur parcours. Si le rythme du film m’a d’abord semblé un peu lent (pour une durée d’1 h 23), j’ai par la suite trouvé qu’il illustrait très bien, notamment grâce à la musique accompagnant Yeo Reum, le chemin de ses pensées et de ses réflexions. J’ai aussi beaucoup aimé la manière dont Summer’s camera a abordé le thème de l’homosexualité. Contrairement à de nombreux films coréens traitant de ce sujet, comme 3670 par exemple, l’homosexualité n’y est pas présentée sous un angle tragique, douloureux ou marginalisant. Ici, il s’agit d’un « non-événement », de quelque chose de normal. Mon impression a d’ailleurs été confirmée lorsque la réalisatrice, lors d’un échange avec le public, a expliqué qu’elle souhaitait faire de son film un safe space pour la communauté queer.
Dimanche 2 novembre
Courts portraits de Yang Ju Yeon
Lors de la séance « Courts portraits », j’ai pu voir plusieurs de ses anciens documentaires : Song of Tomorrow, The trail of grandma’s home et Forty. Alors que le premier suivait des femmes de ménage d’une université rejoignant un syndicat pour faire entendre leurs revendications sociales, les deux autres revenaient sur le soulèvement de Gwangju : d’abord à travers les événements survenus autour de la maison de la grand-mère de la réalisatrice, puis par l’intermédiaire d’interviews accordées à plusieurs personnes ayant connu le soulèvement, dont celui du fils du chauffeur de taxi qui a inspiré le film avec Song Kang Ho.
Bien qu’étant plus attirée à l’origine par les deux derniers documentaires en raison de leur thématique historique, l’approche prise dans Song of Tomorrow de suivre le combat des femmes de ménage sur plusieurs mois, « caméra à l’épaule » pendant leurs réunions et débats à l’université m’a permis de me sentir impliquée dans leur lutte. La Corée restant une société où les syndicats font peur et sont facilement assimilés au communisme nord-coréen, il était d’autant plus satisfaisant de voir des ajummas revendiquer leurs droits sociaux (dont celui de travailler jusqu’à 70 ans au lieu de 62, ce qui n’a pas manqué de faire rire la salle). Les deux documentaires consacrés au soulèvement de Gwangju m’ont plu pour des raisons différentes. The trail of grandma’s home a attiré ma curiosité en prenant pour point de départ une maison, où la réalisatrice a passé son enfance, qui a été témoin des événements de mai 1980 à sa manière et qui reste, en dépit du renouvellement générationnel et des discours médiatiques, une marque indélébile de ce qu’il s’est passé lors de la répression. Un documentaire qui montre par ailleurs que les victimes de ce soulèvement ne sont pas seulement les étudiants qui ont manifesté, mais l’ensemble des habitants de la ville, même ceux qui n’ont été « que » témoins : après avoir vécu la Seconde Guerre mondiale et la Guerre de Corée, ils ont dû surmonter une nouvelle épreuve dans leur vie, qu’ils cherchent à oublier malgré l’omniprésence de symboles commémoratifs. Enfin, j’ai apprécié Forty qui, en 10 minutes, est parvenu à nous rappeler l’importance des témoignages des citoyens, longtemps marginalisés par les discours officiels, mais aussi des arts tels que le cinéma.



My missing aunt de Yang Ju Yeon
J’ai ensuite vu le long-métrage My missing aunt de la même réalisatrice, qui partait sur les traces de sa tante paternelle disparue dont elle ignorait jusque récemment l’existence, dans un documentaire soupoudré de séquences d’animation et nous dévoilant des maux de la société sud-coréenne.
J’ai passé un très bon moment devant ce documentaire, sans m’ennuyer une seule seconde. Alors que je pensais au départ qu’il allait aborder le soulèvement de Gwangju, dans un esprit de continuité avec les documentaires précédents, il n’en était rien ! La recherche d’information par la réalisatrice sur sa tante disparue, déjà très intéressante en elle-même (comment aborder avec ses proches un sujet dont ils ne souhaitent pas se souvenir, lors d’entretiens qui ressemblent à s’y méprendre à des interrogatoires policiers ?), est aussi un prétexte pour mettre en lumière des côtés sombres de la société coréenne tels que l’importance de la conformité, de l’honneur familial avant l’honneur personnel ou du patriarcat… Au fur et à mesure de l’enquête, on comprend grâce aux témoignages d’anciennes connaissances, aux photographies et aux documents (ou plutôt leur absence) que la tante de Yang Ju Yeong, membre d’une minorité au sein d’une société patriarcale, était avant tout victime de cette société qui ne semble toujours pas décidée à changer, 40 ans après. Dans cet esprit, j’ai été marquée par la scène où le père de la réalisatrice parle avec dureté de sa sœur en disant qu’elle « n’avait pas une vie intéressante », puis de sa fille, sans percevoir la violence de ses mots. Face à lui, on ne pouvait que subir le visage émotif de la réalisatrice, qui n’osait pas répondre à son père. Le documentaire se concluait cependant sur une note positive, la réalisatrice ayant confiance en le fait que les droits des femmes et des minorités puisse être autant reconnus que ceux des hommes un jour en Corée.
L’échange qui a suivi avec la réalisatrice, accompagnée de la monteuse et de la directrice animation, nous a permis de mieux comprendre les enjeux du documentaire. Mais surtout, il a été l’occasion de rappeler que ses propos ne se limitaient pas à la Corée mais avaient une portée universelle, dans la mesure où le patriarcat est encore à l’origine de nombreuses injustices, qu’il s’agisse de la marginalisation et de l’invisibilisation des minorités ou encore des trop nombreux féminicides, en Corée comme ailleurs, notamment en France.
Mardi 4 novembre
Cérémonie de clôture
Après une montée sur scène berçée de larmes et de rires des présentateurs, du jury étudiant et du jury professionnel du FFCP, les différents prix du FFCP 2025 ont été révélés.
Le prix Flyasiana du meilleur court-métrage en prises de vues réelles a été remporté par On the crosswalk de Lee Ji Hyang. Le film, diffusé avant The Ugly, est un magnifique court-métrage sur le deuil d’un bébé mort-né, abordant ses conséquences sur la vie de couple mais aussi et surtout le rapport au travail de la femme coréenne, dans un pays où la maternité est encore souvent perçue comme un départ définitif du monde du travail, la fin d’une première vie dans laquelle elle n’est pas censée revenir.
Le prix Kia du meilleur court-métrage d’animation a été remporté par Passing by de Kang Hanna. Le prix Keystone du meilleur scénario a été donné à Empty House de Lee Ye Ji. La mention spéciale du jury étudiant a été décernée à Swapped Funerals de Yang Seung Woo. Le prix du public pour les Shortcuts Kids a été remis à Lily and Pony de Sohn Su Min et le nouveau prix Spicycuts des Strangecuts a été remporté par Planet Spoilia de Lee Se Hyung. Enfin, le public a décidé de récompenser pour cette 20e édition du FFCP le film 3670 de Park Joon Ho.
The Ugly de Yeon Sang Ho
Pour conclure la cérémonie et la semaine du FFCP 2025, nous avons vu The Ugly de Yeon Sang Ho (le réalisateur de Dernier train pour Busan), qui devrait sortir en France en mars 2026. Le film suit Dong Hwan, fils d’un artisan aveugle, après qu’il a appris la découverte du corps de sa mère, disparue quarante ans plus tôt.
Je n’avais pas lu beaucoup d’informations sur The Ugly avant de le voir et je m’attendais à un thriller assez violent, dans la même veine que The truth beneath. Mais finalement, j’ai bien plus apprécié The Ugly que prévu ! Ce film d’enquête, sans être un film policier, m’a rappelé le documentaire My missing aunt à plusieurs égards. On y suivait une personne découvrant l’existence d’une membre de sa famille disparu depuis longtemps, que tout le monde avait oublié ou évoquait de manière péjorative. Comme dans My missing aunt, le spectateur et Dong Hwan réalisent très vite que cette femme était en réalité victime d’une société coréenne patriarcale dans laquelle il ne faut pas faire de vagues. Dans The Ugly cependant, l’accent est aussi mis sur la perception sociale des individus, mettant en lumière la cruauté humaine. Bien que certains développements autour du père de Dong Hwan soient prévisibles, je m’attendais, peut-être par naïveté, à ce que le personnage soit plus positif, moins cruel. Je me suis également reconnue dans le personnage de la journaliste, que je trouvais d’abord trop intrusive, révoltée face au comportement de Dong Hwan lorsqu’il refuse de se remettre en question face à une vérité trop difficile à admettre. Les dernières secondes du film offrent cependant une conclusion plus ouverte et optimiste, montrant que, comme dans My missing aunt, l’espoir reste possible. J’ai donc passé un très bon moment en regardant The Ugly, un film devant lequel on ne s’ennuie pas et dont on sort à la fois incrédule et triste.
Remerciements
J’aimerais remercier l’ensemble des bénévoles du FFCP sans qui ce festival n’aurait pas jamais pu connaître un si beau parcours et nous proposer une telle expérience à Paris, ainsi que K.Owls pour m’avoir permis de couvrir le festival cette année !

