En Corée du Sud, l’université est un facteur de mobilité sociale, de prestige et de stabilité professionnelle. De ce fait, la compétition a toujours été rude pour accéder aux meilleures institutions du pays. À l’approche de la rentrée universitaire de mars 2026, une réforme vient rebattre les cartes, avec des restrictions inédites envers les élèves violents lors du processus d’admission.
Une réforme dans un contexte de montée de la violence scolaire
Cette réforme voit le jour alors que la visibilité de la violence scolaire en Corée explose dans le pays et autour du monde. Par le passé, cette violence était souvent minimisée et résolue de manière interne entre les enseignants et les élèves afin d’éviter les sanctions formelles. Mais avec l’influence croissante des webtoons, films et séries mettant l’accent sur ces violences (The Glory), l’indignation n’a fait que croître face à ce type de comportement. Plus de 7 400 cas de violences scolaires ont été recensés en 2024, soit une hausse de 27,6 % par rapport à 2023, une augmentation qui peut être interprétée comme une hausse réelle, mais aussi comme une libération de la parole.
Cette réforme fait également suite à un débat public concernant le fils d’un ancien procureur, admis à l’Université nationale de Séoul en 2023 bien qu’ayant été précédemment transféré pour harcèlement envers un camarade de classe. Cette admission, révélatrice d’un système protégeant les élèves influents, avait aussi mis en avant le fait que les familles cherchaient à supprimer les inscriptions de violences des dossiers scolaires, niant les souffrances des victimes.
Il existe 9 niveaux de sanctions pour les violences scolaires. Les sanctions des niveaux 1 à 3 (excuses écrites, interdiction de contact, service scolaire) peuvent être effacées des dossiers scolaires après leur exécution. Celles des niveaux 4 et 5 (service communautaire, thérapie) sont visibles deux ans après la fin du lycée. Celles de niveau 6 à 8 (suspension, changement de classe, changement d’établissement) sont visibles quatre ans, et celles du niveau 9 (expulsion) sont permanentes. À partir de 2026, toutes les sanctions des niveaux 6 et supérieurs devront être inscrites dans les documents consultés par les universités, toutes filières confondues.

Quels sont les premiers effets de cette réforme ?
Certaines universités ont commencé à appliquer des restrictions envers les élèves harceleurs fin 2025 et les premières statistiques révèlent déjà une rupture nette avec les années précédentes. Près de 400 dossiers ont été étudiés pour violences scolaires, et 298 d’entre eux ont été refusés par les universités, soit environ 75 %. Plus précisément, le taux de rejet oscille entre 73,5 % pour les admissions sur dossier et 96,3 % pour les admissions régulières par examen (suneung).
Parmi les universités les plus strictes, on retrouve l’Université nationale Kyungpook à Daegu, qui a introduit un nouveau système à points : malus de 10 points en cas de sanctions de niveau 1 à 3, de 50 points en cas de sanctions de niveau 4 à 7, et de 150 points pour des sanctions des niveaux 8 et 9, quelle que soit la filière concernée. Résultat, 22 étudiants ont vu leur dossier refusé par l’université pour ce motif, ce qui constitue le record national. À l’Université nationale de Pusan, certains dossiers ont été déduits de 800 points sur 1 000. En outre, une politique de tolérance zéro a été instaurée dans les universités destinées à former des enseignants, excluant automatiquement tout antécédent.
Certaines universités ont été plus clémentes, comme l’Université nationale Chonbuk à Jeonju, qui a enlevé jusqu’à 50 points par dossier. D’autres n’ont rejeté aucun élève pour violences scolaires, limitant pour 2025 les restrictions aux filières spéciales.

Débats sur la place de la violence scolaire dans les admissions
Cette réforme s’appuie sur de nombreux arguments. En effet, avec la libération de la parole, la violence scolaire est de plus en plus reconnue comme une atteinte à la société, une violation des droits humains. Les universités décident alors d’affirmer leur responsabilité morale pour dissuader les élèves violents et les pousser à faire attention à leur comportement. La prise en compte de ces violences dans les dossiers scolaires illustre également la reconnaissance des victimes, qui continuent souvent de souffrir pendant de longues années après les faits.
Cependant, certaines voix élèvent des critiques. Tout d’abord, les inégalités sociales et de richesse risquent de mener à des « bras de fer judiciaires », avec une hausse des recours juridiques par les familles aisées qui chercheront à contester les sanctions, ne faisant que prolonger la douleur des victimes. Cette réforme pourrait également engendrer une disparité entre les violences scolaires et les crimes de mineurs, certains délits graves n’apparaissant pas dans les dossiers scolaires. Des avocats alertent ainsi sur un risque d’incohérence dans la répartition des sanctions.
Cette réforme devrait ainsi ouvrir la réflexion sur l’instauration d’un système équilibré. Selon certains, celui-ci ne devrait pas omettre le droit à la réhabilitation et à l’importance de ne pas définir une personne par une seule faute. Dans cette optique d’approche restaurative, l’Université nationale de Pusan a mis en place une étude sur le possible rôle des conversations guidées, de la médiation, de l’empathie renforcée et de la diminution des conflits. L’objectif serait de remplir une double exigence : garantir la justice pour les victimes et permettre un avenir aux auteurs de violences, en combinant les sanctions et la rédemption.
Sources : Edu Live | Ewha Voice | The Chosun Ilbo | The Korea Herald | Wake Up
Sources images : Cosmopolitan | Erudera | Mashable

