Une des particularités de la dynastie Joseon, c’est qu’elle avait à cœur de coucher par écrit absolument tout. Le travail des historiographes royaux fait aujourd’hui le bonheur des historiens qui peuvent accéder facilement et dans le détail à la vie quotidienne du royaume grâce à ces registres royaux. Les hiboux de Korea’s Owls vous font découvrir trois monuments de l’historiographie coréenne. Classés au patrimoine de la Mémoire du monde de l’UNESCO, ces livres sont de précieux trésors.
Les annales de la dynastie Joseon (조선왕조실록 | 朝鮮王朝實錄)
Rédigées à la mort du roi, les annales de la dynastie Joseon avaient pour objectif de retranscrire post-mortem la vie et les actions du défunt monarque. Cette pratique, originaire de Chine où elle porte le nom de Shilu (皇帝實錄), est affermie en Corée par la dynastie Goryeo. Le bureau des chroniques Sagwan (史館) avait alors pour mission de répertorier la vie des rois. Malheureusement, une invasion Khitan en 1011 puis les récentes guerres modernes ont achevé de détruire les annales de la période Goryeo. C’est pourquoi aujourd’hui seules restent celles de la dynastie Joseon.
Fonctionnement des annales de la dynastie Joseon
L’écriture des annales porte le titre de sillok. Dans un sillok, on enregistre les événements survenus en suivant l’ordre chronologique. Pour ce faire, les rapports qui ont été soumis pendant le règne du dirigeant sont étudiés et retranscrits. La collection des annales de la dynastie Joseon couvre la vie des 25 premiers monarques de la dynastie. Le roi Gojong et son fils l’empereur Sunjong ont reçu un traitement particulier. En effet, leurs annales furent rédigées pendant la période de la colonisation japonaise. Or, à cette période, le pouvoir de la dynastie Joseon était déjà éteint. Le processus de retranscription ne suivait pas les règles établies dans la confection des sillok classiques. C’est pourquoi les historiens étudient avec plus de distance les faits exposés comme véritables dans les sillok des deux derniers rois.
En 1997, les annales de la dynastie Joseon furent inscrites au programme de la Mémoire du monde de l’UNESCO. Les textes étant rédigés en Hanja, des versions en coréen moderne ont été éditées. Ce travail s’est soldé par l’accessibilité, en 413 volumes, des textes historiques coréens.
Sources : UNESCO | Sillok History |Reporter Korea
Seungjeongwon Ilgi, les journaux du secrétariat royal (승정원 정원)
Si les annales de la dynastie Joseon retranscrivent les actions des rois après leur mort, les journaux du secrétariat royal, eux, récoltent au jour le jour le vécu de la cour. Débutés en 1623 sous le roi Injo, les journaux du secrétariat royal comprennent 3 245 livres. Il est ainsi l’un des plus larges rapports historiques au monde. En effet, les secrétaires royaux et les scribes prenaient une grande quantité de notes basées sur l’observation attentive du roi.

Classés à l’UNESCO depuis septembre 2001, les documents ont été matérialisés et rendus accessibles à tous, permettant de devenir l’une des meilleures sources pour les auteurs de fictions historiques.
Sources : UNESCO | Kyujanggak | Daum
Les uigwe (의궤) , protocoles royaux de la dynastie Joseon
Les uigwe sont le troisième volet de registres royaux coréens classés à la Mémoire du monde de l’UNESCO. Ils concernent les protocoles royaux de la dynastie Joseon et expliquent les codes en usage à la cour royale d’alors.
Basés sur le dessin et le texte, les uigwe relatent les événements officiels de la cour ou les affaires liées aux constructions dans le pays. Les mariages royaux, les parades et les cérémonies de la cour y sont retranscrits. Cela dit, les scribes étaient aussi mandatés aux quatre coins du pays pour relever les événements. La valeur historique de ce travail ethnographique en fait un objet essentiel à la compréhension de l’histoire coréenne.
Fonctionnement des protocoles royaux de la dynastie Joseon
Le processus de création des uigwe obéit à des règles strictes. Le scribe mandaté relève et répertorie un événement puis envoie immédiatement son rapport au roi. Une copie est conservée dans le département d’État et les archives historiques. Le niveau de détails attendus va de l’ordre royal jusqu’aux actions effectuées par les serviteurs.
Aujourd’hui, seuls 654 rapports, soit 3 895 livres, ont survécu au chaos de l’histoire coréenne. 191 d’entre eux furent d’ailleurs volés lors de l’expédition en Corée du contre-amiral Roze en 1866. Ils restèrent en France pendant plus d’un siècle, ce qui a paradoxalement permis de sauver une partie de la mémoire coréenne. Ils furent classés à la Mémoire du monde de l’UNESCO en juin 2007.
Sources : UNESCO |Kyujanggak
La Corée, un pays des sciences de l’Histoire
À travers ces trois registres, on peut mieux appréhender l’importance qu’accordaient les Coréens de l’ère Joseon à la mémoire. Étonnement, les trois registres royaux évoquent des méthodologies des sciences sociales contemporaines. Les annales de la dynastie Joseon résultent de pratiques d’historiographie. Les journaux du secrétariat royal et les protocoles royaux reposent sur des relevés ethnographiques. Ainsi mêlant retranscriptions post-mortem, retranscriptions quotidiennes et relevés détaillés, les registres royaux de l’ère Joseon montrent comment la Corée confucianiste avait développé une science de l’Histoire à nulle autre pareille.
La Corée contemporaine, prise dans l’élan de la productivité, peine encore à renouer avec ses pratiques millénaires d’historiographie. Encore entachée par la colonisation japonaise puis la guerre civile et la séparation, la péninsule réinvestit progressivement son histoire. Depuis les années 1990, l’archéologie est en plein essor. La redécouverte des registres royaux que tous pensaient perdus a participé à ce nouvel élan historiographique. Cette passion se retranscrit dans les nombreux dramas, manhwas et romans historiques qui abondent depuis plusieurs années.
Article rédigé par Casado Hélène.





