Vous n’êtes certainement pas sans savoir que cette année, nous avons fêté le centenaire du mouvement d’indépendance en Corée (1er mars 1919) qui a eu lieu lors de la colonisation japonaise (1910-1945). Mais ce n’est finalement pas la seule chose qui fête son centième anniversaire en 2019 puisque c’est également celui de la première migration coréenne en France.
Pour ceux qui ne sont pas très à l’aise avec l’histoire de la Corée, voici une petite piqûre de rappel.
Remise en contexte : la colonisation japonaise (1910-1945)
En annexant la Corée en 1910, le Japon exerce sur elle un pouvoir répressif dans le but d’en faire une « région » du Japon. Le pays du soleil levant instaure alors une politique de conversion du peuple coréen à la langue et aux coutumes japonaises, et c’est autant socialement, politiquement, qu’économiquement que la Corée adopte les « manières de faire » japonaises. Les coréens, bien décidés à défendre leur patrie, entament donc des manifestations dans tout le pays qui donnèrent naissance, le 1er mars 1919, au mouvement d’indépendance. À la suite de ces événements, est créé en avril 1919 le gouvernement provisoire coréen à Shanghai, en Chine, qui se proclame « République de Corée » et revendique l’indépendance de la Corée.
La première migration coréenne vers la France
Ainsi, de ces mouvements de révolte est née la première migration de coréens en France. En effet, en menant des activités anti-japonaises, certains ressortissants coréens ont dû fuir leur pays. Une partie d’entre eux est arrivée dans l’hexagone en 1919 mais ils avaient déjà quitté leur pays quelques années auparavant et ont vécu divers événements avant d’arriver dans notre pays.
C’est ainsi qu’a eu lieu, le 1er novembre 2019, la célébration du centenaire de l’arrivée des premiers coréens en France, organisée par l’Association des Résidents Coréens en France (A.R.C.F – en coréen 프랑스한인회). Cet événement s’est déroulé dans la petite ville de Suippes, dans la Marne, et cet endroit n’a pas été choisi au hasard.
Laissez-moi vous en compter l’histoire.
HONG Jae Ha : l’histoire d’un résistant coréen méconnu
Tout commence en 2018, lorsque Jean-Jacques Hong FUAN, fils de HONG Jae Ha, retrouve et trie des documents de son père ; ce dernier fut l’un des premiers immigrés et indépendantistes coréens. Ces papiers permirent de retracer l’histoire et la fuite de monsieur HONG. On apprend alors qu’après s’être réfugié en Russie en 1913, puis en Écosse, le résistant a été envoyé en 1919, avec trente-quatre (ou trente-sept, on ne sait pas exactement) autres coréens, pour travailler en France afin d’éviter d’être rapatrié en Corée. Plus particulièrement, il a œuvré à Suippes afin d’aider à exhumer les corps et à reconstruire le territoire qui avait été dévasté à la suite de la première Guerre Mondiale. Tout en faisait ce travail éreintant, et bien qu’il soit à 9000km de son pays, HONG Jae Ha n’a jamais cessé son combat pour l’indépendance de sa patrie et a mis en œuvre divers projets pour la soutenir. Il a notamment levé des fonds afin d’aider le mouvement d’indépendance grâce à ce qu’il gagnait en effectuant les travaux de reconstruction. Il a également participé à la création du Conseil des Coréens de France, qui fut la première association coréenne du pays et dont il fut le deuxième président.

C’est donc ainsi qu’a été déterré une partie de l’histoire qui était, jusqu’à l’année dernière, totalement inconnue autant en France qu’en Corée. HONG Jae Ha fut une figure exemplaire du combat pour l’indépendance du pays du matin clair et la reconnaissance de ses actes n’arriva que trop tardivement.
Cependant, Monsieur Hong a reçu à titre posthume, par le biais de son fils, une décoration d’honneur « l’ordre du Mérite « Aejok » pour la fondation nationale » attribuée par le président sud-coréen Moon Jae-in en personne le 15 d’août 2019, jour de célébration de l’indépendance de Corée (광복절).

Journée de commémoration – 1er novembre 2019
À l’occasion de ces découvertes, l’A.R.C.F. a décidé d’offrir un mémorial à la ville de Suippes – qui fut donc la première ville de France a accueillir des coréens – et d’y organiser également une journée exceptionnelle. Durant cette journée commémorative nous avons pu assister à l’inauguration de ce monument, à un discours prononcé par les officiels présents (l’Ambassadeur de la République de Corée en France, le Président de Overseas Koreans Foundation, la sous-préfète de la Marne, le représentant de l’Association des Résidents Coréens en France et le maire de Suippes) sur l’histoire de cette migration, suivi d’une représentation du Chœur National de Corée (et c’était franchement magnifique !)

Un documentaire retraçant le parcours de ces résistants coréens venus en France avait également été diffusé le 4 octobre 2019 au Centre Culturel et Associatif de Suippes. Il a été réalisé par KIM Hoochan et se nomme « Suippes et ses mémoires coréennes ».
Si vous voulez en savoir plus sur l’histoire de Hong Jae Ha, vous pouvez consulter les deux liens Yonhap qui se trouvent dans les sources.
Sources : Les discours de événement | Yonhap | Yonhap
Crédits photos : Hyoja-dong Studio (Korea.net) | Odile Longueval (France 3 Régions)
Article de Magen (Mathilde)

