Si vous êtes passé.e.s à côté du phénomène sur les réseaux autour de l’œuvre toute en miroirs, présentée à la Bourse de Commerce à Paris l’année dernière, voici une présentation de l’artiste derrière ce concept : Kimsooja, une artiste pluridisciplinaire qui nous invite à plonger au cœur d’un voyage esthétique et méditatif à travers son art.
Le mouvement
Questions identitaires et le rapport de l’individu face à la collectivité
Kimsooja est une artiste nomade sud-coréenne née à Daegu en 1957. Son travail s’est construit sur cette notion de voyage très vite, car l’artiste est elle-même souvent en mouvement, entre Séoul, Paris et New York entre autres. Elle se fait connaître notamment avec ses performances artistiques qui explorent les questions de l’exil, du voyage, en s’appuyant sur une référence de la culture coréenne très forte : le bottari. Ces baluchons composés de tissus réutilisés sont un symbole de cette vie en mouvement, à l’échelle de l’individu et du collectif, compagnons de voyage voulu ou forcé, et vecteurs d’identité. L’une des performances les plus célèbres de l’artiste, Cities on the Move, est une vidéo d’elle-même assise sur une montagne de bottari, transportés dans un camion à travers toute la Corée du Sud, marquant ce contraste entre l’immobilité de sa personne, et le voyage du camion transportant ce qui pourrait être considéré comme ses effets personnels, une identité contenue dans ces bouts de tissus. L’artiste reproduira cette performance dix ans après, au cours d’une résidence au Mac/Val de Vitry, en utilisant cette fois des tissus issus d’Emmaüs et en se rendant à l’église Saint-Bernard où des personnes sans-papiers s’étaient réunies en mouvement.


Paris – Vitry (2007)
Toutefois, l’artiste nous rappelle que son choix d’utiliser des bottari est simplement lié à sa réalité, et s’en sert ainsi comme base de travail pour explorer de nouvelles perspectives. Son nom d’artiste Kimsooja, en un seul mot au lieu des deux/trois parties distinctes en coréen, est également un choix, une volonté dans son travail de partir de son identité seulement comme forme de réalité qu’elle cherche ensuite à transcender, ici peut-être en contraste avec une société coréenne axée sur le collectif et un système patriarcal, déjà au travers du nom.
Ces questions autour de l’identité et de l’humain se retrouvent ainsi tout au long de sa carrière artistique. Le symbole du tissu, véhiculé d’abord par les bottari, est ensuite exploité dans une métaphore perpétuelle autour de la couture : fils et aiguilles deviennent eux aussi des éléments pour présenter la perception de l’artiste. Dans sa performance, A needle Woman (« Une femme aiguille », 1999-2001), l’artiste présente huit vidéos en simultanée, la présentant de dos, immobile au milieu de la foule de grandes villes (New York, Tokyo, Londres, Delhi, Mexico, Le Caire, Lagos et Shanghai). L’artiste pose la question ici de l’individualité face à la collectivité, dans cette présentation d’un corps immobile face au mouvement, est-on maître de sa propre identité ou est-elle une parmi d’autres ? Comment construire et/ou doit-on affirmer son identité dans un monde en mouvement perpétuel et qui se globalise ? Se construit-elle dans la pause, l’instant, dans le contre-courant ? Ou est-elle le catalyseur de mouvements plus grands ?








Le reflet
Entre perception et introspection
À partir de 2006, Kimsooja entame une nouvelle série d’œuvres, To Breathe (« Pour respirer »), avec laquelle elle couvre désormais les architectures d’un tissu de lumière, à l’image d’un bottari géant. Elle propose ainsi une nouvelle expérience aux visiteurs de lieux emblématiques, comme à Paris aux Galeries Lafayette, en habillant les structures de film diffractant, créant ainsi une multitude de rais lumineux et colorés. Le paysage visuel se meut ainsi au fil de la journée et du soleil, pour créer des ambiances uniques invitant le visiteur à la contemplation et la méditation.


Les jeux de lumière seront même poussés plus loin avec l’installation dans certains monuments de miroirs, comme en 2024, à la Bourse de Commerce. Avec son sol et pourtour de miroirs, reflétant le ciel apparent à travers la coupole de la Bourse, l’artiste brise la limite entre ciel et terre, et crée une atmosphère unique dans laquelle la contemplation prend une autre dimension. Le visiteur est plongé dans son reflet et celui de son environnement comme une invitation au voyage introspectif. La réalité est alors remise en question, avec ces nouvelles perceptions.


« […] Un miroir est un tissu cousu par notre regard, dans un mouvement de flux et de reflux. »
kimsooja, Pinault Collection, bourse de commerce

Je trouve que cette œuvre et la perspective de Kimsooja sont d’autant plus intéressantes à l’heure actuelle avec l’apogée d’une nouvelle réalité créée au travers des écrans. Lors du lancement et pendant toute la durée de l’installation à la Bourse de Commerce, l’œuvre a suscité un fort engouement sur les réseaux sociaux pour son esthétisme, notion qui joue désormais un rôle capital dans l’expérience sociale collective, apportant ainsi une nouvelle dimension à son œuvre dans sa réflexion autour de l’identité, du collectif et de l’humain.
Sources : Cahier de Séoul | Site officiel de Kimsooja | Galerie des galeries | Pinault Collection | Mac Val | Palais de la Porte Dorée (1) (2) | Wallpaper | Ensembles | Cités des arts Paris
Sources images : Cahier de Séoul | Site officiel de Kimsooja | Wallpaper

