Chers Owlers, je débute une nouvelle série pour mettre en avant certaines œuvres d’artistes coréens, sur la thématique des couleurs. Je commence avec le bleu, l’une des couleurs emblématiques du drapeau sud-coréen (le yin du yin et yang au centre). Ayant une place importante dans la symbolique coréenne, elle est notamment associée à la jeunesse et à l’est.
Les Blue Jar de Choi Boram
Réinterprétation de la céramique bleu et blanc, une des œuvres emblématiques de l’art coréen
Lors de mes recherches pour cet article, j’ai pu découvrir une artiste dont le travail m’a particulièrement intéressée : il s’agit de Choi Boram, et de son œuvre autour de la céramique. Avec sa série Blue Jar, elle nous propose une nouvelle approche de ce format. Par exemple, les jarres de lune, céramiques traditionnelles coréennes, sont nées d’une volonté d’accepter les irrégularités de la forme et d’en apprécier la beauté. En cela, Choi Boram semble réinterpréter cet aspect en proposant une structure construite à partir de morceaux inégaux de grès brut et marqués de ses manipulations. Reconstruire à partir du déconstruit et laisser le matériau parler. Elle joue également sur la peinture de la surface en la parant de formes géométriques, et sans vernis final, pour une expérience visuelle et sensorielle.



Where, in What Form, Shall We Meet Again, 16-IV-70 #166 de Kim Whanki
Pureté, nature et abstraction : le bleu comme vecteur de beauté
Kim Whanki est un artiste peintre qui a combiné durant sa carrière ses diverses influences entre Orient et Occident, héritées d’un parcours à l’international. Ses œuvres se sont souvent traduites par l’expression de ses sentiments inspirés par la beauté de la nature coréenne, et son travail se tourne de plus en plus vers l’abstrait. Au cours des années 1970, il développe à New York une nouvelle forme d’expression autour des points et lignes ; et c’est pendant cette phase qu’il crée Where, in What Form, Shall We Meet Again, 16-IV-70 #166, l’une de ses œuvres les plus emblématiques. Composée de diverses teintes de bleu et d’une infinité de points, cette peinture nous plonge dans un univers unique inspiré de l’océan et du ciel de Corée, dont la beauté inspire fortement l’artiste. L’artiste crée ainsi un nouvel espace visuel où tout se mélange et les frontières entre les mondes disparaissent, faisant écho au poème éponyme de Kim Kwang Seob autour de la réincarnation.




10-X-73 #322 (1973)
The Blue Project par Jeong Mee Yoon
Bleu pour les garçons (et rose pour les filles)
Au début des années 2000, Jeong Mee Yoon souhaite immortaliser l’attrait de sa fille pour le rose en mettant en scène les objets dans sa chambre. De là va émerger une série de photos intitulée Pink and Blue Project, dans laquelle elle présente des enfants de New York et Séoul dans leur chambre, entourés de leurs possessions. Un constat se pose alors très rapidement : un univers rose pour les filles, et bleu pour les garçons. Sa photographie The Blue Project I – Kihun and His Blue Things nous montre ainsi l’étendue de cette implication et questionne non seulement l’idée du genre à travers la couleur, mais également du consumérisme : le petit garçon est perdu dans un océan de jouets et vêtements bleus, donnant presque l’impression de ne plus être dans une chambre mais dans un magasin. Ces éléments semblent même s’inviter dès le plus jeune âge, lorsque l’on voit la photographie The Blue Project I – Jake and His Blue Things, où il s’agit de présenter la chambre d’un bébé garçon.


Jake and His Blue Things (New York, 2006) ©Creative Boom

Jiwon (K) and Her Pink Things (Séoul, 2014) ©Creative Boom
Composition in Blue par Lee Kwang Ho
Le familier au service de l’exploration, une œuvre pour une nouvelle approche artistique de l’artisanat coréen
Lee Kwang Ho est un designer qui a travaillé autour de nombreux matériaux, pour proposer des œuvres de décoration et de design d’intérieur. C’est en 2020 qu’il tente une nouvelle approche de son activité à l’occasion d’une exposition à la galerie Leeahn : avec Composition in Blue, il explore désormais une facette plus artistique mais sans pour autant imposer de limites de cadres et de définitions à sa proposition. Étant habitué à travailler le métal, notamment à travers la technique coréenne du chilbo (émaillage sur cuivre), il se laisse cette fois guider par ce qui résulte directement de ce type de travail. De ce qu’il sait faire, il tire une exploration nouvelle pour créer un univers visuel, physique et spatial unique, créant des liens entre passé et futur. La couleur bleue appuie cette vision pour réinventer, questionner, en partant d’une notion commune.
La couleur bleue peut représenter l’aube ou la nuit. C’est une couleur qui donne un aspect différent à quelque chose de familier.



La couleur bleue est donc bien passée à travers les âges et se retrouve encore comme un élément d’interprétation et d’expression emblématique de la scène artistique coréenne. J’espère que cet article vous aura permis de découvrir de nouveaux artistes et/ou média, n’hésitez pas à aller voir leurs autres travaux. On se retrouve bientôt pour une nouvelle couleur !
Sources : Creative Boom | Cahier de Séoul | Korea JoongAng Daily | Christie’s | Whanki Museum | The Korea Herald | Leeahn Gallery | Whitewall | Le Journal du Design | Lloyd Choi Gallery | BBC | National Museum of Korea
Source image de une : FloLondon

