Voici le second volet portant sur les événements historiques qui ont amené à la scission que nous connaissons au sein de la Corée. Nous vous conseillons d’aller lire le premier épisode qui revient sur les détails de la guerre de Corée -si ce n’est pas déjà fait. Dans l’article qui va suivre, nous revenons sur des faits ultérieurs au conflit coréen, à savoir l’évolution des deux pays désormais séparés. C’est parti !
Lorsque l’armistice est déclaré et stoppe ainsi officiellement la guerre, il est déjà trop tard. Une rupture irréversible s’est créée au sein du grand Etat, matérialisée par une grande barricade. Cette zone que l’on appelle la « Zone Coréenne Démilitarisée ». Mais, alors que l’armistice a été signé, pourquoi y a-t-il nécessité de ce maintien de sécurité ? Pour bien comprendre ce qui va suivre, il est important de rappeler quelques faits.
Lorsque le Japon décide d’annexer la Corée en 1910, les coréens connaissent une violence sans pareille. La situation ne finira par changer qu’au moment où les États-Unis et l’URSS décident d’intervenir. Les troupes américaines attaquent alors par le Sud, celles soviétiques par le Nord. C’est un succès et les Japonais reculent. Cependant, même si la Corée obtient son indépendance à la suite (en 1945), les problèmes ne sont pas réglés. En effet, les Américains et les Soviétiques (s’étant réparti les zones de la Corée) s’engagent alors dans la Guerre Froide en raison de leurs idéaux divergents (et de leur désir de reconnaissance en tant que Première Superpuissance Mondiale). Dès lors, si la séparation n’est pas physiquement affichée -comme elle l’est maintenant-, elle est perceptible dans les esprits. Les Nord-coréens adoptent une idéologie communiste en résonance à celle de Moscou et de Pékin. A l’inverse, les Sud-coréens adhèrent à une dictature. Cette divergence d’opinion, de pensée, va dès lors consommer la rupture et créer une tension entre les deux opposés. Il va en résulter cette fameuse guerre de Corée. Elle va durer alors trois ans, même si certains la considèrent comme toujours d’actualité (en raison de ce barrage armé justement). La zone démilitarisée est érigée à la même date que l’armistice. Mise en place comme un moyen de maintenir une certaine paix et d’éviter ainsi un nouveau conflit (qui résulterait d’une invasion d’un des pays par l’autre, par exemple), cette zone peut être toutefois perçue comme une zone de surveillance, presque d’espionnage, de part son côté très militarisé. Elle compte pas moins d’un millions de mines rien qu’en surface. Notons que le nombre de mines souterraines est inconnu… Des barbelés recouvrent également toute la surface de la zone, des galeries souterraines ont été construites et il n’y a qu’un seul et unique point de rencontre. Ainsi la Corée est divisée spatialement aux yeux de tous, entraînant des évolutions nationales totalement différentes. A l’occasion de la mort de Kim Jong Nam, commençons par la principauté Nord-coréenne.
Au sortie de la guerre, la Corée du Nord reste enfermée dans un système 100 % communiste. Très affaiblie, elle doit compter sur le soutien de l’URSS et de la Chine pour réussir à reconstruire tout ce qu’elle a perdu. Ces deux puissances deviendront les grands alliés de la Corée du Nord. Cependant, si tout semble aller bien en théorie, la réalité est tout autre. Ainsi des années 50 à aujourd’hui, la Corée du Nord va entretenir des relations très changeantes d’une période sur l’autre. Dès les premières années qui suivirent la guerre de Corée, Kim Il Sung chercha à prendre ses distances avec Moscou. Réticent face à plusieurs attraits de la politique soviétique, il décide de lancer son propre mouvement, le Juche (prononcé Djouché). Le principe de ce mouvement isole la Corée du Nord politiquement et économiquement, de façon à ce que le pays règle ses problèmes seul. Pourtant, malgré cette farouche volonté, c’est un acte tout à fait impossible au vu de la situation catastrophique dans laquelle se situe l’État. Kim Il Sung l’a parfaitement compris. Ainsi, au lieu de faire marche arrière et de se rapprocher de l’union soviétique, il se tourne vers son second allié, la Chine vers la fin des années 50. Mais les avis divergent et Pékin s’avère rapidement trop lente et décevante pour le dirigeant nord-coréen.
Dès lors, un nouveau rapprochement s’effectue avec l’URSS. Pourquoi ce changement de position soudain et précipité ? A cette même période (en mai 1965 plus précisément), le Japon signe un accord de soutien avec la Corée du Sud. Or, le Japon est un pays riche et ses richesses permettraient de redresser la Corée du Sud. Dès lors, la Corée du Nord se décide à renouer contact avec Moscou. Mais cette entente ne va pas durer puisque Khrouchtchev ayant disparu en 1964, Moscou approuve de moins en moins la politique de Pyongyang. C’est pourquoi la Corée du Nord se tourne une fois de plus vers Pékin sans toutefois briser ses liens avec Moscou puisque le traité de défense mutuelle est poursuivi en 1971. Mais l’année qui suit est une période de récession puisque la Chine accueille le président américain. L’URSS cherche alors à profiter de cette faiblesse dans les relations entre Pékin et Pyongyang : ce qui amène Kim Il Sung à se méfier de ses deux alliés. Cela n’empêche toutefois pas un rapprochement entre le pays nord-coréen et la puissance chinoise au cours des années 80. Pour quelle raison ? Moscou continue de beaucoup critiquer Pyongyang, même si une aide économique est toujours effective. Mais la Corée du Nord se retrouve vite dans une situation précaire : suite à la chute successive de tous les états communistes, elle perd petit à petit tous ses alliés. Dès lors, dès septembre 1990, le pays cherche à se rapprocher du Japon afin de bénéficier de la même aide que Corée du Sud (qui en bébéficie depuis 1965). L’État nord-coréen cherche également depuis les années 90 à se rapprocher politiquement de petites puissances comme le Pakistan, l’Iran, la Thaïlande ou encore le Vietnam.
La situation économique nord-coréenne n’est depuis pas très brillante. Affaiblie d’abord par la guerre, ensuite par la disparition progressive de toutes les puissances communistes du siècle dernier, la Corée du Nord est dans une situation économique très grave. Si elle a malgré tout gardé un soutien de la part de la Russie et de la Chine, elle survit aussi grâce à quelques aides internationales. Qu’attend le Président pour rétablir la situation ? Le problème se situe principalement ici. En tant qu’européen et habitant de la Démocratie, nous connaissons la Corée du Nord en tant que pays isolé, mené par une dictature très dure. Que savons-nous en réalité de ce pays ? Rien. Ou très peu de choses. Premièrement, si le pays est aujourd’hui aux mains du petit-fils de Kim Il Sung, Kim Jong Un, le Président reste Kim Il Sung. C’est le seul pays à avoir pour Président un homme mort ! Cela est dû tout simplement au culte de la personnalité pratiqué. Kang Chol Hwan raconte à Pierre Rigoulot dans l’ouvrage intitulé Les Aquariums de Pyongyang en parlant de son enfance : « En fait, Kim Il Sung surpassait le Père Noël car il semblait éternellement jeune et omniscient ». Il faut relever également que Kim Il Sung est appelé « Grand Leader » et son fils « Cher Leader ».
Cela nous montre deux choses : tout d’abord, que le culte de la personnalité est générationnel comme le pouvoir -le père, puis le fils, puis le petit-fils, etc.- ; ensuite que les nord-coréens n’ont aucune connaissance du monde extérieur. La Corée du Nord en s’isolant est devenue de plus en plus paranoïaque et s’évertue à faire apparaître, à ses habitants, la puissance américaine comme le Mal et la Corée du Sud comme une sœur qu’il faut sauver. Pour les nord-coréens, leur pays est une île de paix et d’harmonie qui doit vaincre l’invasion du « Grand Mal ». Ils ne sont pas conscients de l’endoctrinement dont ils sont victimes. Si certains -comme Chol Hwan- finissent par ne plus croire en tous ces idéaux et toute cette propagande, d’autres sont déterminés à s’améliorer et à devenir de meilleurs éléments afin de servir au mieux la Patrie, le Parti et le « Grand Leader ». Ce point démontre le contrôle que possède Kim Il Sung et sa politique sur les nord-coréens.
Aujourd’hui, la Corée du Nord est dans une condition effroyable économiquement et socialement parlant. La famine, qui a frappé le pays de 1994 à 1997, a laissé d’irrémédiables traces et le pays doit compter sur les aides chinoises et parfois internationales afin que la population ne meure pas de faim. Pourtant, cela ne change rien pour le dirigeant nord-coréen. Il reste sur ses positions et sur sa politique communiste dictatoriale. Ce refus de reconsidération est l’un des problèmes qui s’imposent à l’ONU. Face à l’agressivité de Kim Jong Un, il serait logique de refuser tout contact, toute demande d’aide. Mais que faire de la population qui n’est pas responsable des erreurs de leurs dirigeants ? La situation de la Corée du Nord ne va pas en s’améliorant, ce qui amène de nombreuses inquiétudes. Car, si la situation de famine, de propagande politique, de pauvreté et de détresse humaine est connue de tous, le Gouvernement multiplie les menaces et attaques à l’encontre d’autres pays, particulièrement son voisin et la puissance américaine. C’est à se demander si le dictateur Nord-coréen voit les mêmes choses que nous, citoyens du monde extérieur. Après tout… Que savons-nous réellement de la vie en Corée du Nord ? K.OWLS vous promet une ébauche de réponse à cette question dans un article Littérature à venir…
Sources :
Les Coréens, Pascal Dayez-Burgeon, 208 pages, p11 à 28, Edition Tallandier, 2011/2013
La Corée, Claude Balaize, Li Jin-Mieung, Li Ogg et Marc Orange, 125 pages, Presses Universitaires de France, 1991
La Guerre de Corée 1950-1953, Ivan Cadeau, 367 pages, Editions Perrin
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