Appréciant le travail des éditions Picquier, j’ai été emportée par Le pont sans retour de Vincent-Paul Brochard. Petit retour sur ce roman qui nous plonge dans la Corée du Nord des années 1990 !
Résumé de Le pont sans retour
1989. Julie Duval, une étudiante française se lie d’amitié avec Keiko, une étudiante japonaise en France. Alors qu’elles se rendent ensemble au Japon, Julie est enlevée et emmenée en Corée du Nord. Sous le nom de Ri Ji Eun, elle est envoyée dans un village international japonais, où elle est formée à l’idéologie du juche. Bien qu’on lui assure qu’elle sera libre de repartir une fois sa mission achevée, on ne cesse de lui en donner de nouvelles, comme celle d’enseigner le français à la jeune coréenne Ae Cha…
Le pont sans retour est le premier roman de Vincent-Paul Brochard, traducteur et co-auteur de L’Art du haïku, salué par la critique.


Mon avis sur Le pont sans retour
La Corée du Nord depuis la France de 1989
Le premier point qui m’a plu dans Le pont sans retour est le fait d’être plongé dans la France des années 1990, et ainsi d’avoir le point de vue d’une Française, et non pas d’un Coréen comme dans la plupart des romans traitant de la Corée du Nord, avec tous les décalages culturels et politiques que cela engendre. La recontextualisation historique m’a par ailleurs permis de comprendre les répercussions de la fin de la guerre froide sur l’isolement de la Corée du Nord, alors que certains politiciens voulaient que la France, présidée par François Mitterrand, reconnaisse la Corée du Nord.
Une histoire intéressante qui prend du temps à se mettre en place
Je dois reconnaitre que l’intrigue prend du temps à se mettre en place, ou tout du moins à devenir intéressante. Au départ, le roman ressemble beaucoup à un documentaire. Par exemple, le passage de Julie dans le village international japonais n’est qu’un prétexte pour l’auteur de nous (ré)expliquer la doctrine du juche. Bien que je sois intéressée par le sujet, je voulais rapidement passer à autre chose, savoir où l’intrigue aller m’emmener.
Et mon vœu a été exaucé ! Au fur et à mesure du « séjour » de Julie en Corée du Nord, j’ai pu observer son intégration progressive et comprendre sa résignation, qui m’avait au départ étonnée par sa rapidité. J’ai aussi beaucoup aimé la multiplication des points de vue dans la deuxième et la troisième partie du roman qui, sans trop en dévoiler, permet d’expliciter le lien entre les différentes intrigues du roman, dont la résolution était en fait sous nos yeux depuis la première de couverture.
Notre Grand Dirigeant, le camarade Kim Il Sung, a dit : « Ne soyez pas un poisson, soyez une grenouille. Nagez quand vous êtes dans l’eau, mais sachez sauter quand vous êtes sur la terre ferme. »
Vincent-Paul Brochard, « Le pont sans retour », page 288
Un roman encyclopédique, une force mais aussi une faiblesse
Je me suis interrogée sur l’aspect « documentaire », dans le sens où sa portée est « quitte ou double » : cela peut autant ravir ceux qui veulent mieux connaître la société nord-coréenne que repousser ceux qui veulent suivre une histoire.
Pour ma part, j’ai fini par être convaincue par cette volonté, assumée dès la préface par l’auteur lorsqu’il rappelle que son roman s’inspire du véritable enlèvement d’une Française par la Corée du Nord. J’ai aussi beaucoup aimé les références culturelles présentes dans les titres de chapitres, qui nous montrent que l’auteur est un spécialiste de la Corée du Nord (le chapitre « Mer de sang » se réfère par exemple à un opéra de Kim Il Sung, dépeignant la lutte anti-japonaise).
Ce mélange entre le documentaire et la fiction fonctionne donc plutôt bien sur la majeure partie du roman, sauf à certains passages où la transition ne se fait pas subtilement et où on doit lire deux pages de « présentation touristique » avant de retourner dans l’intrigue. Je pense qu’un meilleur équilibrage, notamment avec des notes de bas de pages ou des annexes, aurait pu être judicieux.
Conclusion
Les légers défauts du roman n’entravent pas son intrigue, qui m’a emportée. J’ai beaucoup apprécié suivre Julie dans son aventure nord-coréenne et voir ce qu’elle était capable de faire pour survivre dans un régime marqué par la contradiction. Une lecture accessible à tous, qu’on soit connaisseur de la Corée ou pas !
Où trouver Le pont sans retour ?
Vincent-Paul Brochard, Le pont sans retour, éditions Picquier, 512 pages, 2017 (ISBN : 978-2-8097-1219-3).
Source image : éditions Picquier

