La chaîne télévisée sud-coréenne KBS a récemment annoncé que la célébrité Sayuri rejoindrait l’émission The Return of Superman. Cette mère célibataire ayant eu recours à l’insémination artificielle, l’annonce a créé la controverse en Corée du Sud, société dominée par le modèle de la famille traditionnelle.
Sayuri, une super-maman à la télévision
En novembre 2020, Sayuri Fujita, une célébrité japonaise d’origine coréenne, donne naissance à un garçon grâce à une fécondation in vitro au Japon. Elle décide ensuite de rejoindre l’émission The Return of Superman, KBS étant la première chaîne télévision à la contacter après la naissance de son enfant.
Dans cet entretien accordé l’année dernière à KBS, Sayuri révèle que son médecin lui avait expliqué qu’il serait compliqué de donner naissance de manière naturelle à cause de son âge. La célébrité ne voulant pas épouser quelqu’un qu’elle n’aimait pas, elle avait alors décidé de recourir à l’insémination artificielle.
Pour retourner à l’émission, The Return of Superman a l’habitude de montrer comment des célébrités masculines s’occupent de leurs enfants pendant 48 heures. Si des célébrités féminines sont déjà apparues aux côtés de leurs maris, Sayuri sera la première mère seule à l’écran. Cependant, cette apparition inédite, loin de passer inaperçue, lance au contraire une polémique : une pétition est mise en ligne sur le site de la Maison bleue pour demander de bannir Sayuri du programme télévisé.

Pétition contre les familles « anormales »
En effet, selon le pétitionnaire, l’apparition de Sayuri dans l’émission encouragerait le concept de famille « anormale ». Alors que les jeunes Sud-Coréens se marient de moins en moins et que le taux de chômage augmente, les médias devraient selon lui montrer l’exemple en mettant en valeur les familles et accouchements « normaux ». Toujours selon le pétitionnaire, ce que fait KBS est inacceptable.
La pétition a été largement critiquée par un grand nombre de personnes, qui ont nié l’existence d’un concept de « famille normale ». De nombreux jeunes ont déclaré qu’on devait respecter les choix de tous au sein d’une société diversifiée telle que l’est la Corée du Sud aujourd’hui.
La production de l’émission The Return of Superman a, pour sa part, expliqué que le terme « superman » reflétait le premier héros que les enfants voyaient après leur naissance et que par conséquent, elle était fière que Sayuri puisse être la nouvelle « superman » que les téléspectateurs voulaient voir.
La famille et l’insémination artificielle en Corée du Sud
L’attention médiatique portée à Sayuri et son enfant ont ravivé les débats portant sur les types de famille et l’insémination artificielle en Corée du Sud, révélant une fracture générationnelle au pays du matin calme.
La Corée du Sud est un pays qui privilégie largement le modèle de la famille traditionnelle : le divorce, par exemple, est longtemps resté un sujet tabou dans la péninsule. Or, certains politiciens appellent aujourd’hui à soutenir la maternité en dehors du mariage. En effet, la décision de KBS d’intégrer une mère célibataire dans son émission reflète l’évolution de la dynamique des ménages dans le pays : selon Statistics Korea, 29,2 % des ménages coréens étaient monoparentaux en 2019.
La journaliste Wi Geun Woo confirme la fracture sociale sud-coréenne en expliquant que la mise en ligne de la pétition contre l’émission de KBS illustre le fait que les minorités sociales, dont font partie les mères célibataires, continuent d’être victimes de discriminations.
Il faut savoir qu’en Corée du Sud, il est pratiquement impossible pour une femme célibataire de recourir légalement à une insémination artificielle, ce qui explique pourquoi Sayuri est partie au Japon. En effet, la loi sur la bioéthique et la sécurité stipule que le consentement du conjoint légal est nécessaire pour bénéficier d’un don de sperme, qui n’est autorisé que lorsque le mari est stérile ou souffre d’une grave maladie génétique. Cette loi privilégie ainsi les familles traditionnelles dans la mesure où elle empêche les mères célibataires d’avoir recours à cette opération. Cela dit, si ces femmes n’ont pas le droit au don de sperme, elles ont tout de même la possibilité de bénéficier d’un don d’ovocyte, comme le rappelle le média The Chosun Ilbo.
Selon Park Nam Cheol, président de l’Institut pour banque publique de sperme, le temps est venu pour la Corée du Sud de lever ces restrictions et de permettre aux femmes célibataires de bénéficier de ces dons. Pour illustrer ses propos, le dirigeant rappelle que de nombreux pays de l’OCDE permettent aux femmes non mariées de bénéficier de dons de spermes, depuis maintenant 30 ans.
La Corée vit donc un changement sociétal majeur, à mettre en lien avec le taux de natalité extrêmement bas en Corée du Sud, qui est devenu négatif en ce début d’année 2021. Une modification de la législation en ce qui concerne la politique de fertilité sud-coréenne pourrait permettre de résoudre les faibles taux de natalité, en soutenant par exemple tous les types de familles, dans une société plus diversifiée.
Sources : The Korea Times | The Korea Herald (1)(2) | The Chosun Ilbo | Pulse



