Danse de l’épée, le Geommu (검무) est une danse de groupe qui apparaît à la fin de la période des Trois Royaumes (~57 – 668). Exécutée avec deux épées de petites tailles, cette danse se transmet de Goryeo à Joseon, jusqu’à nos jours.
« Geom » signifie épée et « mu » signifie danse. Produite avec les danses de cours, le Geommu met l’accent sur les mouvements des danseurs, notamment la gestuelle des bras et le mouvement des manches. Plusieurs traces littéraires et artistiques attestent de l’apparition de cette danse dans le royaume de Silla, elle est notamment mentionnée dans le Samguk Sagi, les Mémoires historiques des royaumes de Koguryo, Silla et Baekje et le Donggyeongjapgi, essais sur la culture de Donggyeong (capitale de Silla, aujourd’hui connue sous le nom de Gyeongju).
Entre légende et réalité
Selon la légende, cette danse serait apparue peu de temps avant la fin des Trois Royaumes (Koguryo, Silla et Baekje). Hwang Chang, un jeune garçon de Silla reconnu pour sa danse d’épée, fut invité par le roi de Baekje pour lui montrer ses talents. Empli de fougue, Hwang Chang profite de cette représentation pour assassiner le roi avec son épée. Dans un accès de colère, les habitants du royaume de Baekje vengent leur roi en tuant le jeune garçon. Touchés par cet événement, les habitants de Silla confectionnent des masques à l’image du visage de Hwang Chang. Ces masques sont ensuite portés lors de danses avec des épées pour réconforter à la fois l’esprit de Hwang Chang et apaiser les habitants de Silla. Par la suite, cette danse prend alors le nom de Hwangchangmu, comme une imitation de la prestation de ce jeune garçon face au roi de Baekje.
À la fin de la période Goryeo (XIVe siècle), l’écrivain Lee Cheom revient sur l’identité de ce jeune garçon. D’après lui, Hwang Chang serait une erreur d’orthographe pour Gwang Chang, fils du général Pum Il de Silla, tué par le général Gye Baek pendant une attaque de Baekje contre Silla. Gwang Chang, en tant que hwarang (jeune combattant de Silla), avait rejoint la guerre contre Baekje à 16 ans comme assistant d’un général.
Tradition et spectacle : le Geommu de Goryeo
Après la disparition des Trois Royaumes, durant la période du Royaume de Goryeo (918 – 1392), la danse de l’épée, Geommu, devient très populaire. Progressivement, cette danse est exécutée avec les danses qui étaient pratiquées à la cour, appelées Cheoyongmu. Durant cette période, le Geommu est réalisé dans le but de mettre en avant la flamme de la danse et des arts martiaux.
Joseon : une danse au féminin
Bien que régulièrement pratiquée pendant Goryeo, ce n’est qu’à partir de Joseon (1392 – 1910) que cette danse se transforme réellement. C’est avec les règnes du roi Sukjong et du roi Yeongjo que les changements apparaissent : les danseurs deviennent exclusivement des femmes et les masques, point d’origine de la légende, ne sont plus portées. Geommu prend le nom de Gyobang Geommu car les Gisaeng, courtisanes coréennes, sont celles qui pratiquent désormais cette danse. Les bâtiments associés aux Gisaeng, appelés Gyobang, donnent alors leur nom à cette nouvelle forme de danse à deux épées : Gyobang Geommu.
À partir de Joseon, des empreintes plus importantes de cette danse subsistent : de nombreux poètes et peintres s’attachent à dépeindre chaque détail des Gisaeng dansant avec des épées. Ces représentations iconographiques permettent de définir plus clairement les costumes portés et les mouvements effectués par les Gisaeng lors des représentations de Gyobang Geommu. Elles portaient une chima (jupe traditionnelle), un jeogori (gilet), un kwaeja (robe sans manches), une jeondae (ceinture nouée autour de la taille ou de la poitrine) et un jeonlib (chapeau traditionnel en bambou). Selon les régions, les couleurs de ces costumes sont très variées, répondant ainsi aux caractéristiques de chacun de ces territoires.
De fil en aiguille, grâce aux Gisaeng, cette danse est diffusée dans tout le pays et prend la forme qu’on lui connaît aujourd’hui : une danse à deux épées comportant des caractéristiques uniques selon chaque région. Absent à la cour du royaume de Joseon, le Hansam s’ajoute à Gyobang Geommu dans le Sud : porté à l’intérieur d’un jeogori, il s’agit d’un large morceau de tissu accroché aux poignets des danseurs.
Les épées sont elles aussi différentes selon les régions, notamment à Jinju et à Gungjung où les Gisaeng utilisaient des épées avec un manche torsadé et non un manche droit, comme c’était plus répandu à la cour. Le matériau utilisé pour l’épée était lui aussi variable : elles pouvaient être constituées de bois, de laiton ou encore de fer. Alors que le Geommu de Hanyang (nom de Séoul pendant la période Joseon) reposait sur les enseignements reçus par les Gisaeng, la danse de l’épée de Jinju a été repensée selon la littérature de cour lui donnant ainsi un aspect davantage courtois que folklorique.
Le Geommu, danse intemporelle
De nos jours, cette danse à deux épées s’identifie par des mouvements souples et gracieux, tant par la personne qui la pratique, que par les tissus portés. La forme du Geommu, encore transmise aujourd’hui, est celle pratiquée par les Gisaeng pendant la période Joseon. Encore populaire, l’art du Geommu est notamment illustré dans le drama My Demon, à la fois à notre époque et pendant le royaume de Joseon, par Kim You Jeong et Jo Hye Joo.
Sources : National Folk Museum of Korea l Korean Mask Dance Dramas




