Si le terme de pungsu ne vous dit rien de prime abord, peut-être que le « feng shui » vous rappelle des souvenirs, quand c’était la grande tendance en France au milieu des années 2000. Eh bien le pungsu, c’est la géomancie coréenne ! Encore un autre mot et tout ceci ne vous dit vraiment rien ? Cet article va vous donner l’ensemble des informations pour mieux comprendre de quoi je parle.
Pungsu ? Feng shui ? Géomancie ?
Le feng shui se construit avec les mots « vent » et « eau » en chinois. C’est une pensée originaire de Chine qui se base sur le concept philosophique taoïste du yin et du yang (eumyang ohaeng en coréen, 음양오행) et la théorie des cinq éléments, manifestation de l’énergie environnementale, le qi (se prononce chi). Ces cinq éléments sont le bois, le métal, la terre, l’eau et le feu. Le feng shui sert à harmoniser l’énergie du qi d’un lieu pour augmenter le bien-être, la santé et la prospérité des habitants.
Le feng shui est arrivé en Corée à l’époque des Trois Royaumes (57 av. J-C – 668 ap. J-C) par le biais du bouddhisme. Si le feng shui se limite à l’habitat, le pungsu (풍수) tire son épingle du jeu en se positionnant aussi à l’échelle géographique. Les emplacements des villes, villages, palais, tombeaux, immeubles ont été choisis majoritairement en se basant sur le pungsu, avec l’aide d’une boussole (yundo, 윤도) qui identifie les qualités d’un site en indiquant les points cardinaux, points intermédiaires, etc. Le but est de profiter des énergies telluriques en harmonie avec la nature et l’univers. Ci-dessous, vous trouverez une vidéo sortie récemment (en anglais), qui présente justement le yundo.
Et la géomancie dans tout ça ? Ce terme vient du grec et désigne une pratique de divination arabe se basant sur l’observation des figures formées par de la terre ou des cailloux jetés au hasard sur une surface plane. Rien à voir avec ce que j’ai exposé plus haut mais les premiers Occidentaux ayant été confrontés au feng shui et au pungsu les ont rapprochés de la géomancie. Je vais éviter de trop utiliser ce terme car je le trouve vraiment éloigné du concept.
Aménager son intérieur avec le pungsu
Que ce soit le pungsu ou le feng shui, les deux s’accordent dans le souci d’aménagement et de décoration dans les lieux de vie, et ce encore aujourd’hui. Voici quelques conseils pour améliorer votre bien-être chez vous.
- Le qi doit être en mouvement. Pour éviter qu’il ne stagne, le désordre et la saleté sont à éviter.
- Dans l’entrée, les chaussures doivent être rangées. Une plante sur le meuble où vous rangez vos chaussures permet d’attirer une bonne énergie. Évitez de mettre un miroir en face de votre entrée pour que le qi ne retourne à l’extérieur. Placez-le à gauche de l’entrée pour augmenter vos chances financières.
- Votre salle de séjour devra être ensoleillée. Dans le cas contraire, un éclairage ou des plantes en pot vous aideront. Évitez les fleurs artificielles qui retiennent la poussière. Positionnez le canapé de sorte à faire face aux personnes qui entrent dans la pièce.
- Dans la cuisine, tous les ustensiles tranchants doivent être dans des étuis et ne pas être exposés à l’air. Il est recommandé de ne pas associer des éléments comme le four et le frigidaire qui sont symbolisés par des éléments opposés (feu et eau). Ajouter une plante permet de créer une synergie avec ces deux éléments.
- Concernant votre bureau, ne le placez pas face à la fenêtre qui dissipe le qi, ni face à un mur qui le bloque. Le but est de maximiser votre concentration. Il doit être en ordre pour que vos pensées le soient également. Favorisez une place en direction de l’est et, si possible, la porte visible depuis le bureau.
- Dans votre chambre à coucher, le lit doit pointer au sud-est et la tête de lit placé dans un angle de la pièce. Évitez tout miroir (d’autant plus s’il est face au lit) car il augmentera le nombre de vos cauchemars et apportera le malheur.
- La salle de bain doit être bien ventilée. Avec l’humidité, le qi reste plus aisément.
- Si vous avez des escaliers, ils doivent être larges et éclairés.
La liste est loin d’être exhaustive et il peut être compliqué de tout mettre en œuvre. Des experts peuvent vous conseiller… à moins que vous ne soyez des personnes aimant un brin de désordre comme moi. Ou bien, vous ne croyez pas en ce genre de concept et vous allez choisir d’appliquer seulement quelques suggestions car cela vous a donné des idées de décoration.
La particularité du pungsu
Le système coréen se base sur les principes élaborés par le maître taoïste Doseon (826-898). Il étudie en Chine pour approfondir ses connaissances sur les enseignements ésotériques taoïstes, l’astronomie, les mathématiques, le feng shui, etc. Revenu en Corée, il parcourt le pays en prenant des notes sur la géographie et les sources d’énergie. Il met en avant les énergies spirituelles et matérielles contenues dans les reliefs du paysage coréen. Chaque site construit sur un lieu donné à l’aide du pungsu apporte la prospérité et la sécurité non plus pour un seul habitat mais à l’échelle du royaume ! Alain Delissen définit ainsi le pungsu par un « système de pensée et ensemble de pratiques permettant de situer, d’interpréter, d’utiliser et d’aménager un pays ou un paysage afin de profiter de ses qualités propices pour le présent ou pour l’avenir. »
Pour trouver ce lieu idéal, certaines conditions géographiques sont à chercher. Il faut que l’emplacement soit au pied d’une montagne et proche d’un cours d’eau afin d’obtenir une convergence des influences positives du qi et faciliter le drainage naturel. Il doit également être ensoleillé et avoir un air pur. Ce lieu est appelé myeongdang (명당). En 1861, Kim Jeong Ho publie un atlas contenant vingt-deux planches, élaborant une cartographie du territoire coréen à partir du pungsu. Le Daedongyeojido est exposé à l’Institut Gyujanggak d’études coréennes de l’Université nationale de Séoul.
Prenons pour exemple la ville de Séoul. Elle se situe dans un bassin encadré de montagnes et sur les rives du fleuve Han. Le roi Taejong, fondateur de la dynastie Joseon, demande aux géomanciens de chercher l’emplacement idéal pour établir la nouvelle capitale. L’ancienne, Gaesang, avait la réputation de ne plus avoir d’énergies telluriques. Étant au fait des recherches de Doseon, il choisit la région d’Hanyang qui possédait collines, montagnes et cours d’eaux. S’il était prévu que la capitale puisse accueillir deux cent mille personnes, les géomanciens devaient prendre en compte une extension pour avoir plus d’habitants. Quatre sites furent sélectionnés et celui le plus nord fut choisi pour établir la nouvelle capitale. Le palais Changdeokgung, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, fut aussi construit peu de temps après, ainsi que les édifices gouvernementaux, toujours en respectant les principes du pungsu.
Encore aujourd’hui, les Coréens croient en l’harmonie entre les phénomènes naturels et la géographie de l’environnement. Construire sa maison sur un site propice pour y vivre et y être enterré apportera santé, bonheur et paix à soi et à ses descendants. Les constructions et l’urbanisme en Corée du Sud sont largement influencés par le pungsu et l’agencement des bureaux dans les grandes entreprises n’y échappe pas. Si vous souhaitez en apprendre plus, pourquoi ne pas aller lire Le Jardin interdit ?
Sources : Delissen Alain. Des dragons dans le paysage corée | Barde, Christian Pierre. Séoul, la cité de tous les défis
Source image : Administration du patrimoine culturel coréen
Source vidéo : Chaîne YouTube Korea.Net



