Depuis le 1er mars, le film My Name is Loh Kiwan est disponible sur Netflix et laisse les spectateurs perplexes. Dans cet article, penchons-nous davantage sur le contenu que sur la forme pour essayer de comprendre pourquoi les avis divergent autant.

- Titre original : 로기완
- Écrit et réalisé par Kim Hee Jin
- Production et diffusion : Netflix
- Diffusion : 1/03/2024
- Acteurs : Song Joong Ki, Choi Sung Eun, Jo Han Chul, Kim Sung Ryung, Lee Il Hwa
L’histoire de My Name is Loh Kiwan
My Name is Loh Kiwan est l’adaptation du roman de Cho Hae Jin « I met Loh Kiwan » qu’elle écrit en 2008 suite à la lecture d’un article sur les transfuges nord-coréens en Belgique et pour lequel elle remporte le 31e prix Sin Dong-yup en 2013.
Synopsis de My Name is Loh Kiwan
Loh Kiwan est un transfuge nord-coréen. Après un passage par la Chine et suite à un drame familial, il rejoint la Belgique et tente d’obtenir le statut de réfugié. Dans sa bataille pour l’obtenir et survivre dans ce pays inconnu, il fait la rencontre de Marie, qui vit des moments difficiles et fait de mauvais choix.
La réalité des transfuges nord-coréens
Le film décrit le parcours des transfuges nord-coréens, les difficultés qu’ils rencontrent et leurs conditions de vie difficiles.
My Name is Loh Kiwan retrace un parcours « traditionnel » avec un passage par la Chine, le pays voisin mais dans lequel les Nord-Coréens sont considérés comme des immigrants illégaux en raison des relations du pays avec Pyongyang. Pour cette raison, les transfuges arrivés dans sur le sol chinois cherchent rapidement à fuir vers d’autres pays.
C’est ainsi que Loh Kiwan arrive à Bruxelles et cherche à obtenir le statut de réfugié. Une formalité rendue plus compliquée par son passage en Chine : afin d’obtenir un travail et un misérable logement, on lui a imposé une fausse identité chinoise et il devra prouver qu’il est bien nord-coréen.
Si on ne doute pas des difficultés que rencontrent les réfugiés, que ce soit dans les démarches administratives ou dans leurs conditions de vie, la ville de Bruxelles et ses habitants sont durement traités par le scénario avec un rendu global presque caricatural.
La prestation de Song Joong Ki
La performance de l’acteur Song Joong Ki est clairement le point fort du film, et ce n’était pas gagné puisqu’il a expliqué dans une interview avoir d’abord refusé le rôle.
Sa prestation est surprenante lorsqu’on le connaît au travers des personnages forts qu’il a incarnés dans les dramas ces dernières années : Song Joong Ki, c’est le militaire de Descendants of the Sun, fort, beau, intègre qui peut se permettre de faire de l’humour dans les pires situations. C’est le redoutable mafioso Vincenzo, au style toujours impeccable. C’est l’homme qui a une vie d’avance dans Reborn Rich, ce qui lui permet de s’enrichir et de détruire ses ennemis.
Dans le rôle de Loh Kiwan, on lui retire tous ses artifices. Il se retrouve seul dans une ville inconnue, privé du langage, d’argent, d’amis, il ne possède plus rien et va devoir se battre pour la dernière chose à laquelle il tient : son identité.
Un très beau rôle que Song Joong Ki interprète à la perfection. Avec un maquillage et une coupe de cheveux qui nous ferait presque douter de l’identité de l’acteur, il nous emmène sans difficulté dans cette descente aux enfers que va traverser Loh Kiwan.
Song Joong Ki et Choi Sung Eun, une romance qui divise

Les résumés du livre ne mentionnent pas d’histoire d’amour pour le personnage de Loh Kiwan, un écart que s’est peut-être offert le scénario et qui divise les spectateurs. C’est d’ailleurs pour cette même raison que l’acteur Song Joong Ki a failli refuser le rôle : il lui semblait peu crédible que le héros trouve l’énergie pour une histoire d’amour alors qu’il lutte pour sa survie et l’obtention de son statut de réfugié.
C’est vrai que cette romance sonne un peu comme un prétexte pour consolider certaines situations ou en faire un meilleur produit. D’ailleurs certains synopsis décrivent le film comme « l’histoire d’amour d’un Nord-Coréen en Belgique », un aspect qui m’a semblé bien secondaire au visionnage.
Pour autant, l’actrice Choi Sung Eun (The Sound of Magic) incarne bien le personnage désabusé de Marie et forme un beau duo avec Song Joong Ki. Son accent français nous laisse un peu sceptique et on sent d’ailleurs que le scénario s’arrange pour que la plupart de ses dialogues soient en coréen.
Les grands méchants Belges
Si l’histoire d’amour entre Loh Kiwan et Marie fait débat parmi les avis, le plus gênant dans ce film, c’est encore le contexte dans lequel évolue Marie, le sous-sol d’un bar dans lequel des sortes de bad guys belges peu crédibles organisent des paris sur des duels de tirs à l’arme. Un univers qui semble complètement décalé au reste du film, un défaut autant lié à la culture qu’à la rupture dans le scénario.
Le cliché des méchants représenté ne colle pas vraiment au genre européen et je suis sûre que si les mêmes scènes avaient été tournées en Corée du Sud avec des acteurs sud-coréens, le décalage n’aurait pas été si important. Ainsi ce qui semble être un défaut pour le spectateur européen ne le sera peut-être pas pour le spectateur asiatique.
Cependant, cela reste des scènes qui semblent complètement détachées et détachables du reste du film, on pourrait les retirer sans causer de dommage à l’histoire principale.
Du livre au film
Dans le roman, le lecteur ne suit pas directement le personnage de Loh. Il suit l’histoire d’une écrivaine sud-coréenne frustrée par son travail pour une émission de télévision dans lequel elle exploite la souffrance des autres pour créer du contenu.
Elle découvre l’histoire de Loh et quitte sa vie pour partir à sa recherche à Bruxelles. Elle y rencontrera un expatrié coréen possédant encore le journal de Loh, déjà parti pour Londres. Avec son journal, la narratrice va retracer son parcours à Bruxelles mais va également tenter d’endurer les mêmes épreuves dans l’espoir de se pardonner à elle-même d’avoir exploité la souffrance des autres.
Je n’ai pas pu comparer le film à l’intégralité du livre mais d’après les extraits trouvés, il semblerait que les écarts faits au roman semblent être également les points faibles du film.
Le personnage complexe de l’écrivaine qui s’inflige volontairement la souffrance d’un autre, qu’elle ne connaît pas, semble dans mon imaginaire bien plus captivant que l’histoire de la jeune Marie dont la souffrance est existante mais dont le seul but est de remonter la pente.
Les choix du scénario laissent entrevoir la fabrication d’un produit plus vendeur, mais les avis me rassurent. Il faut faire confiance au spectateur, on n’a pas toujours besoin de romance et d’ennemis pour apprécier un récit.
Alors pour ou contre ? Le lendemain de sa sortie, le film est 1er au Top 10 sur Netflix en Corée du Sud et 3e peu de temps après au classement mondial, ce qui reste une preuve de l’engouement qu’il suscite. C’est également un film qui mérite d’être vu, ne serait-ce que pour mieux comprendre le parcours difficile des transfuges nord-coréens vers une nouvelle vie.
Sources : Hancinema | Soompi | Projet Muse
Article rédigé par Fanny.





