Le cinéma coréen regorge de longs-métrages inspirés d’histoires vraies et, dans cet article, je vous en présente un que j’ai récemment visionné.
À l’instar de Marathon, dont vous a parlé le hibou Jay très récemment, le scénario puise sa genèse dans la vie d’un jeune ténor originaire d’Ulsan. Dans ce film, le monde dur et froid des gangs se heurte à une passion débordante pour le chant lyrique. Dernièrement ajouté à la vidéothèque de la plateforme Viki, découvrez My Paparotti et ce que j’en ai pensé.
Tout savoir de My Paparotti
Informations

- Titre original : 파파로티
- Titre anglais : Paparoti, My Paparotti
- Genres : drame
- Pays : Corée du Sud
- Réalisation : Yoon Jong Chan
- Scénario : Yoo Yeong Ah
- Date de sortie : 14 mars 2013
- Durée : 127 minutes
- Avertissement : 15 ans et plus (langage grossier, violences)
- Plateforme : Viki
Synopsis
Sang Jin, ancien chanteur lyrique ayant été obligé de mettre un terme à sa carrière prématurément, est professeur de musique dans un lycée artistique de province. Alors qu’il mène une vie des plus ordinaires, son quotidien est bousculé quand il rencontre Jang Ho, un nouvel élève turbulent, déjà membre d’un gang, qui se rêve pourtant en grand ténor, tel Luciano Pavarotti. Malgré des échanges tendus, Sang Jin prend Jang Ho sous son aile, mais entre ses obligations envers sa « famille » d’adoption et ses ambitions, le jeune homme va devoir faire un choix.


Derrière My Paparotti : le ténor Kim Ho Joong
Comme je l’expliquais plus haut, le film est tiré d’une histoire vraie, celle de Kim Ho Joong. Le jeune homme, aujourd’hui âgé de 32 ans, grandit dans un environnement difficile avant d’être élevé par sa grand-mère. Il se tourne alors vers les gangs avant sa rencontre avec un professeur de musique, Seo Soo Yong, au lycée artistique de Gimcheon (le même que présenté dans le film) qui va être décisive. Poussé par ce professeur et les encouragements de sa grand-mère, Kim Ho Joong s’entraîne dur et participe à l’émission Star King (diffusée sur la chaîne SBS), ce qui lui permet d’obtenir une bourse d’études dans une académie de musique en Allemagne. Kim Ho Joong est aujourd’hui un ténor populaire en Corée du Sud avec plusieurs albums certifiés disques de platine. Il a également participé à plusieurs émissions célèbres comme Mr Trot (TV Chosun), Romantic Call Center (TV Chosun) ou encore Boss in the Mirror (KBS2).
Kim Ho Joong chantant un extrait de Nessun Dorma dans l’émission Knowing Bros en 2020
Distribution de My Paparotti
Pour jouer le rôle de Lee Jang Ho, le turbulent lycéen rêvant pourtant de chant lyrique, le réalisateur a fait appel à Lee Je Hoon (Taxi Driver) qui était parmi les acteurs montants de l’époque. Pour interpréter son mentor, l’équipe du film fait appel à un acteur expérimenté en plein retour en grâce après Tree With Deep Roots (2011), Han Seok Kyu (Dr Romantic) qui campe le bourru Sang Jin, têtu, mais non moins touché par le talent de son élève.

Le casting s’agrémente d’acteurs de talent. On retrouve par exemple Jo Jin Woong (The Good Bad Mother) dans le rôle de Chang Soo, un membre du gang qui veille sur Jang Ho, Kang So Ra (Strangers Again) jouant Sook Hee, une camarade de classe de Jang Ho, Jin Kyung (Story of Park’s Marriage Contract) qui joue Mi Seong, la femme de Sang Jin, ou encore Oh Dal Soo (Big Bet) dans le rôle du directeur du lycée de Gimcheon.
Mon avis sur My Paparotti
Un film certes prévisible…
Comme je l’explique plus haut, My Paparotti s’inspire de la jeunesse du ténor Kim Ho Joong. L’histoire pourrait alors être décrite comme prévisible si tant est que l’on soit familier avec l’histoire de ce chanteur. Ce qui n’était pas mon cas (et j’imagine, ce qui n’est pas le cas de nombreux spectateurs). Pourtant, il m’a été aisé de deviner le développement du film.
Si j’essaierai de limiter l’utilisation de références spécifiques au film, soyez prévenus que quelques spoilers peuvent suivre.
Le film reprend tous les codes du genre, celui des success-stories où le personnage principal part de très loin avant d’atteindre ses rêves. En cela, le parcours de Jang Ho est très similaire à l’archétype du voyage initiatique : de jeune homme avec une arrogance de façade, forgé par son enfance difficile, il s’ouvre (et se découvre) au contact d’une figure de mentor (Sang Jin) qu’il finira même par dépasser en certains points, à la manière d’un passage de flambeau.



Sa route sera évidemment jonchée de difficultés, entre son environnement au quotidien (le gang, les menus larcins et les guerres de clans, sans compter les obligations envers son chef), la discrimination du monde conservateur de la musique classique et ses propres aspirations. Au fur et à mesure de son voyage, il va rencontrer de nouveaux personnages, dire au revoir à d’autres, avec des impacts plus ou moins forts sur le scénario.
En cela, si vous cherchez un long-métrage avec du suspense et quelques retournements de situation, passez votre chemin, ce n’est pas le but premier de My Paparotti. Pourtant, même si l’histoire se devine aisément, elle sait faire mouche.
… Mais qui maîtrise son sujet
Car ce que le film fait, bien que cousu de fil blanc, il le fait bien. Et je me suis laissé prendre au jeu, à vouloir que ce jeune lycéen accomplisse ses rêves, à vouloir le regarder réussir malgré les obstacles. Le parcours de Jang Ho est aussi improbable que touchant. Et la relation qui se développe entre lui et son mentor, Sang Jin, m’a ému à quelques reprises.
La formule du voyage initiatique est respectée en tout point et certains seconds rôles brillent dans le parcours de Jang Ho malgré une présence limitée : je pense par exemple à Kang So Ra qui joue à merveille le rôle de la lycéenne futée qui en pince pour notre jeune héros. Ou encore Jo Jin Woong dont l’instinct protecteur et fraternel envers le personnage de Lee Je Hoon apporte de la nuance à son rôle et promet également son lot de séquences émouvantes.


En ce qui concerne le chant, ce sont plusieurs agréables moments de musique qui se succèdent. Lee Je Hoon jouant tandis que le ténor Kang Yoseph le double afin de faire illusion et de rester au plus proche des exigences du chant lyrique. La juxtaposition est certes un peu étrange au début, mais le sentiment s’oublie vite et Lee Je Hoon, de par sa gestuelle et le mixage, parvient à rendre une copie fluide qui s’écoute non sans plaisir. Au-delà des airs célèbres d’opéra (italiens principalement) tels que E Lucevan Le Stelle ou encore Nessun Dorma, la chanson de ténor par excellence s’il en est, un autre morceau parvient à tirer son épingle du jeu : 행복을 주는 사람 (ou bien « Tu es la personne qui me rend heureux » en français). Véritable leitmotiv des deux personnages principaux, chacun à leur manière, cette chanson (originellement sortie en 1983 par le chanteur Sunflower) résume bien le film et permet de réunir mentor et élève pour une dernière danse avant la tombée du rideau. Et si vous êtes curieux concernant la voix de Lee Je Hoon, vous pouvez juger par vous-même puisque la bande originale du film inclut une version non doublée de la chanson.
Sans réinventer le genre, My Paparotti n’en est pas moins un film qui maîtrise son sujet et qui se regarde facilement. Si vous cherchez à voir une belle histoire bien interprétée avec des thèmes universels, le film n’attend plus que vous.
Sources : Han Cinema | MyDramaList | Daum Movie | MBN News
Sources vidéos : JTBC | NHN BUGS
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