En avril 2025, l’opérateur SK Telecom a été la cible d’une cyberattaque d’une ampleur inédite, exposant les données personnelles de millions de clients et soulevant de vives inquiétudes en Corée du Sud.
Une cyberattaque d’une ampleur inédite en Corée
Le 18 avril au soir, SK Telecom, le plus grand opérateur mobile sud-coréen qui contrôle la moitié du marché national, a détecté une fuite dans son serveur central à Séoul, causée par un logiciel malveillant sur son réseau. Ce logiciel a été utilisé par des hackers pour voler des données sensibles stockées sur les cartes SIM des clients, notamment l’IMSI (identifiant SIM), la clé d’authentification, les SMS, les contacts, les IMEI (identifiants des téléphones), ainsi que les noms, dates de naissance, numéros de téléphone et adresses email. Avec ces informations, des criminels pourraient prendre le contrôle de numéros de téléphone en les transférant vers des cartes SIM qu’ils contrôlent, un procédé appelé « SIM swapping ».
L’incident, signalé à l’agence coréenne de cybersécurité le 20 avril et confirmé publiquement le 22 avril, est considéré comme l’une des plus graves violations de sécurité dans l’histoire des télécommunications sud-coréennes. Selon la Commission coréenne de protection des données personnelles, 25 types d’informations personnelles ont été volés.
Une crise sans précédent pour SK Telecom
Dans la foulée de la cyberattaque, les actions de SK Telecom ont chuté de 8,5 %. L’entreprise a assumé l’entière responsabilité des dommages liés à la fuite, et son PDG s’est excusé publiquement en mai. Bien que les données personnelles n’aient pas été utilisées ni diffusées sur le dark web à ce jour, SK Telecom a pris des mesures pour prévenir le SIM swapping, proposant un service de protection SIM ainsi que le remplacement gratuit des cartes SIM pour ses 25 millions de clients.
Auditionné à l’Assemblée nationale sud-coréenne, le PDG de SK Telecom a indiqué qu’environ 250 000 clients avaient changé d’opérateur depuis la cyberattaque. L’entreprise pourrait perdre jusqu’à 7 000 milliards de won (environ 4,5 milliards d’euros) d’ici 2028 si elle renonce aux frais de résiliation anticipée, qui freinent actuellement les départs.
Le 20 mai, une enquête a été ouverte contre les dirigeants de SK Telecom, après des plaintes pour négligence dans la protection des données et pour retard dans la notification des autorités. Plus de 9 000 clients réclament chacun 500 000 won (environ 320 euros) de dommages et intérêts.

Une cyberattaque impliquant des hackers chinois ?
Le 30 avril, une enquête conjointe publique et privée a été ouverte sur la cyberattaque d’avril. Les entreprises de télécommunication utilisent couramment des VPN pour sécuriser et gérer leurs réseaux. Cependant, SK Telecom employait le VPN d’Ivanti, qui avait fait l’objet d’une alerte de cybersécurité de l’agence coréenne KISA. Celle-ci a demandé à SK Telecom de désactiver ce VPN et de le remplacer. Selon la société taïwanaise de cybersécurité TeamT5, ce VPN est utilisé par des groupes de hackers soutenus par la Chine.
Le 6 mai, les autorités ont découvert que 25 logiciels malveillants étaient impliqués dans l’attaque, le premier ayant été installé dès juin 2022, bien qu’aucune fuite n’ait été détectée avant avril 2025. L’enquête a également mis en lumière le logiciel malveillant BPFDoor, employé par le groupe chinois Red Menshen, actif en Asie et au Moyen-Orient depuis 2021.
L’absence de demande de rançon a conduit les autorités à privilégier des motivations politiques et stratégiques derrière cette cyberattaque. Les experts estiment que la Corée du Sud, alliée des États-Unis, pourrait être une cible prioritaire des hackers chinois dans les années à venir. Face à ces révélations, plusieurs spécialistes appellent à une réponse nationale renforcée pour contrer ces menaces.
Sources : Bleeping Computer | Korea Herald | Korea JoongAng Daily | Korea Times | Reuters | Techcrunch | Yonhap News Ageny (1)(2)

