Dans son roman Terre coréenne, l’autrice étasunienne Pearl Buck suit une famille aristocratique sur quatre générations, de la fin de la monarchie coréenne à la libération du pays en 1945.
Pearl Buck, une autrice majeure du XXe siècle
Pearl Buck est une romancière, nouvelliste, dramaturge, essayiste et poète étasunienne du XXe siècle. Née en 1892, elle grandit en Chine et étudie aux États-Unis avant de faire des aller-retours entre la Chine, le Japon et les États-Unis, où elle décède en 1973.
En 1930, Pearl Buck publie son premier roman Vent d’Est, Vent d’Ouest. Son deuxième roman, La Terre chinoise, lui permet ensuite de devenir la première femme lauréate du prix Pulitzer en 1932. Le roman est adapté en film en 1937 sous le nom Visages d’Orient et en 1938, Pearl Buck gagne le prix Nobel de la littérature pour ses œuvres biographiques et la richesse de ses descriptions des paysans chinois. S’ensuivent d’autres romans, tels que Pivoine en 1948, sur la communauté juive de Kaifeng.
En plus d’avoir joué un grand rôle dans l’attrait de l’Occident pour la Chine, Pearl Buck s’est également investie dans la défense des droits de l’Homme aux États-Unis, et plus particulièrement des femmes et des minorités.


Résumé de Terre coréenne
Publié en 1963, soit dix ans après la fin de la guerre de Corée, Terre coréenne décrit la vie de quatre générations d’une famille aristocratique coréenne, du règne du roi Gojong dans les années 1880 jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945.
Le roman suit Il Han, un Kim proche de la famille royale coréenne et partisan de la reine Min, qui rêve de l’indépendance et de l’ouverture de la Corée au monde. Au cours des années, Il Han garde espoir malgré les divisions politiques et les trahisons des puissances étrangères qui secouent la Corée. Celles-ci ne sont pas sans conséquences sur les vies de ses fils et de ses petits-fils, dont les parcours idéologiques illustrent l’évolution de la société coréenne et son avancée dans le XXe siècle.
« Il ne savait pas comment gouvernent les tyrans et combien d’êtres opprimés aspirent à la liberté. Néanmoins, son rêve façonnera le monde, non pour ceux de ma génération, mais pour tes enfants, mon fils, peut-être pour tes enfants. Je ne regrette rien. Je l’ai vu de près. J’ai vu un homme foudroyé par la pitié que lui inspiraient ceux pour qui il n’avait pu tenir ses promesses. »
Pearl Buck, Terre coréenne, page 440
Mon avis
Dans Terre coréenne, j’ai pris du plaisir à suivre plusieurs générations guidées par l’espoir de libérer leur pays. Contrairement à de nombreux romans historiques contemporains qui abordent principalement la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée (tels que Pachinko), Terre coréenne débute à la fin du XIXe siècle, une période très intéressante mais que j’avais moins croisée dans mes lectures. Il était donc intéressant de suivre l’évolution des personnages au cœur de ces intrigues politiques dont le dénouement est aujourd’hui connu. On sentait à chaque page que Pearl Buck s’était documentée, à l’heure où Internet n’existait pas, pour impliquer de manière crédible ses personnages dans les événements qui ont marqué l’histoire de la Corée, tels que l’envoi d’une mission diplomatique coréenne aux États-Unis en 1883, ou l’assassinat du gouverneur général japonais en 1909 par An Jung Geun.
Terre coréenne m’a aussi fait découvrir un autre visage de la Corée, loin de l’image qu’on a aujourd’hui d’une société unie, divisée sur les plans politique (entre isolation et ouverture), religieux (arrivée du christianisme) et idéologique (ralliement au communisme), ainsi que ses conséquences sociales. J’ai trouvé cela ingénieux dans la mesure où à travers ce procédé, Pearl Buck nous montrait les facteurs qui ont mené à la guerre de Corée, qui ne s’est conclue que dix ans avant la parution du roman et dont on devine les prémices dans ses dernières pages.
Enfin, un autre point fort de Terre coréenne est l’utilisation de l’Histoire par Pearl Buck afin de critiquer l’impérialisme américain et le rôle des grandes puissances. En effet, la saga familiale au cœur du roman s’accompagne d’une intrigue sous-jacente, révélatrice de l’opinion de l’autrice : face aux divisions internes accentuées par la lutte d’influence entre la Chine et le Japon sur elle, la Corée cherche à se tourner vers les États-Unis, qui finissent par l’abandonner au Japon, l’empêchant de conserver son indépendance (un exemple marquant étant le traité de paix entre la Corée et les États-Unis de 1882, nullifié par l’accord secret nippo-américain de 1905). J’ai apprécié cette manière d’aborder l’histoire de la Corée par le prisme de ses relations avec les États-Unis, d’autant plus que ces réflexions sont encore d’actualité aujourd’hui, à l’heure où les inégalités subsistent entre les « grandes » et les « petites » nations malgré leur égalité théorique à l’ONU.
« Mais non, il ne devait pas en être ainsi. Un quelconque officier américain, dans un quelconque bureau, avait tracé une ligne sur la carte et déclaré que les Russes s’arrêteraient au 38e parallèle. »
Pearl Buck, Terre coréenne, page 586
Où trouver Terre coréenne ?
Pearl Buck, Terre coréenne, traduit par Lola Tranec-Dubled, LGF, 1999 (ISBN : 2253010863).
Bien que l’ouvrage ne soit plus édité en France, il est disponible en médiathèques et d’occasion sur les librairies en ligne. Il est également disponible neuf en anglais (édition de 2012).
Source Image de Une : Librairie en ligne

